Pas d'argent pour les négos

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Robert Dutrisac
Édition du vendredi 19 décembre 2003

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Charest s'estime capable de réduire les impôts en 2004

Québec - Après s'être mis à dos les centrales syndicales avec des projets de loi qui les ont braquées, le premier ministre Jean Charest s'attend maintenant à des négociations difficiles dans le secteur public l'an prochain parce que le gouvernement ne dispose d'aucune marge de manoeuvre financière.

«Les négociations ne seront pas faciles parce que nous n'avons pas d'argent», a déclaré Jean Charest au cours d'une conférence de presse au cours de laquelle il a livré son bilan de la dernière session parlementaire. «La situation financière du gouvernement est très, très difficile», a-t-il ajouté. Le premier ministre s'est engagé à rencontrer la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, et le président de la FTQ, Henri Massé, au début de la nouvelle année. «C'est certainement une indication de notre côté que nous voulons avancer le plus rapidement possible», a-t-il indiqué.

Même si le gouvernement n'a pas d'argent, M. Charest s'estime capable de réduire les impôts en 2004 -- il n'a pas précisé de combien -- et de maintenir les priorités que sont la santé et l'éducation tout en déployant une nouvelle politique familiale. «On garde le cap sur le plan qu'on s'est donné», a-t-il réitéré.

M. Charest a soutenu que son gouvernement a toujours maintenu de «très bons ponts de communication» avec les centrales syndicales. Selon lui, il n'y a aucune raison pour qu'il y ait «une contestation croissante» de la part des syndiqués. Toutefois, il s'étonne que la CSN ait décrété une journée de grève dans les centres de la petite enfance le 16 janvier prochain alors que son gouvernement a augmenté le budget des services de garde de 10 %. «C'est difficile à expliquer, surtout difficile à justifier», estime le premier ministre.

L'adoption sans amendement significatif du projet de loi 31, qui favorise la sous-traitance, va permettre de créer des emplois dans les PME, a-t-il indiqué. Le gouvernement n'est pas allé trop vite. «La question de la sous-traitance, ça fait des années qu'on en parle au Québec», a-t-il dit. Il a assimilé l'opposition des syndicats à cette modification du Code du travail au débat sur l'accord de libre-échange dénoncé par l'ensemble du mouvement syndical. «À peu près les mêmes acteurs nous annonçaient la fin du monde», a-t-il rappelé.

La grogne syndicale et la contestation sociale ne nuiront pas à la croissance économique. Les milieux d'affaires ne s'en émouvront pas. «Les gens vont faire la part des choses», a prédit M. Charest.

L'impopularité croissante de son gouvernement ne l'inquiète pas. Des mauvais sondages, il en a vu plusieurs quand il était dans l'opposition, a rappelé M. Charest. «Ce n'est pas à partir des sondages qu'on va gouverner», a-t-il dit. Les sondages ne vont pas «faire ou défaire la volonté du gouvernement», qui se résume «à passer à l'action pour livrer des services».

Le premier ministre estime gouverner pour l'ensemble des Québécois et pas seulement pour les électeurs libéraux. Son gouvernement a mis en oeuvre son plan «en écoutant non seulement ceux qui parlent fort» mais aussi les citoyens qui «ne peuvent pas s'exprimer», a-t-il aussi fait valoir.

En dressant son bilan de session, le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, a signalé qu'il n'avait jamais vu un nouveau gouvernement susciter autant de mécontentement en aussi peu de temps. «C'est du jamais vu», a-t-il dit.

Alors que s'amorcent les négociations dans le secteur public, «le gouvernement a été d'une maladresse mais absolument totale» avec les centrales syndicales, juge M. Landry. Changer le Code du travail maintenant, une mesure qui apportera peu de fruits, est une erreur. «Est-ce qu'on va les mettre en maudit et les "antagoniser" au maximum, comme jamais dans l'histoire, avant d'ouvrir la négociation?» Pour le chef de l'opposition officielle, «l'intelligence politique minimale» suggère que non.

Bernard Landry s'inquiète de l'état de l'économie. Il y voit «des problèmes à terme assez angoissants», a-t-il dit. La réduction des crédits d'impôt en recherche-développement est de mauvais augure. «J'espère qu'ils ne massacreront pas la croissance économique» en 2004. Le chef de l'opposition officielle a dit en avoir assez des «argumentations d'enfant» de Jean Charest sur les pertes de 13 milliards à la Caisse de dépôt et placement du Québec alors que, les conditions du marché boursier s'améliorant, les titres retrouveront leur valeur. «C'est choquant pour l'esprit», a-t-il dit.

Le Parti québécois a calculé que les citoyens se retrouvent aujourd'hui avec des hausses de tarifs ou d'impôt de 912 millions si Hydro-Québec obtient en avril une deuxième augmentation de 3 % de ses tarifs d'électricité après celle qui entrera en vigueur le 1er janvier. Pour une famille avec deux enfants à la garderie et un revenu familial de 60 000 $, il s'agit d'une somme annuelle de près de 1200 $.


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