Centrale thermique à Bécancour - L'UQCN brandit le protocole de Kyoto pour expliquer son opposition au projet

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Louis-Gilles Francoeur
Édition du vendredi 19 décembre 2003

Mots clés : uqcn

Le projet de construction d'une centrale thermique au gaz naturel à Bécancour doit être rejeté impérativement par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) pour les mêmes raisons qui ont mené une autre de ces commissions à rejeter le projet du Suroît, c'est-à-dire parce qu'il risque de compromettre l'atteinte des objectifs du protocole de Kyoto par le Québec.

À lui seul, ce projet thermique augmenterait les rejets de gaz à effet de serre (GES) du Québec de 1,7 % alors que le Canada et la province se sont engagés à les réduire d'au moins 6 % d'ici 2012 sous le niveau historique de 1990. La centrale du Suroît, dont le BAPE a déjà recommandé l'abandon du projet, augmenterait à elle seule les rejets de la province de 3 %. L'adoption de ces deux projets augmenterait globalement les rejets du Québec de 4,7 %, une décision qui rendrait ridicule tout gouvernement qui oserait ensuite demander à ses citoyens de faire des efforts pour atteindre les objectifs du protocole, soutient l'Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN).

Ce groupe ainsi que l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), Stratégies énergétiques et le Conseil régional de l'environnement du Centre-du-Québec (CRECQ) ont unanimement demandé hier à la commission du BAPE, dans leurs mémoires respectifs, un abandon pur et simple du projet de centrale thermique de Bécancour, commodément déguisé, à leur avis, en projet de cogénération pour mieux le faire avaler par l'opinion publique.

Le projet de TransCanada Energy Ltd., de Calgary, aurait une puissance de 547 MW et générerait annuellement 4,5 térawatts-heure (TWh). La centrale alimenterait en vapeur Norsk-Hydro et PCI Chimie Canada, elles aussi situées dans le parc industriel de Bécancour.

Le Québec perdrait son avantage

Pour l'UQCN, le développement de la filière thermique «annulerait progressivement l'avantage énergétique dont bénéficie le Québec, avantage qui a permis à la province d'être un faible émetteur de gaz à effet de serre. Ainsi, selon les données fournies par Hydro-Québec dans son plan stratégique 2000-04, une centrale au gaz naturel, même efficace, rejette entre 20 et 100 fois plus de CO2 (GES) dans l'air qu'un barrage hydroélectrique, 80 fois plus de SO2 (pluies acides) et 40 fois plus d'oxydes d'azote (NOx et smog)».

On ne peut pas justifier la mise en opération de cet équipement polluant, ajoute l'UQCN, par la décision de la Régie de l'énergie d'autoriser l'appel d'offres d'Hydro-Québec ou par le choix du projet de TransCanada par la société d'État. Dans ces deux cas, aucun facteur environnemental n'a été pris en compte, des critères qui ont été exclus du choix par la loi 116. Il appartient donc au BAPE de procéder au tamisage des projets en fonction de leur compatibilité avec le développement durable, comme l'exige la Loi de l'environnement, ce qui commande de tenir compte des externalités, un critère éliminatoire pour le thermique. Il existe, disent les trois groupes, d'autres filières moins polluantes comme l'éolien, sans oublier la meilleure de toutes, celle des économies d'énergie, que boude Hydro-Québec parce qu'elle lui rapporte moins.

Pour l'AQLPA, il faut majorer de 20 % les émissions reconnues de ce projet car les études indiquent que l'extraction et le transport du gaz naturel sont de cet ordre, ce qui porte à plus de 2 % l'augmentation des GES du Québec pour ce seul projet. De plus, poursuit l'AQLPA, toute hausse importante de la consommation de gaz naturel ne peut qu'«encourager» les projets d'exploration et d'exploitation de gisements par Hydro-Québec dans le golfe.

«Le Québec, indique le mémoire de l'AQLPA, peut très bien se passer qu'Hydro-Québec menace la vie maritime avec les tests et forages pour ensuite souiller l'estuaire du Saint-Laurent avec des puits de gaz et de pétrole, en plus de souiller le ciel avec les torchères de ses puits et ses centrales thermiques ou celles de ses fournisseurs éventuels.»

Économies d'énergie

L'AQLPA note qu'Hydro-Québec réduit depuis dix ans toutes ses évaluations du potentiel d'économies d'énergie ainsi que ses objectifs dans ce domaine. Ce qu'elle entend réaliser de ce côté se limite à 9 % d'un potentiel déjà ratatiné par ses services par le jeu des prix, expressément choisis trop bas pour réduire ce potentiel. La réalité, affirme le mémoire, c'est qu'Hydro «a manoeuvré» depuis des années pour atténuer tout recours massif à l'efficacité énergétique et aux filières vertes comme l'éolien.

Quant au Conseil régional de l'environnement de la région en cause, il demande à la commission du BAPE de tenir compte aussi des impacts de la construction d'un pipeline de 16 kilomètres qui traverserait le fleuve pour alimenter la centrale, tout comme on le ferait pour un projet alimenté par camion. Pour le CRECQ, il faut voir un «lien» dans le projet de TransCanada et les politiques gouvernementales visant à satisfaire aux dépens de l'environnement la boulimie énergétique d'alumineries comme celle d'Alouette, à Sept-Îles.


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