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Gérard Bérubé
Édition du lundi 22 décembre 2003

Mots clés : norshield

Le Groupe financier Norshield se classe désormais dans le top 25 des gestionnaires de fonds de fonds

John Xanthoudakis, fondateur et chef de la direction de Norshield: «Moins d'une cinquantaine de gestionnaires de fonds de fonds ont atteint cette marque du milliard.» - Source: Norshield

Vingt ans et un milliard de dollars d'actif sous gestion plus tard, le Groupe financier Norshield est devenu un incontournable dans cette jeune industrie des fonds alternatifs. Spécialiste de l'ingénierie financière, le groupe montréalais se classe désormais dans le top 25 au niveau mondial des gestionnaires de fonds de fonds de couverture, parmi les dix premiers à l'échelon canadien, dans un marché laissant miroiter un taux de croissance de 20 % par année.

«Moins d'une cinquantaine de gestionnaires de fonds de fonds ont atteint cette marque du milliard, a renchéri John Xanthoudakis, fondateur et chef de la direction de Norshield. L'obtention du premier milliard est très significative parce que nous sommes dans une industrie extrêmement spécialisée.» Il chiffre la taille planétaire de l'industrie des fonds de couverture («hedge funds») à quelque 700 milliards $US, soit à peine 5 % de l'ensemble du marché boursier. «C'est, malgré tout, un gros marché, qui se situe aux trois quarts à l'extérieur des États-Unis.»

Quelque 5000 gestionnaires de fonds, et 1000 gestionnaires de fonds de fonds, s'y activent. On estime qu'entre 400 et 500 nouveaux gestionnaires de «hedge funds» font leur apparition sur ce marché chaque année. Que le tiers d'entre eux disparaissent après quelques années seulement et que la très grande majorité ont moins de 100 millions de dollars d'actif sous gestion. Un marché spécialisé, donc, mais très fragmenté, qui vient expliquer la montée en puissance de ces gestionnaires de fonds de fonds, soit de ceux qui s'activent à concevoir un portefeuille offrant une combinaison de ces différentes approches.

Le marché canadien

Au Canada, John Xanthoudakis estime à 15 milliards la taille du marché, soit 10 milliards provenant des investisseurs institutionnels et cinq milliards du marché de détail. Dans ce dernier segment, Norshield table sur la présence de grands joueurs tels la Financière Banque Nationale et Desjardins sécurité financière qui, toutes trois, ont contribué à démocratiser ce produit. Car, historiquement, ces fonds de couverture ont toujours eu une image spéculative et ils s'adressaient essentiellement aux investisseurs institutionnels et aux grandes fortunes. Mais il y a eu un virage détail à la fin des années 1990. Depuis, ces véhicules conçus pour s'alimenter à même la volatilité et l'incertitude sont accessibles aux petits portefeuilles.

«L'industrie affiche un taux de croissance de 20 % par année», a renchéri le fondateur de cette équipe abritant une cinquantaine de spécialistes répartis entre le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni. Et, question d'illustrer davantage le potentiel offert par les fonds alternatifs, le spécialiste rappelle qu'il est généralement recommandé que ce type de fonds occupe une place représentant entre 6 et 16 % des portefeuilles. Avec un actif sous gestion oscillant autour des 425 milliards dans les fonds d'investissement au Canada, «une part de 10 % nous amène à un marché de 40 à 50 milliards. Et cela, c'est pour le marché de détail. C'est tout dire de l'espace que nous pouvons occuper.»

Conçus autour d'un objectif de protection du capital, les fonds de couverture s'inspirent de stratégies parfois audacieuses -- s'inspirant essentiellement des arbitrages, des jeux d'écart ou des ventes à découvert -- pour bénéficier des déséquilibres et des imperfections du marché. Partant du principe de minimisation du risque, le gestionnaire tente ainsi d'obtenir un équilibre comprenant le risque généralement associé au placement obligataire et la performance, supérieure, affichée par un indice boursier de référence.

Un gestionnaire de fonds de fonds de couverture, pour sa part, procédera à une recherche, à une vérification diligente et à une sélection de ces stratégies basées sur des arbitrages spécifiques ou exploitant un risque particulier, de manière à établir une combinaison visant à minimiser davantage, voire à annuler, le risque de perte du capital.

Quant au rendement, qui devient en quelque sorte un corollaire ou une résultante, il se nourrit de la volatilité des cours. Ainsi, plus ça va mal, plus il y a de la volatilité et plus les fonds de couverture sont, potentiellement, performants. En revanche, ces fonds prennent le plus de risques lorsque le marché est stagnant ou fait du surplace. Selon les simulations et l'expérience passée, leur performance est soit neutre, soit à la hausse au cours des phases de correction. Et légèrement inférieure, en moyenne, à l'indice de référence lors d'une phase haussière.

«Ces véhicules ont livré la marchandise», a souligné John Xanthoudakis. Chez Norshield, on s'enorgueillit d'avoir «invariablement généré des rendements supérieurs ajustés au risque» pour les clients et, en particulier, d'avoir «généré des rendements supérieurs à ceux des marchés durant les nombreuses récessions et crises financières». En fait, depuis 1990-91, Norshield est parvenu à doubler l'indice de référence HFRI fonds de fonds pour le segment institutionnel et à faire 60 % de plus dans le segment détail.

Mais, avec une vision plus large, «dans des conditions difficiles, la plupart des fonds alternatifs ont bien fait. Ce fut le cas au cours des trois années de correction boursière de 2000-02. Ils ont fait leur travail, soit celui de protéger le capital», a précisé le chef de la direction de Norshield. D'avril 1991 à septembre 2003, l'indice HFRI a offert un rendement annuel de 10,8 %, par rapport à 11,7 % pour l'indice S&P 500, soit une performance comparable mais avec un indice de volatilité deux fois moindre. Et, à l'exception de la période août 1998-août 1999 et décembre 2002-mai 2003, l'indice HFRI a connu peu de phases baissières depuis 1991. Cet indice de référence a, notamment, évité la longue glissade de l'indice S&P 500 survenue entre août 2000 et mars 2003.

La volatilité

Du même souffle, John Xanthoudakis répond aux détracteurs reprochant à ces véhicules de contribuer à l'accroissement de la volatilité inhérente du marché. «Au contraire, dans nombre de situations, ils contribuent plutôt à stabiliser le marché ou à atténuer les mouvements. À titre d'illustration, ce fut le cas au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. En étant alors des acheteurs nets, les fonds alternatifs ont apporté leur support aux cours.»

Pour les gestionnaires de fonds de fonds tel Norshield, la façon de faire, qui devient un art, consiste à exploiter les occasions tout en protégeant le capital, et ce, sans égard à l'environnement du marché. «Tel un rayon X, le modèle appliqué ne tente pas de prévoir les cours futurs. Il indique plutôt si l'environnement présent est favorable ou non aux titres. Dans le cas des actions, le modèle se limite à émettre des signaux d'entrée ou de sortie», peut-on lire dans le Montreal Business Magazine.

Dans ce contexte, «nous sommes optimistes pour 2004, quoique la performance du marché boursier devrait être moins forte que cette année. Mais, pour 2005 et 2006, ce sera une autre histoire», s'est contenté d'avancer John Xanthoudakis.


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