Minuit-Soleil!
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Ni le vent, ni la pluie, ni la neige: rien ne pourra arrêter sa course transstellaire. Titan d'en haut, roi des astres. Fils du feu ou père de l'aurore, il tient à sa trajectoire comme un TGV à ses rails. On dit en certains cas que là où le soleil ne va pas, là va le médecin. Totalitaire, intransigeant à sa manière et se fichant pas mal des nuages, il protège ses droits un peu comme un lion sa forêt. Par le soleil se montre la lumière au petit matin et par lui s'éteignent une à une les étoiles. Mille idées postmodernes, mille inventions high tech ne l'empêcheront pas de paraître, au lendemain du solstice d'hiver, quelques secondes plus tôt que la veille. Chez les Romains, longtemps avant notre ère, le solstice d'hiver était l'occasion de grandes réjouissances: Salut, soleil! Salut, lumière! Enfin...
Le récit strict de cet événement fondateur qu'est la naissance de Jésus à Bethléem se limite à ce qui est écrit dans les années 80 de notre ère: «Marie accoucha de son fils premier-né, l'emmaillota et le déposa dans une mangeoire» (Lc 2, 6). Ne sont indiqués ni le jour ni l'heure, et encore moins la minute. Il faudra attendre quelques siècles avant que ne soit rappelé d'une façon plus définitive que Jésus, soleil invaincu, lumière née de la lumière, est né au temps du solstice d'hiver, soit le 25 décembre.
Pour nos ancêtres venus de la vieille Europe chrétienne, cette date est acquise et par voix de tradition orale et par voix de textes superposés, avec cette précision locale que «mon pays, c'est l'hiver». Jésus est né au froid, peut-être durant une bordée de neige. Pas de chauffage! Grand-père Blais, de la côte de Bellechasse, est à la fois ému, fier et rassuré: «Le petit Jésus, lui, est né dans la misère, au frette, comme nous autres dans les rangs d'en haut. Tu vois ben, mon garçon, ça n'en a pas fait un enfant feluette.»
Admettons charitablement avec grand-père que Jésus soit né en hiver et au froid. Mais à quelle heure exactement? Ils ont voulu savoir. La réponse est simple: à minuit pile. Pourquoi? Un jour aussi sacré, aussi divin, ne peut commencer qu'avec le premier instant de la première seconde. «Minuit, chrétiens, c'est l'heure solennelle où l'Homme-Dieu descendit jusqu'à nous.»
C'est ainsi que, pendant des siècles de foi et sans toujours mesurer l'impact de toutes ces croyances, nous avons tout bonnement obéi à une vision cosmique de la journée de Noël: messe à minuit, messe à l'aurore, messe durant le jour, vêpres le soir. Mystique et sentiment épique ont toujours fait bon ménage.
Après la prière de Zacharie, après celle de Siméon et les oraisons de tant de priants, voici encore, au XIIIe siècle, le salut au soleil du grand François d'Assise, dont on dit, au surplus, qu'il aurait inventé la première crèche de Noël. «Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures, spécialement Messire le frère Soleil, qui fait le jour et par qui tu nous éclaires. Qu'Il est beau et rayonnant, avec grande splendeur! De Toi, Très-Haut, il porte signification... »
Plus près de nous, Tagore. «Ô mon Soleil éternellement glorieux, que je ne fasse plus qu'un avec ta lumière. Ainsi, je vais comptant les mois, les années où je me suis séparé de toi.»
Peut-être même devrions-nous remercier nos ancêtres de Nouvelle-France de nous avoir offert ce cadeau d'un Noël élargi fait de vent, de froid et de neige, même imaginaire, comme pour marquer d'une manière encore plus vraie et universelle la joie d'une naissance, les bienfaits de la lumière et l'espérance d'un soleil qui promet le printemps.
Salut, soleil! Salut, minuit! Salut, Enfant bien-aimé! Une belle et joyeuse fête de Noël à tout le monde!

