Pierre Genest au Devoir - Capital de risque: les rôles doivent être définis

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Alec Castonguay
Édition du lundi 12 janvier 2004

Mots clés : ftq

«Le contexte est difficile parce qu'on ne connaît pas encore la grandeur de notre patinoire»

Pierre Genest met en garde le gouvernement: brusquer les choses en retirant les billes publiques rapidement pour économiser serait une grave erreur.

Photo: Jacques Grenier

Ce texte a été réalisé à la suite d'une entrevue avec le président du Fonds de solidarité FTQ, Pierre Genest, dont le compte rendu a été publié samedi.

La SGF, les Innovatech et Investissement Québec attendent de recevoir leurs nouvelles directives de fonctionnement de la part du gouvernement. En attendant, tout est sur la glace. De son côté, le rapport Brunet sur le capital de risque recommande de laisser beaucoup plus de place au privé, alors que le secteur public accapare actuellement 70 % des sommes investies. Que fera le Parti libéral? Pierre Genest, p.d.-g. du Fonds de solidarité FTQ, aimerait bien le savoir, parce que cette période d'incertitude complique la vie de tout le monde, a-t-il affirmé lors d'une rencontre éditoriale au Devoir la semaine dernière.

«Le contexte est difficile parce qu'on ne connaît pas encore la grandeur de notre patinoire, dit-il. Depuis l'élection du Parti libéral, on ne sait pas encore le rôle des différents intervenants public dans le capital de risque. On le sait pour la Caisse de dépôt et placement, mais les autres?»

Pierre Genest estime que le rôle du Fonds ne change pas, mais en même temps, il affirme avoir «hâte de que ça s'organise». «On attend les décisions politiques, dit-il. Pour être plus efficace, il faut savoir le rôle de chacun.»

C'est que les avantages d'être seul sur le terrain se transforment vite en désagréments. «Oui, on a plus de choix d'investissement, mais dans les entreprises où l'on voudrait mettre 15 millions de dollars pour partager le risque avec un autre partenaire, il faut qu'on mette 30 millions, explique-t-il. Il y a des dossiers où l'on va faire un peu plus parce que la compagnie en a besoin, mais c'est s'étirer le cou. On aime mieux avoir d'autres partenaires avec nous.»

La situation est particulièrement urgente en région, où le nombre d'investisseurs est réduit au minimum actuellement. «Si Desjardins n'était pas là, nous serions tout seul, souligne-t-il. La Banque de développement du Canada est là aussi, mais juste pour les prêts. Ça nous met plus de pression.»

Le public doit prendre son temps avant de se retirer

Tous les acteurs dans le capital de risque s'entendent sur une chose: les entreprises qui ont besoin de 20 ou 30 millions de dollars, soit les phases II ou III de développement, ont énormément de difficultés à trouver un investisseur au Québec. Très peu de portefeuilles peuvent sortir ces sommes, particulièrement dans les biotechnologies, où les besoins sont constants.

Or, le récent rapport Brunet commandé par le gouvernement sur le capital de risque encourage ce dernier à se retirer graduellement pour laisser presque tout l'espace au privé. Le hic, c'est que la disponibilité du capital de risque privé au Québec est plutôt mince, parce que le secteur est encore trop jeune pour investit des sommes importantes.

Pierre Genest met en garde le gouvernement: brusquer les choses en retirant les deniers publics rapidement pour économiser serait une grave erreur. «C'est beau de dire qu'on enlève le public pour laisser la place au privé, mais ça ne peut pas se faire en trois mois, soutient-il. Une génération de capital de risque privé, il faut que ça se bâtisse. Il faudra que le gouvernement laisse une longue période de transition pour ne pas démolir ce qu'on a bâti au cours des années.»

Le Fonds prépare d'ailleurs sa position sur le sujet en vue de la commission parlementaire qui doit se tenir en février. Les grandes orientations dans le capital de risque québécois devraient ensuite être plus définies.


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