Des anarchistes à Radio-Canada

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Paul Cauchon
Édition du vendredi 19 décembre 2003

Mots clés :

La série Les Bougon fait déjà jaser

Rémy Girard

Radio-Canada se dit d'attaque, et le directeur des programmes, Mario Clément, entend défendre le projet sur toutes les tribunes s'il le faut.

Le projet en question prend la forme de 13 demi-heures, a pour titre Les Bougon et envahira les ondes radio-canadiennes dans trois semaines. Le télédiffuseur public n'a pas prévu de ligne téléphonique spéciale pour répondre aux plaintes éventuelles mais se prépare néanmoins à toute éventualité alors que cette production risque de faire jaser.

Les Bougon, c'est l'histoire d'une famille qui a décidé de profiter du système. Cette famille est dominée par le père, Paul Bougon (Rémy Girard), un ancien débardeur qui s'est tellement fait exploiter et qui a tellement souffert du manque de justice qu'il a décidé que sa famille allait maintenant «fourrer le système», dit-il.

La famille Bougon reçoit plusieurs pensions de vieillesse pour de faux vieillards et possède des permis de garderie pour recevoir des subventions sans pourtant y avoir droit. La mère vend de fausses cartes d'assurance-maladie aux immigrants. Le fils organise des coups fumants et divers larcins tout en refilant son butin à un établissement de prêts sur gages dirigé par un policier corrompu. La fille se lève tous les matins avec un nouvel homme dans son lit après une nuit passée à travailler comme danseuse nue. Dans ce doux foyer exemplaire, on trouve également un vieillard impotent qui sent mauvais et un chien appelé Ben Laden.

C'est souvent férocement drôle, les répliques sont d'un humour assassin, les comédiens sont superbes, c'est bien rythmé... et c'est surtout très provocateur. Si la vaisselle sale traîne autant dans la maison, c'est parce que, selon le père Bougon, on vit dans un quartier où l'espérance de vie est moins longue de 11 ans que dans les quartiers riches, et «on a autre chose à faire que la vaisselle, puisqu'on vit moins longtemps». Chez les Bougon, il y a aussi un enfant de dix ans, un petit Chinois adopté, qui doit évidemment aller à l'école, mais «la seule chose qui a changé depuis que l'école est obligatoire, explique un autre personnage, c'est que maintenant, les pauvres savent lire».

On trouve donc dans Les Bougon un discours social provocateur qui laisse entendre que l'ensemble du système social est malade, que les pouvoirs demeurent inégalement répartis et que cette famille en a tiré sa propre conclusion pour maintenant faire cavalier seul.

Hier déjà, lors du visionnement des premiers épisodes devant les médias, le débat a été lancé, un journaliste s'indignant du ton de la série, ce qui est plutôt rare dans ce type d'événement promotionnel. Rémy Girard est monté aux barricades pour soutenir que «la série ne rit pas des gens qui sont sur l'aide sociale, elle rit des gens qui essaient de les fourrer!».

Mario Clément est très clair: «Nous allons appuyer complètement cette série, dit-il. On y trouve une cohérence, une qualité, des personnages attachants. Cette famille révèle en nous un caractère rebelle. Ce sont des anarchistes, qui ne se sentent pas intégrés à la société.»

Et Mario Clément conclut, sur un ton provocateur: «Qu'est-ce qui est le plus choquant à la télévision? La vision du monde critique des Bougon ou les participants de Loft Story qui essaient de coucher ensemble?»

Un autre comédien, Claude Laroche, qui interprète le «mononcle» de la famille, précise que «le rôle de la télévision, ce n'est pas d'être correct, c'est de donner un véritable point de vue d'auteur».

Cet auteur par qui le scandale pourrait arriver s'appelle François Avard. Il a 35 ans, il est coauteur de Ramdam à Télé-Québec, il a adapté les textes de Caméra Café à TVA, travaille sur Trois fois rien à TQS, écrit des textes pour des humoristes comme Martin Matte ou Louis-José Houde et vient de publier un roman chez Libre Expression.

Interrogé sur ses influences possibles, François Avard cite Les Simpson comme étant peut-être ce qui se rapprocherait le plus des Bougon...

La série est produite par Fabienne Larouche, qui apprécie que Radio-Canada prenne un tel risque en matière de création.

Radio-Canada a déjà prévu une suite l'an prochain. Mais c'est bien sûr le public qui sera le dernier juge, à compter du mercredi 7 janvier prochain. À 21h.


Vos réactions


Un autre adepte de Virginie - par FARID KODSI (farid.kodsi@sympatico.ca)
Le dimanche 21 décembre 2003 23:00

À bas la rectitude! - par Claude L'Heureux (claude.lh@sympatico.ca)
Le vendredi 19 décembre 2003 20:00

Bougonnons! - par Jacques Lecavalier (jacques.lecavalier@rocler.qc.ca)
Le vendredi 19 décembre 2003 11:00

Radio-Canada - le réseau des syndicalistes et souverainistes - par FARID KODSI (farid.kodsi@sympatico.ca)
Le vendredi 19 décembre 2003 10:00

Anarchiste - par yannic jetté (yanoyeli@hotmail.com)
Le vendredi 19 décembre 2003 10:00

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