Le Québec sous les rayons X
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Sous la plume de 130 auteurs, L'Annuaire du Québec 2004 révèle les grands enjeux de la société québécoise de demain
Créé en 1995 à l'image et à la ressemblance du très respecté État du monde publié au Seuil, L'Annuaire du Québec a choisi de miser sur les faits pour asseoir la réputation de ce qui, moins d'une décennie plus tard, est devenu un instrument incontournable pour qui s'intéresse aux enjeux de la société québécoise. Signes de maturité? Son édition 2004, qui a atteint cette année les 1000 pages, propose une nouvelle maquette, de nouveaux collaborateurs et de nouvelles approches. Regards sur un Québec en pleine mutation.«L'ouvrage a complètement changé depuis 1995, confirme son directeur, Michel Venne, bien connu des lecteurs du Devoir, qui ont rendez-vous avec le chroniqueur tous les lundis en page Idées. Avant, on avait essentiellement des textes qui faisaient le bilan factuel de l'année qui venait de s'écouler, là on est beaucoup plus dans la prospective, dans l'explication de fond sur les grandes tendances du Québec.»
Plutôt que de se contenter de regarder bêtement en arrière, l'ouvrage de référence se sert donc de plus en plus de ces mêmes données pour mieux appréhender l'avenir. «Notre travail consiste à faire une radiographie du Québec, donc à se demander qu'est-ce qui présentement change? Qu'est-ce qui préoccupe les gens?» Pour y parvenir, le directeur a fait appel à 130 auteurs au nombre desquels figurent une centaine de chercheurs et de spécialistes qui ont eu pour mandat de faire le point dans leur domaine respectif.
Cette forte tendance vers l'analyse est par ailleurs soumise à des règles aussi strictes que celles qui ont cours pour les textes rigoureusement factuels. L'Annuaire n'est pas et ne sera jamais le véhicule des opinions de ses auteurs prévient Michel Venne. «Ce n'est pas un recueil de textes d'opinion, c'est avant toute chose un recueil de textes fondés sur des méthodes de travail éprouvées.» Celui-ci ne nie cependant pas que certains textes soient plus polémiques que d'autres. «Moi je demande à gens de faire des analyses, mais, en même temps, je n'ai pas la prétention de dire que tout le monde qui écrit dans L'Annuaire a toujours raison à 100 %. Les gens qui le lisent tireront leurs propres conclusions.»
Voir venir le changement
Pour sa première année en solo à la tête de l'ouvrage, Michel Venne a par ailleurs inauguré une nouvelle forme de partenariat avec plusieurs centres de recherche et organismes spécialisés. «Cette fois-ci, on a voulu s'asseoir avec les gens qui font de la recherche au Québec sur différents sujets qui intéressent les Québécois afin de déceler quels sont les changements et les mutations fondamentales à venir, de les analyser et de les comprendre.»
La dynamique de travail a donc été complètement inversée, plaçant L'Annuaire en amont, si l'on peut dire, de la réflexion. C'est ainsi que l'équipe a pu lever le voile sur certaines tendances encore inédites parmi lesquelles figurent une surprenante étude de Charles Castonguay sur la force d'attraction de la langue française et les résultats tout aussi étonnants d'une première étude d'importance sur les enfants de la loi 101 signée Isabelle Beaulieu.
L'édition 2004 révèle au premier chef une forte préséance de la notion d'inégalité dans les rouages de la société québécoise. «Quand on parle d'inégalité, on en parle sur le plan économique bien sûr, mais on en parle aussi sur le plan culturel, explique le directeur de L'Annuaire. C'est la même chose par rapport à notre capacité à intervenir comme citoyen. On est à la traîne par rapport au reste du monde là-dessus au Québec.»
L'intérêt grandissant des Québécois pour l'autre, l'ailleurs, est également un thème largement développé. On a d'ailleurs considérablement amplifié cette année les sections consacrées à la mondialisation, aux échanges avec l'étranger et aux phénomènes religieux. On a de plus inauguré une revue de l'année en photos élaborée par le photographe du Devoir, Jacques Nadeau, à laquelle s'ajoutent des dessins inédits du caricaturiste Garnotte. Sans oublier une étude du phénomène de l'heure, la «star-académisation» de notre petit écran.
Sujets laissés en plan
Évidemment, ce tour du Québec, qui prend fin au 1er août 2003, ne dit mot sur quantité de sujets qui ont dû être abandonnés, faute de temps et d'espace. «Chacun trouvera des sujets qui auraient pu être traités ou qui auraient pu l'être d'une autre façon ou plus longuement», convient Michel Venne. Certaines absences toutefois sont appelées à être comblées dans la prochaine édition. «Prenons les mariages des conjoints de même sexe, explique-t-il. On a cette année un court papier qui, au fond, en énonce les faits. Le texte de fond viendra l'année prochaine puisque le débat est encore en cours.»
En mutation ou non, les transformations sociales sont en effet des phénomènes qui se scellent rarement en 12 mois «top chrono». «La beauté d'un annuaire, c'est que, d'une année à l'autre, on peut combler les lacunes des années précédentes», confirme le principal intéressé, qui a bien l'intention de tenir la barre de L'Annuaire du Québec pour quelques années encore. «Une année en préparant une autre, un projet comme celui-là, on ne le fait pas qu'une année!»
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