Sharon menace d'agir «unilatéralement»

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AP , Reuters
Édition du vendredi 19 décembre 2003

Mots clés :

- Israël pourrait se couper définitivement des Palestiniens en accélérant la construction de la «clôture» et en démantelant certaines colonies; - Ce plan soulève la colère tant des Palestiniens que de

Les colons de la bande de Gaza sont directement affectés par le nouveau plan.

Photo: Agence Reuters

Herzliya - Le premier ministre israélien, Ariel Sharon, a menacé hier d’entamer dans «quelques mois» un processus unilatéral visant à se couper des Palestiniens si ces derniers ne respectaient pas les obligations contenues dans la «feuille de route» en faveur de la paix.

Les mesures dévoilées dans ce discours très attendu prononcé à Herzliya, en banlieue de Tel-Aviv, ont suscité à la fois la colère des Palestiniens, des «faucons» du gouvernement israélien et de colons juifs.
Ariel Sharon a notamment évoqué une accélération de la construction de la barrière de sécurité en Cisjordanie ainsi qu’un redéploiement de certaines colonies juives et des forces militaires le long de nouvelles lignes de sécurité si les Palestiniens ne se conformaient pas à leurs obligations.
«Cette réduction des frictions exigera la mesure extrêmement difficile d’un changement dans le déploiement de certaines colonies», afin de «réduire le plus possible le nombre d’Israéliens se trouvant au cœur de la population palestinienne», a déclaré Ariel Sharon, sans citer les implantations qui seraient concernées.
Il a également souligné que l’État hébreu allait «accélérer grandement» la construction de la barrière de sécurité contestée en Cisjordanie, dans le cadre de nouvelles lignes de sécurité destinées à permettre à Israël de se défendre plus facilement.
Dans son discours, Ariel Sharon a souligné qu’Israël restait engagé en faveur de la «feuille de route» pour la paix élaborée par le Quartet (États-Unis, Russie, Nations unies, Union européenne) mais souhaitait que les Palestiniens honorent ce plan de paix qui appelle au «démantèlement» de groupes violents.
«Nous manifestons de l’intérêt pour mener des négociations directes, mais nous n’avons pas l’intention de tenir la société israélienne en otage dans les mains des Palestiniens [...] nous ne les attendrons pas indéfiniment», a-t-il dit lors de cette intervention. «Si dans quelques mois les Palestiniens continuent de ne pas tenir leur rôle dans le cadre de l’application de la feuille de route, alors Israël lancera la mesure de sécurité unilatérale de désengagement vis-à-vis des Palestiniens», a-t-il ajouté.
Les Palestiniens ont réagi avec colère à l’allocution d’Ariel Sharon. «Ce n’est pas une proposition pour la paix, c’est une proposition pour plus de guerre et plus d’attentats et plus d’isolement [...] contre le peuple palestinien», a jugé le ministre palestinien des Affaires étrangères, Nabil Chaath.
Les «faucons» du gouvernement israélien se sont également opposés au plan d’Ariel Sharon et se sont engagés à résister à tout retrait des colonies en Cisjordanie. Le premier ministre israélien a également suscité des critiques dans les rangs des colons de Cisjordanie, qui ont évoqué «un plan d’illusions qui déclenchera une escalade» en matière de terrorisme.

Le temps jouerait contre Israël
«Le démantèlement des colonies et l’expulsion des juifs de leurs maisons ne feront qu’accroître l’appétit des meurtriers et amèneront la destruction du sionisme», a jugé Yehoshua Mor-Yosef, porte-parole des colons.
Selon le ministre israélien de la Justice, Yossef Lapid, du parti centriste Shinouï, Ariel Sharon devrait donner trois mois aux Palestiniens pour commencer à se conformer aux obligations contenues dans la «feuille de route» avant d’imposer son nouveau plan.
M. Lapid avait estimé, avant le discours d’Ariel Sharon, que le temps jouait contre Israël, à tous les niveaux.
Des soldats de Tsahal ont en effet tué hier matin au moins quatre Palestiniens à Naplouse, en Cisjordanie, dans le cadre d’opérations de recherche de militants palestiniens. Selon des sources de sécurité palestiniennes, l’un des hommes tués n’était pas armé.
L’approche unilatérale d’Ariel Sharon a été critiquée par les États-Unis, qui estiment qu’un accord de paix doit être trouvé par le biais de négociations. Les reproches visent essentiellement la barrière de séparation. Selon la radio israélienne, qui citait hier des sources au sein des services de sécurité israéliens, ellle pourrait être achevée en deux ans.
Israël compte quelque 150 implantations en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, où vivent environ 220 000 colons juifs. Ces derniers ont également installé des dizaines d’avant-postes illégaux en Cisjordanie au cours des dernières années.
«Sharon demande aux Palestiniens de brandir des drapeaux blancs, de se rendre», a dit à Reuters le cheikh Ahmed Yassine, fondateur du Hamas.


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