Bilan de la session parlementaire - Charest souffle le chaud et le froid

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Robert Dutrisac
Édition du samedi 20 et du dimanche 21 décembre 2003

Mots clés : bilan

Malgré le manque d'argent, le gouvernement maintient le cap sur les baisses d'impôt

En faisant le bilan de la session parlementaire jeudi, Jean Charest a refusé de dire si le pire était passé.

Photo: Agence Reuters

Québec - Dans la première année de son mandat, un nouveau gouvernement en profite souvent pour faire avaler des couleuvres à la population, imposant des mesures impopulaires mais qui s'avèrent nécessaires à ses yeux.

Les critiques, aussi véhémentes soient-elles, coulent sur lui comme l'eau sur le dos d'un canard. Les prochaines élections, à la faveur desquelles les citoyens insatisfaits pourraient sanctionner le parti au pouvoir, sont à mille lieues. Un nouveau gouvernement a les coudées franches.

S'il y a une vérité politique à laquelle Jean Charest croit, c'est bien celle-là. Dans son autobiographie qu'il a publiée en 1998, quand il a fait le saut dans l'arène québécoise, l'ancien chef du Parti progressiste-conservateur écrivait: «Un électorat qui vient d'élire un gouvernement ne change pas d'idées l'année suivante. Étant conséquent avec lui-même, il cherche à se confirmer qu'il a fait le bon choix. Alors, le gouvernement a beau faire n'importe quoi au début, le public trouve toujours des raisons pour lui pardonner ses erreurs. Il laisse la chance au coureur.»

Jean Charest parlait de l'année qui a suivi l'amère défaite des conservateurs de 1993. Le gouvernement dont il est question, c'était celui de Jean Chrétien. Manifestement, M. Charest s'inspire aujourd'hui, dans son rôle de premier ministre du Québec, de la même sagesse politique.

En faisant le bilan de la session parlementaire jeudi, Jean Charest a refusé de dire si le pire était passé, si on devait s'attendre à d'autres mesures qui suscitent la grogne de larges segments de la population en 2004. Cette grogne est d'ailleurs superficielle, selon lui. Son gouvernement écoute «non seulement ceux qui parlent fort, mais également les citoyens et citoyennes du Québec qui, dans certains cas, ne peuvent pas s'exprimer». Un gouvernement à l'écoute de la majorité silencieuse. Il doit avoir l'oreille fine.

Personne ne peut sérieusement s'opposer au «bon sens», avance Jean Charest. Son gouvernement maintiendra le cap sur son plan. Et le plan Charest est simple: améliorer les services que doit rendre un gouvernement provincial, en particulier dans le domaine de la santé. Et puis baisser les impôts. C'est le programme d'un gouvernement conservateur. Aujourd'hui, Jean Charest ne se donne même plus la peine de chicaner sur l'épithète.

Dans le bilan de la session parlementaire qu'il livrait hier, le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, soulignait que le premier ministre ne s'était pas gardé de marge de manoeuvre pour faire des arbitrages quand un de ses ministres avait de la difficulté à vaincre les résistances à l'égard d'un projet de loi.

C'est particulièrement vrai dans le cas du projet de loi 31 favorisant la sous-traitance défendu par le ministre du Travail, Michel Després. On se serait attendu à ce que le ministre jette un peu de lest en présentant des amendements significatifs. Dans son mémoire, le Barreau avait jugé que le projet de loi était mal écrit, qu'il fallait définir ce qu'on entendait par «la plupart des autres éléments caractéristiques de la partie de l'entreprise» qui passait à la sous-traitance. Plusieurs experts sont venus suggérer d'inclure dans les modifications au Code du travail une clause d'employeur unique, comme dans huit autres provinces, ce qui empêcherait une entreprise de se subdiviser pour se débarrasser de la convention collective et du syndicat.

Les finances

Jean Charest, qui dit maintenir des canaux de communication ouverts avec les centrales syndicales et les avoir écoutées, n'est pas intervenu. Advienne que pourra. Mario Dumont, dont le parti a voté en faveur du projet de loi, a souligné que le gouvernement a eu tort de ne pas tenir de commission parlementaire pour expliquer le projet de loi 31. Piètre communication, donc.

Là où la position du gouvernement apparaît la plus nébuleuse, c'est au chapitre des finances publiques. Le ministre des Finances, Yves Séguin, annonce des écarts budgétaires substantiels, près de un milliard dans la dernière synthèse des opérations financières du gouvernement, mais cela ne le démonte aucunement. Il ne s'en inquiète guère.

À l'entendre, le déficit zéro sera atteint sans que les services publics en souffrent, la baisse d'impôt de un milliard sera au rendez-vous l'an prochain, aucun tarif ne sera relevé, l'éducation sera épargnée et la santé disposera de tout l'argent nécessaire pour faire face à la demande croissante et pour améliorer les services. «Cherchez l'erreur», dit Bernard Landry.

Jean Charest souffle aussi le chaud et le froid. Il dit aux employés de l'État, qui amorcent la négociation pour le renouvellement de leurs conventions collectives, que le gouvernement n'a pas d'argent. En revanche, le premier ministre affirme que son gouvernement maintient le cap sur son plan. Et son plan, il le rabâche depuis septembre 2002: c'est en 2004 une baisse d'impôt de un milliard et deux milliards de plus en santé.

Tout cela est bien mystérieux. La réalité, c'est que le Conseil du trésor vient de réclamer 394 millions pour colmater des brèches à l'aide sociale et à la sécurité publique. Et cette somme proviendra de compressions dans les ministères autres que ceux de la Santé et de l'Éducation. C'est aussi un trou-surprise dans la péréquation de 700 millions que M. Séguin souhaite étaler sur cinq ans. Dans le meilleur des cas, c'est une douloureuse brèche de 140 millions. En clair, on calcule au ministère des Finances que le gouvernement Charest doit éponger 775 millions d'ici le 31 mars. C'est tout de même plus de 9 % des budgets des ministères autres que ceux consacrés à la santé, à l'éducation, à l'aide sociale et à la sécurité publique.

C'est faisable, mais ce n'est pas une sinécure. Parlez-en au ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, qui a appris par l'opposition officielle à l'Assemblée nationale que la synthèse des opérations amputait son ministère de 83 millions de plus. En 2004, la situation n'est guère mieux puisque le gouvernement doit composer avec une baisse des transferts fédéraux pour la santé de 1,3 milliard.

Le PQ et l'ADQ l'ont signalé: avant même de voir la couleur de la baisse d'impôt, les familles de la classe moyenne sont frappées par une hausse d'impôt déguisée -- 140 millions de moins à l'indexation de la table d'impôt -- et par diverses autres augmentations: tarifs d'électricité, frais de garde, assurance-médicaments et taxe sur le tabac pour les irréductibles. On peut sérieusement se demander si la baisse d'impôt en 2004, si baisse d'impôt il y a, parviendra à couvrir toutes ces hausses.

On parle beaucoup des problèmes de communication du gouvernement Charest. Mais peut-on communiquer l'incompréhensible, le contradictoire, l'insondable? Mieux vaut ne rien dire, ou parler pour ne rien dire, ce qui revient au même. De toute façon, les prochaines élections ne sont que dans quatre ans...


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