Les analystes prévoient un rebond des marchés boursiers en 2004
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Photo: Agence Reuters
«Au vu des perspectives de l'année prochaine, je ne recommanderais pas aux investisseurs d'abandonner le navire», commente Ned Riley (State Street Global Advisors, Boston). «À mon avis, la balance des probabilités penche nettement en faveur d'une amélioration des marchés.»
Les grands indices boursiers américains devraient connaître une reprise de 8 %, poursuivant ainsi la progression régulière enregistrée depuis la chute de Saddam Hussein. En Europe, la progression est estimée à quelque 10 %, les prévisions moyennes s'établissant à 12 % pour l'indice Cac 40 de la Bourse de Paris, 11,3 % pour l'indice londonien FTSE 100 et 7,3 % pour l'indice allemand Dax.
En revanche, les analystes considèrent que l'indice Nikkei devrait se reprendre d'environ 19 %, après avoir été freiné cette année par la flambée du yen par rapport au dollar.
L'étude, effectuée du 4 au 9 décembre, montre que les analystes s'attendent à ce que la poursuite de l'amélioration des résultats des entreprises -- surtout aux États-Unis -- encourage les investisseurs à revenir sur les marchés d'actions. Mais chacun a aussi bien conscience qu'une hausse des taux d'intérêt semble maintenant inéluctable. Après avoir atteint un plus bas en 45 ans aux États-Unis pour alimenter la croissance économique, ils seront probablement relevés entre le milieu et la fin de l'année 2004.
«L'année prochaine donnera lieu à un bras de fer entre les résultats, qui devraient augmenter et être le principal élément moteur du marché, et les taux d'intérêt, qui devraient également augmenter et ainsi limiter les performances des marchés», résume François Lemoine (BNP Paribas, Paris).
Après trois ans de prévisions exagérément optimistes, il semble bien que cette fois, certains analystes auront vu à peu près juste. Les indices des Bourses de New York, Francfort et Hong Kong sont actuellement tous légèrement supérieurs aux niveaux envisagés en décembre dernier pour la fin 2003, et celui de la Bourse de Toronto est même supérieur d'environ 10 % aux prévisions de l'époque. Quant aux indices de Taïwan et d'Australie, ils ne sont qu'un peu inférieurs aux attentes.
En revanche, les estimations établies à la fin de l'année 2002 pour les indices des Bourses de Paris, Londres et Tokyo se sont avérées trop ambitieuses, car elles sont encore supérieures de 5 à 8 % aux niveaux actuels.
En ce qui concerne l'année prochaine, les principales inquiétudes des marchés concernent l'évolution en Irak et les incertitudes entourant l'élection présidentielle américaine de novembre.
Il n'en reste pas moins que l'amélioration des bénéfices des entreprises devrait jouer un rôle majeur. D'après les estimations de Thomson First Call, les bénéfices des sociétés figurant à l'indice Standard & Poor's 500 connaîtront probablement une hausse de 12,4 % en 2004. Mais un certain ralentissement est à prévoir en fin d'année, les comparaisons devenant alors plus difficiles. En Europe et au Japon, on s'inquiétera surtout de la chute du dollar, qui rend plus chères les exportations facturées en yens et en euros.
«Les résultats des entreprises deviendront probablement plus ternes, par rapport à ce que nous avons observé cette année», commente Takahiko Murai (Nozomi Securities, Tokyo). «Mais dans le même temps, on devrait beaucoup s'intéresser à des entreprises très compétitives, sur des marchés de croissance tels que ceux des téléviseurs à écran plat et de la technologie numérique, et beaucoup de sociétés seront en mesure de faire face sur le front des marchés des changes si le dollar reste supérieur à 105 yens.»
En ce qui concerne la zone euro, la vigueur de la monnaie unique ne sera pas forcément un désavantage. «En Europe, la croissance de l'année prochaine devrait en fait venir en partie d'un rebond de la consommation, et la demande intérieure sera bien sûr favorisée par l'appréciation de la monnaie commune», commente Rolf Elgeti (Commerzbank, Londres).
Les sociétés qui proposent des services ou vendent des biens de grande consommation et de luxe au sein de la zone euro sont bien placées pour profiter de la hausse des dépenses de consommation et de la baisse des prix des importations, estiment les analystes.
Beaucoup restent toutefois prudents quant aux perspectives de l'année 2004. Dans des pays tels que la Grande-Bretagne et l'Australie, où les achats de logements ont soutenu l'économie grâce au faible niveau du loyer de l'argent et malgré l'explosion des prix de l'immobilier, une hausse des taux d'intérêt risque d'être lourde de conséquences. «Nous avons bénéficié d'une flambée de la consommation qui ne pourra être maintenue et les comptes des ménages ont été soumis à d'énormes pressions», considère Gerard Minack (ABN Amro, Sydney).
À Londres, Graham Secker (Morgan Stanley) s'interroge aussi sur la mesure dans laquelle la croissance de l'économie et des bénéfices pourra compenser l'impact des hausses de taux. «Nous ne voyons guère de perspectives de retour du marché à une nette tendance haussière», dit-il en estimant que les valeurs britanniques ne termineront l'année 2004 qu'à un niveau supérieur de 3 à 4 % aux niveaux actuels.

