Une reprise américaine à double tranchant
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Washington -- L'économie américaine a enfin redécollé en 2003, mais c'est une nouvelle à double tranchant, car la locomotive de la croissance mondiale a eu besoin de déficits records et du plongeon du dollar pour sortir de la crise, ce qui risque de fragiliser la timide reprise de ses partenaires.
Pourtant les États-Unis ont inversé la tendance en quelque mois. À l'été, les investissements avaient repris, le chômage commençait à refluer, et la croissance a atteint 8,2 % (en rythme annuel) au troisième trimestre. «L'année 2004 sera la meilleure en 20 ans pour l'économie américaine», prédit l'institut de conjoncture privé Conference Board qui table sur une croissance de 5,7 %.
Cette reprise spectaculaire a fait l'envie des autres grands pays industriels. Après une quasi-récession durant la première partie de l'année, la zone euro est sortie du marasme mais sa croissance est restée fragile, en l'absence d'une demande intérieure forte, et elle ne devrait afficher qu'une hausse de 1,8 % du PIB en 2004 selon la Commission européenne. Au Japon, l'activité s'est nettement redressée cette année, mais la déflation et le chômage risquent de persister.
Face à ces décollages chargés d'inconnues, la croissance des États-Unis est déterminante, puisque ce pays représente 20 % de l'économie mondiale.
Plusieurs facteurs expliquent son redémarrage cette année, notamment le niveau plancher des taux d'intérêt et la résistance tant vantée de l'économie américaine, même si les salariés ont lourdement payé sa flexibilité (2,4 millions d'emplois perdus depuis 2001).
Déficits massifs
Mais il faut aussi voir que les États-Unis ont eux-mêmes fabriqué la reprise en créant des déficits massifs, laissant filer le dollar, et en menaçant de céder aux sirènes protectionnistes -- ce qui n'est pas sans conséquence.
Le plan de baisses d'impôts du président George W. Bush, couplé aux dépenses de guerre, a creusé un déficit budgétaire record de 374 milliards $US en 2003, qui devrait encore s'aggraver l'an prochain. Le gouvernement souligne que le déficit a permis à l'économie de redémarrer, mais les détracteurs s'inquiètent, à l'instar du président de la Réserve fédérale Alan Greenspan, «d'importants effets déstabilisateurs sur l'économie».
Le déficit des comptes courants (qui mesure les échanges des États-Unis avec le monde) approche lui aussi de niveaux inquiétants, alors que les Américains épargnent très peu et sont fort endettés. «Cela n'affectera sans doute pas le cycle d'expansion économique des États-Unis, mais il y aura une baisse importante du dollar pendant plusieurs années dans le cadre de l'ajustement des déséquilibres mondiaux», prédit Kermit Schoenholtz de Citigroup.
Le billet vert a déjà bien entamé sa glissade, savamment entretenue par les déclarations contradictoires des responsables américains. C'est l'euro qui a le plus accusé le coup, en prenant plus de 40 % face au dollar depuis mars 2002. Or «une baisse rapide du dollar pourrait menacer l'expansion fragile dans des régions clés y compris la zone euro et le Japon», estime M. Schoenholtz.
Enfin les tentations protectionnistes des États-Unis, qui ont dû faire marche arrière sur l'acier mais sont repartis de plus belle sur le textile chinois, ne laissent pas d'inquiéter. «Comme dans les années 30, un regain de protectionnisme serait une menace majeure pour l'économie mondiale», avertit M. Schoenholtz.

