Télévision - Des perles d'humour

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André Lavoie
Édition du samedi 20 et du dimanche 21 décembre 2003

Mots clés : animation

Deux grands films d'animation à voir ou à revoir en famille

Ils n'existent plus depuis belle lurette dans les salles de cinéma, mais Sylvain Lelièvre avait bien raison d'en chanter les louanges: «pour oublier tout ce qui va pas», rien de mieux qu'un programme double, même à la télévision.

Radio-Canada en a concocté un de premier choix pour la période des Fêtes, soirée sous le signe de l'animation et de la dérision. Les parents tout comme leur progéniture seront captivés, mais il y a fort à parier qu'ils ne riront pas aux mêmes moments... Poulets en fuite (2000), de Peter Lord et Nick Park, et Shrek (2001), d'Andrew Adamson et Vicky Jenson, enfilent les perles d'humour grivois destinées aux adultes ayant un brin de vécu, le tout bien emballé dans une narration aux codes facilement identifiables pour un jeune auditoire.

Réunis par les hasards de la programmation, les deux films ont été produits par DreamWorks, l'empire cinématographique de Steven Spielberg, dont la section animation constitue le plus imposant repaire de transfuges des studios Disney. Lasse de travailler dans une ambiance militaire pour fabriquer des histoires édifiantes, farcies de morale politiquement correcte et suintant la guimauve, l'équipe de DreamWorks (à qui l'on doit aussi Antz et A Bug's Life) s'inspire davantage du ton irrévérencieux de South Park ou des Simpsons, pigeant dans la culture populaire comme dans un vaste magasin à rayons, bric-à-brac de références pour tous les goûts. Et tous les niveaux de culture...

Ce joyeux décalage fonctionne à merveille aussi bien dans Poulets en fuite que dans Shrek. Nick Park (le créateur de la série Wallace & Gromit) et Peter Lord, deux figures importantes du studio anglais Aardman basé à Bristol, ont installé un décor de camp de la mort pour une intrigue délirante où de pauvres poules pondeuses à l'accent british bientôt destinées à être transformées en pâté décident, sous la direction de l'énergique Ginger, de prendre leurs ailes à leur cou.

Remplacez la volaille par des soldats capturés sur les champs de bataille et vous avez droit à la plus formidable parodie de films de guerre, calquant des scènes entières tirées de Stalag 17 de Billy Wilder et de The Great Escape de John Sturges. Ajoutez à cela un sympathique duo de rats versé dans le marché noir, ainsi qu'un coq américain égaré dans les parages, et le plaisir n'est même pas complet!

À l'heure des prouesses informatiques, le cinéma de Nick Park et Peter Lord peut sembler anachronique, mais leurs charmantes marionnettes aux mouvements erratiques contribuent à rehausser l'atmosphère résolument délinquante du film. Même imparfaites, elles n'ont pas à rougir devant les formes et les couleurs admirables qu'arborent les personnages de Shrek, un pure ravissement qui ne se contente pas de prouesses techniques pour justifier son existence.

Dès les premières minutes, le ton est donné: Shrek, un ogre qui pourrait bien être le fils illégitime du Hulk d'Ang Lee, enchaîne les rots et les gaz intestinaux avec un sans-gêne d'adolescent. En compagnie d'un âne plus bavard qu'un bataillon de mégères, le géant vert doit délivrer la princesse Fiona des flammes d'un dragon pour la ramener à lord Farquaad, qui veut la marier pour devenir roi. Cette quête est farcie d'extraordinaires clins d'oeil musicaux et d'un étalage désopilant de références à une multitude de contes. De la séance de torture du bonhomme en pain d'épices aux allusions à la vie sexuelle de Blanche-Neige, en passant par des réflexions psychanalytiques sur le besoin de compensation des propriétaires de châteaux imposants, Shrek tire dans toutes les directions. À voir ou à revoir, question de se mettre au parfum (légèrement nauséabond!) pour les nouvelles aventures de l'ogre, et de sa belle, prévues pour mai 2004.

Le 22 décembre à Radio-Canada: Poulets en fuite à 18h30 suivi de Shrek à 20h10


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