Des comptes à rendre
Mots clés :
Maintenant qu'il a fait adopter ses politiques impopulaires, le premier ministre Jean Charest a des comptes à rendre. Plusieurs observateurs ont déjà critiqué la manière autoritaire avec laquelle il procède, en rupture avec la tradition de concertation qui a aidé le Québec à se moderniser au cours des quarante dernières années. Mais quels en seront les résultats concrets pour les hommes et les femmes que ce gouvernement prétend servir?
Qu'y a-t-il dans les projets de loi adoptés de toute urgence pour cette famille-là? Les baisses d'impôt promises sont déjà annulées par les hausses de tarifs et de taxes décrétées au cours de l'automne. La politique familiale évoquée par le ministre Claude Béchard n'est pour l'instant qu'un voeu pieu. À quand un congé parental digne de ce nom, disponible également pour les travailleurs autonomes? À quand une protection sociale digne de ce nom pour les milliers de travailleurs aux emplois atypiques?
M. Charest aura des comptes à rendre à ces petites familles-là qui portent l'avenir du Québec: leur vie se sera-t-elle améliorée dans quatre ans?
***
Qu'y a-t-il par ailleurs dans ces réformes adoptées à la hâte, contre l'avis de spécialistes, pour favoriser la création d'emplois pour ceux qui n'en ont pas?
En quoi, par exemple, le fait de permettre à une entreprise de céder une partie de ses activités à un sous-traitant en se débarrassant instantanément du syndicat et de la convention collective va t-il créer un seul emploi de plus que ceux qui existent déjà? Pourquoi la PME qui hériterait de la buanderie des hôpitaux de Montréal, par exemple, embaucherait-elle plus d'employés pour exécuter le même contrat?
Est-ce que l'économie des régions va connaître un nouveau rebond parce que l'on a cédé le contrôle du développement régional aux maires plutôt qu'aux différents acteurs économiques et sociaux de chaque MRC, comme c'était le cas jusqu'à présent?
Quel sera l'effet sur l'emploi du retrait partiel de l'État dans le capital de risque proposé par un comité ces derniers jours? Qui prendra la relève des sociétés Innovatech, créées par l'ancien premier ministre Daniel Johnson, si elles sont abolies?
Le gouvernement Charest prétend que c'est en s'appuyant sur la loi du marché, la loi de la jungle en somme, que l'économie du Québec connaîtra un nouveau souffle. C'est au nom de cette idéologie qu'il impose de manière autoritaire des réformes dans le fragile secteur des relations de travail et qu'il crée un climat d'affrontement avec d'autres forces sociales. Aura-t-il troqué un modèle économique pour des chimères? Quel aura été l'impact des politiques économiques de ce gouvernement sur l'emploi au Québec? Pourvu que des économistes se mettent déjà à la tâche pour en faire le bilan dans quatre ans.
***
Pour juger de la performance québécoise, Jean Charest évoque parfois un chiffre qui sonne comme une calamité : le Québec est au 57e rang sur 60 provinces et États d'Amérique du Nord pour le revenu moyen par habitant. Ce classement, contestable à maints égards (voir à ce sujet les textes de Jean-François Lisée sur le site www.politiquessociales.net) sert de prétexte pour réduire l'intervention du gouvernement dans l'économie et mettre le Québec au diapason des pratiques nord-américaines.
Mais si l'un des problèmes du Québec est que les revenus sont moins élevés qu'ailleurs, quelles sont les politiques adoptées ou promises par ce gouvernement qui pousseront la rémunération des Québécois à la hausse et empêcheront la «walmartisation» de l'économie québécoise? Est-ce que c'est la réduction de moitié des crédits d'impôt versés aux entreprises pour l'innovation ou la suppression de l'obligation faite aux PME de dépenser 1 % de leur masse salariale pour la formation du personnel?
La modification de l'article 45 du Code du travail pour favoriser la sous-traitance sauvage n'aura certainement pas un effet à la hausse sur les revenus , puisque l'un des objectifs avoués de cette réforme est la réduction des coûts de main-d'oeuvre.
***
M. Charest impose à ses concitoyens un virage radical en matière de politiques économiques qui suscite de vives oppositions. Ce climat de tension serait la rançon à payer pour améliorer la qualité de vie des familles, donner de meilleurs services publics, réduire les impôts, augmenter les salaires et créer des emplois. Il a été impitoyable avec ceux qui lui ont conseillé de modifier le tir. Ayant refusé tout compromis, du haut de ses certitudes, c'est au tour de la population du Québec d'être impitoyable avec lui et de le juger sévèrement lorsqu'elle aura constaté que les promesses qu'il fait ne sont pas remplies.
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
vennem@fides.qc.ca
Vos réactions
Aucun compte à rendre - par FARID KODSI (farid.kodsi@sympatico.ca)
Le lundi 29 décembre 2003 12:00
Comme vous avez raison! mais avec quel retard! - par Joseph Berbery (joseph.berbery@sympatico.ca)
Le lundi 22 décembre 2003 18:00
Recevoir sans donner - par Russel Gilbert (rgi5@globetrotter.net)
Le lundi 22 décembre 2003 16:00

