Opinion
Libre opinion: L'avenir du cinéma québécois passe aussi par la diversité des entreprises partenaires des créateurs
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Aux réalisateurs et réalisatrices signataires de la lettre ouverte à Téléfilm Canada sur l'avenir du cinéma d'auteur
Coïncidence ou signe des temps, il a été beaucoup question de cinéma cette semaine. D'une part, L'Actualité a consacré les artisans du cinéma québécois «personnalités de l'année» et, d'autre part, 25 réalisateurs -- dont plusieurs faisaient partie du portrait très positif de L'Actualité -- signaient une lettre dans Le Devoir dénonçant certaines politiques d'investissement et de distribution qu'ils jugent trop axées sur la performance.En tant que partenaire de l'industrie, Téléfilm Canada a deux responsabilités importantes: aider les créateurs et les entreprises à réaliser leur plein potentiel, et viser l'équilibre, qu'il s'agisse d'aide à la création, à la production, à la distribution, à la formation ou aux activités internationales. Nous avons reconnu ces responsabilités dans notre plan d'entreprise 2003-2006. Nous nous sommes aussi engagés à appliquer des politiques d'investissement qui tiennent compte de l'évolution différente des marchés francophone et anglophone.
Les signataires de la lettre demandent essentiellement deux changements dans le cadre du Fonds du long métrage du Canada (FLMC): l'abolition des enveloppes à la performance qui accordent à des producteurs et distributeurs des sommes qu'ils peuvent investir dans des longs métrages de leur choix sans passer par le processus sélectif de Téléfilm; et le rétablissement de la politique de distribution qui permettait aux distributeurs de contribuer, par des minimums garantis, au financement des films. La politique actuelle fait en sorte que les ressources de Téléfilm contribuent uniquement à la mise en marché des films.
Nous pensons que les politiques du long métrage mises en place par le gouvernement fédéral en 2000 ont jusqu'à maintenant donné des effets positifs. Le cinéma québécois est passé, en trois ans, d'une part de marché de 9 % à près de 20 % grâce non pas à des films dits «commerciaux», mais plutôt grâce à des films de tous les genres, que ce soit Les Invasions barbares, de Denys Arcand, Séraphin, un homme et son péché, de Charles Binamé, La Grande Séduction, de Jean-François Pouliot, Sur le seuil, d'Éric Tessier, Québec-Montréal, de Ricardo Trogi, ou encore L'Odyssée d'Alice Tremblay, de Denise Filiatrault.
Diversité des voix
Chaque film a maintenant un plan de mise en marché. L'exemple de Gaz Bar Blues, de Louis Bélanger, est un bon exemple d'une synergie fructueuse entre un créateur -- réalisateur et scénariste de talent --, un producteur dynamique et un distributeur enthousiaste. Je dirais aussi que c'est un bon exemple des effets positifs de nos politiques.
Nous voulons que les longs métrages rejoignent le public, mais notre vision du succès est inclusive. Nous visons la performance avec un large éventail d'outils financiers pour un large éventail de créateurs et d'entreprises -- ainsi, en plus des programmes pour la production et la distribution, nous avons des programmes d'aide aux réalisateurs et aux scénaristes, de même que pour la distribution alternative des films d'auteur. Les films que nous avons financés au cours des dernières années, dont ceux que j'ai mentionnés précédemment, font mentir les vieux dictons qui liaient succès commercial et piètre qualité, films d'auteur et échec commercial. On sait maintenant que film d'auteur, qualité et recettes au guichet sont compatibles.
L'avenir du cinéma québécois passe par la diversité des voix et des genres, mais aussi des entreprises partenaires des créateurs. En cela, nous rejoignons parfaitement les signataires de la lettre au Devoir. Leurs histoires et celles de leurs collègues réalisateurs expliquent en bonne partie le succès actuel du cinéma québécois.
Le Fonds du long métrage du Canada accorde des enveloppes aux producteurs et distributeurs performants et prévoit une aide sélective à une grande diversité de projets. Ce principe fondamental est là pour rester. Il est évident, cependant, que les résultats actuels du cinéma québécois font en sorte qu'une partie de plus en plus importante des ressources passent par ces enveloppes. Les signataires de la lettre posent de bonnes questions: les politiques fondées sur la performance vont-elles assécher le bassin des ressources consacrées au cinéma d'auteur, à des oeuvres nécessaires mais plus exigeantes, et donc nuire aux forces vives de notre cinéma? Les producteurs et distributeurs bénéficiant d'enveloppes vont-ils miser de plus en plus sur des oeuvres dites «sûres», négligeant les nouvelles voix et les voix différentes?
Plan d'action spécifique
Je tiens à rappeler que la maturité de l'industrie québécoise est un ingrédient important des succès actuels. Les producteurs et distributeurs, qu'ils aient des enveloppes ou non, ont maintenant, eux aussi, une image plus inclusive du succès. Ils ont observé que le public a des goûts variés, qu'il est intelligent, exigeant et que ses goûts évoluent. Ils ont démontré qu'ils ne craignent pas le risque en s'associant à des projets des dernières années qui ne présentaient aucune assurance de succès -- qui peut vraiment être assuré que le public sera preneur de tel ou tel film? --, ils ont misé sur la qualité et le professionnalisme et je doute fort qu'ils abandonnent une formule gagnante au moment où elle porte fruit.
Cependant, et Téléfilm est tout à fait d'accord avec les réalisateurs à ce sujet, les politiques publiques doivent être garantes d'un équilibre culturel et économique. Nous espérons que le succès continuera d'être au rendez-vous, mais il est probable qu'il y aura des hauts et des bas, comme dans toute cinématographie. Dans tous les cas, il faudra préserver l'objectif de rejoindre les auditoires, de même que la qualité et la diversité, qui sont des principes fondamentaux. Nous étudions actuellement divers modèles qui nous permettront de travailler en ce sens avec les producteurs et les distributeurs. Au retour des Fêtes, nous rencontrerons les réalisateurs pour les informer de la prochaine allocation des ressources entre les enveloppes fondées sur la performance et l'aide sélective.
Tout en respectant les orientations fondamentales du FLMC, nous allons utiliser au maximum la flexibilité dont nous disposons sur le plan des mécanismes d'attribution afin de tenir compte des réalités québécoises. Nous avons d'ailleurs annoncé aujourd'hui une restructuration de l'organisme qui assure que la production francophone sera désormais soutenue par un plan d'action spécifique. Ce plan tiendra compte de l'ensemble des facteurs qui ont une influence sur la vitalité du cinéma québécois, sur les plans tant national qu'international.
En attendant le plaisir de vous rencontrer au mois de janvier pour une discussion de fond sur l'avenir du cinéma d'auteur, je vous prie de recevoir l'expression de mes sentiments les meilleurs.

