«Le tyran est prisonnier»

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Brian Myles
Édition du lundi 15 décembre 2003

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Un commando capture Saddam Hussein dans une cache souterraine près de Tikrit

Les forces américaines ont diffusé hier cette photographie montrant Saddam Hussein tel qu'il est apparu au commando qui a procédé à sa capture.

Photo: Agence Reuters

Comme un rat au fond d'un trou. Un commando des forces spéciales américaines a capturé samedi l'homme le plus recherché de la planète après Oussama ben Laden, le dictateur déchu de l'Irak, Saddam Hussein. Il se terrait dans une cache pas plus grande qu'une tombe, près de sa ville natale de Tikrit, avec deux kalachnikov, un pistolet et 750 000 $ en main. L'homme fort du parti Baas n'a offert aucune résistance et aucune excuse pour son règne de terreur, affirmant même qu'il s'était montré juste, mais ferme avec son peuple.

Les images d'un Saddam Hussein hirsute et celles de sa cache ont déjà fait le tour du monde. Le dictateur irakien a passé les dernières heures de liberté de sa vie dans ce trou, dans une ferme près de la ville d'al-Daour, d'où il ne contrôlait visiblement pas les opérations de déstabilisation menées contre l'occupation américaine depuis la chute de Bagdad, le 9 avril dernier. Les soldats responsables de sa capture l'ont même trouvé désorienté, bien qu'un examen médical ait confirmé par la suite que le dictateur gardait la santé malgré son état de grande fatigue.

L'administrateur civil américain en Irak, Paul Bremer, a confirmé hier matin que des tests d'ADN avaient permis d'identifier formellement Saddam Hussein. «Mesdames et messieurs, nous l'avons eu, a-t-il lancé, radieux. Le tyran est prisonnier.»

À Washington, le président américain George W. Bush a déclaré que la capture de Saddam Hussein «marque la fin de la route pour lui et pour tous ceux qui ont brutalisé et tué en son nom».

«La capture de cet homme était essentielle pour l'émergence d'un Irak libre», a déclaré M. Bush, promettant que «l'ancien dictateur va faire face à la justice qu'il a déniée à des millions [de personnes]». Reste à savoir comment. Le président actuel du Conseil de gouvernement transitoire irakien, Abdel Aziz al-Hakim, a affirmé que Saddam Hussein serait jugé pour crimes de guerre en Irak, par un tribunal formé la semaine dernière. Mais d'autres, dont l'influent sénateur républicain John McCain, voudraient que le despote subisse un procès devant le Tribunal international de La Haye.

Un triomphe du Pentagone

Saddam Hussein se dérobait aux forces américaines depuis la chute de Bagdad, en dépit d'une récompense de 25 millions de dollars offerte pour son arrestation et de nombreux raids menés dans l'intention de le tuer. La guerre en Irak avait d'ailleurs commencé par une frappe anticipée contre un bunker de la capitale où le tyran aurait pu se cacher.

Sur la base du renseignement, les militaires américains n'ont pas hésité à frapper une maison du quartier de Mansour, à Bagdad, le 27 juillet dernier, croyant que le dictateur en déroute s'y trouvait. L'opération a fait cinq morts parmi les civils.

Les informations obtenues par le Pentagone ont gagné en qualité au fur et à mesure que les dirigeants du régime sont tombés dans les mailles du filet américain. Sous le couvert de l'anonymat, un responsable du Pentagone a affirmé hier à l'AFP que les renseignements en provenance de la population irakienne avaient augmenté de 80 à 90 % après la mort des deux fils de Saddam Hussein, Oudaï et Qoussaï, tués lors d'un raid à Mossoul, le 22 juillet.

«Ces derniers mois, nous avons pu resserrer l'étau sur les activités de Saddam Hussein grâce à un mélange de renseignements donnés par des informateurs, d'un effort d'analyse exceptionnel des informations et des interrogatoires de prisonniers», a expliqué pour sa part le général Ricardo Sanchez, patron des forces américaines en Irak.

