Foulard islamique - Washington s'inquiète du projet de loi français
Mots clés : justice
Washington - Les États-Unis ont indiqué hier qu'ils allaient «suivre attentivement» les mesures qui seront prises en ce qui concerne le port du foulard islamique en France, redoutant à mots couverts qu'elles n'empiètent sur la liberté de religion. «Nous allons suivre cela attentivement», a déclaré John Hanford, responsable du dossier de la liberté religieuse au département d'État, en ajoutant que c'était une source «importante de préoccupation en ce moment».
«Notre position constante est que si les gens portent cela comme une simple manifestation de leur attachement à leurs croyances, comme certains le font chaque jour aux États-Unis, et que cela ne constitue pas une provocation personnelle envers les autres, il s'agit d'un droit de base qui doit être protégé», a-t-il déclaré.
Le président français Jacques Chirac s'est prononcé mercredi pour l'interdiction à l'école des signes religieux «ostensibles», notamment le foulard islamique, la kippa et les grandes croix, malgré des mises en garde des autorités religieuses du pays.
Ce sujet est un thème potentiel de profonde incompréhension entre la France, pays attaché de longue date au principe d'une république laïque, et les États-Unis, dont l'identité historique s'ancre dans la liberté de religion.
«Le président Chirac est préoccupé par le maintien du principe de la laïcité en France, et je crois qu'il a dit que cela n'était pas négociable. Nous espérons que la liberté de religion ne sera pas négociable non plus», a ajouté M. Hanford. Il a toutefois indiqué qu'il ne disposait pas encore d'assez d'information pour faire des commentaires définitifs.
Rapport du département d'État
Les États-Unis sontpar ailleurs inquiets de la montée de l'antisémitisme en Europe et considèrent l'Asie comme la région du monde où la liberté religieuse est le plus massivement bafouée, selon un rapport du département d'État américain publié hier.
Ce rapport annuel sur la liberté de religion dans le monde, qui couvre la période juin 2002-juin 2003, dénonce une «inquiétante augmentation de l'antisémitisme dans plusieurs pays européens», sous forme principalement de profanations de lieux de culte juifs ou d'attaques contre des biens ou des personnes.
Le responsable de ce document, l'ambassadeur John Hanford, a toutefois affirmé dans une conférence de presse que «les gouvernements européens commencent à prendre ce problème au sérieux».
Le rapport note, en France, une forte hausse des actes à caractère antisémite au début de l'année 2002, suivie d'une baisse importante à partir de mai de la même année. Il met ces incidents sur le compte de «jeunes désoeuvrés» et relève la forte augmentation des mesures de sécurité pour prévenir ces actions.
Plusieurs pays européens -- France, Belgique, Allemagne, notamment -- sont également pointés pour les restrictions imposées à certains cultes, qualifiés, abusivement selon Washington, de sectes.
Le document s'en prend longuement aux mesures prises en Allemagne contre l'Église de scientologie, «bien que ni cette Église ni aucun de ses membres n'aient été déclarés impliqués dans des activités criminelles en six ans de mise en observation par l'État».
Comme dans le rapport précédent, l'Asie reste le continent le plus préoccupant en matière de liberté de religion, selon Washington.
Sur six pays accusés de pratiques «totalitaires ou autoritaires pour contrôler les croyances et pratiques religieuses» -- la catégorie la plus inquiétante dans la classification américaine --, tous sont asiatiques (Chine, Birmanie, Laos, Corée du Nord, Vietnam), à l'exception de Cuba. Selon M. Hanford, la Corée du Nord constitue le pire cas de violations de la liberté de religion dans le monde.
La catégorie suivante des pays pratiquant une «hostilité d'État envers des minorités ou des religions non approuvées» regroupe sept pays musulmans (Iran, Irak -- du temps de Saddam Hussein --, Pakistan, Arabie Saoudite, Soudan, Turkménistan, Ouzbékistan). Téhéran et Riyad se détachent largement en tête de ce groupe.
Israël est aussi pointé pour des pratiques discriminatoires ou désavantageant certaines religions.