Une unité militaire d'élite, dont les activités sont frappées du plus grand secret, travaillait de concert avec la 4e division de l'infanterie pour retrouver Saddam Hussein. Très peu de détails ont circulé sur l'origine du renseignement qui a mené les forces américaines jusqu'au trou à rat de Saddam Hussein. Le général Raymond Odierno, responsable de la 4e division de l'infanterie, a indiqué qu'une force de 600 hommes s'était déployée autour de Tikrit «moins de 24 heures» après avoir reçu une information de la part de l'un des membres d'une famille loyale à Saddam Hussein. Les militaires américains ont capturé récemment 5 à 10 fidèles partisans du raïs qui ont fait l'objet d'interrogatoires serrés.

Deux autres personnes ont été arrêtées sur les lieux en même temps que Saddam Hussein, «sans qu'un seul coup de feu ne soit tiré», a précisé le général Sanchez. L'entrée de la cache de Saddam Hussein était dissimulée par un tas de briques et des ordures, dans une ferme située près d'al-Daour, au sud de Tikrit. D'une profondeur de sept mètres, elle était juste assez large pour qu'une personne puisse s'allonger. Un ventilateur amenait de l'air frais à Saddam Hussein, lui permettant de rester à l'abri pour de longues périodes de temps. On ignore cependant combien de temps il y est resté, le despote ayant l'habitude de se déplacer continuellement. Le général Odierno a d'ailleurs indiqué que Saddam Hussein comptait sur «vingt à trente» abris de fortune similaires dans le pays.

Avec cet historique coup de filet, les Américains ont maintenant attrapé ou tué 41 des 55 dignitaires irakiens dont le portrait s'était retrouvé sur un fameux et controversé jeu de cartes à l'intention des militaires. Le numéro un de la liste devient maintenant Ezzat Ibrahim Al-Douri, le vice-président du Conseil de commandement de la révolution, qui est soupçonné de diriger présentement la résistance armée au nord de Bagdad.

Le monde applaudit

Malgré les déchirements suscités par l'invasion unilatérale de l'Irak sans l'assentiment de l'Organisation des nations unies (ONU), la communauté internationale s'est félicitée de la capture de Saddam Hussein. Selon le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, ce revirement offre l'occasion d'un «nouvel élan» pour «la recherche de la paix et de la stabilité en Irak».

À Londres, le premier ministre britannique Tony Blair, fidèle allié de George W. Bush, a souhaité que l'arrestation de Saddam Hussein «soit synonyme d'unité, de réconciliation et de paix entre tous les Irakiens».

La France et l'Allemagne, principaux opposants à la guerre en Irak, se réjouissent tout autant. Pour le président français, Jaques Chirac, il s'agit d'un «événement majeur qui devrait fortement contribuer à la démocratisation et à la stabilisation de l'Irak». Le chancelier allemand, Gerhard Schröder, a même envoyé un télégramme au président Bush pour lui faire part de sa «grande joie».

La communauté internationale espère maintenant que les Irakiens pourront retrouver la maîtrise de leur destin le plus rapidement possible (nos informations en page A 5). Dans son allocution télévisée, le président Bush a réitéré que la coalition poursuivait les mêmes objectifs que le peuple irakien, soit de restaurer la souveraineté du pays. Le président Bush a assuré que les bastions baassistes ne retrouveraient jamais plus le pouvoir et que les Irakiens désireux de vivre «en hommes et femmes libres» ne connaîtraient plus «les chambres de torture et la police secrète».

Le raïs déchu ne se formalise pas des crimes de guerre et du génocide de la minorité kurde qui lui sont reprochés. Selon trois membres du Conseil de gouvernement transitoire irakien qui ont rencontré Saddam Hussein pour l'identifier, à la demande des Américains, le dictateur s'est montré «sans remords et rebelle». «Il nous a dit qu'il était un dirigeant juste et ferme», s'est offusqué l'un de ces membres du Conseil, Adnane Pachachi.

Avec l'AFP, AP, Reuters, The New York Times, Le Monde et CNN.


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Haro sur le beaudet! - par Eugène Lapointe (elapointe@ustpaul.uottawa.ca)
Le lundi 15 décembre 2003 10:00

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