Grand balayage à Ottawa

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Manon Cornellier , Hélène Buzzetti
Édition du samedi 13 et du dimanche 14 décembre 2003

Mots clés : cabinet

- 23 nouveaux venus; - Le Québec maintient son poids; - Plus de responsabilités pour l'Ouest; - Chambardement de structures

Paul Martin lui-même n'a pas pu retenir ses rires hier lors de la cérémonie de purification faite par un autochtone et consistant à lui frôler tout le corps d'une plume d'aigle afin d'en faire fuir les mauvais esprits. C'est pourtant le premier ministre qui avait insisté pour que ce rite ait lieu après que la gouverneure générale Adrienne Clarkson lui eut refusé de tenir la cérémonie d'assermentation au parlement plutôt qu'à Rideau Hall.

Photo: Agence Reuters

Ottawa - Le nouveau premier ministre du Canada, Paul Martin, a procédé à un grand balayage hier en dévoilant la composition de son conseil des ministres, qui s'avère aussi volumineux que celui de son prédécesseur Jean Chrétien. Quinze ministres ont conservé un poste au sein du cabinet (seulement quatre avec les mêmes responsabilités) tandis que 23 nouveaux venus, pour la plupart de fidèles partisans de M. Martin, y ont fait leur entrée.

Le poids du Québec reste à peu près inchangé avec huit ministres, contre sept sous M. Chrétien. Pierre Pettigrew en ressort comme l'homme fort puisqu'il se retrouve à la tête de la Santé, des Affaires intergouvernementales et des Langues officielles. La décision de confier au même ministre les relations avec les provinces et le portefeuille de la santé n'est pas anodine.

«Nous l'avons fait volontairement», a expliqué hier un haut responsable lors d'une séance d'information. «La santé est la priorité numéro un de tous les Canadiens [et des provinces].» Le choix de M. Pettigrew en remplacement de Stéphane Dion, qui a été écarté, est lui aussi délibéré car on a jugé, lors de son passage au Commerce international, qu'il était un habile négociateur, capable d'établir de bonnes relations avec les provinces. «M. Pettigrew projette une image très différente au Québec, a ajouté ce responsable. M. Dion a fait un bon travail, mais nous voulons développer une nouvelle approche avec les provinces, et M. Pettigrew incarne cela.»

Lucienne Robillard passe de la présidence du Conseil du trésor au ministère de l'Industrie alors que Denis Coderre a, contrairement aux rumeurs, survécu au remaniement, bien qu'une aura de rétrogradation plane. De ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, il devient en effet responsable des Métis, du règlement de la question des pensionnats autochtones ainsi que de la Francophonie. Il obtient aussi le poste de président du Conseil privé. Ses responsabilités sont plutôt vagues, bien que la nouvelle Agence de gestion des ressources humaines, qui pilotera la réforme de la fonction publique fédérale, relèvera de lui. Malgré une importante implication dans le dossier autochtone, il n'est pas membre du comité spécial du cabinet que présidera le premier ministre. M. Coderre a par ailleurs réfuté les informations publiées hier par Le Devoir selon lesquelles il serait nommé dans le prochain rapport de la vérificatrice générale sur les commandites.

Parmi les nouveaux venus québécois, on retrouve Irwin Cotler. Ex-professeur de droit à McGill spécialisé dans les droits de la personne, il atterrit à la Justice, où il devra piloter les délicats dossiers des mariages gais et de la décriminalisation de la possession simple de marijuana, deux projets dont il appuie les principes.

Jacques Saada sera le leader du gouvernement à la Chambre des communes et, à ce titre, pilotera la réforme démocratique. Hélène Scherrer hérite du Patrimoine canadien en remplacement de Sheila Copps. Liza Frulla, qu'on croyait destinée à ce ministère, hérite plutôt du Développement social, une des deux entités nées de la division du ministère du Développement des ressources humaines.

Ce nouveau ministère s'occupera des prestations destinées aux personnes âgées ou handicapées, aux familles et aux enfants, de même que du secteur de l'économie sociale. Comme les politiques sociales sont de compétence provinciale, Mme Frulla devra, comme Pierre Pettigrew, travailler de concert avec les provinces, ce qu'elle a promis de faire sans hésiter hier. Enfin, les ex-ministres provinciaux Serge Marcil et George Farrah restent sur le carreau en devenant secrétaires parlementaires.

Haro sur les États-Unis

Respectant sa promesse de donner plus de poids à l'Ouest du pays, Paul Martin a augmenté les responsabilités de ses ministres qui en sont originaires. Ainsi, les Finances (Ralph Goodale), le nouveau ministère de la Sécurité publique (Anne McLellan), l'Environnement (David Anderson), les Travaux publics (Stephen Owen) et le Conseil du trésor (Reg Alcock) leur reviennent. Le premier cabinet de Paul Martin, loin d'être plus maigre que celui de Jean Chrétien, compte donc 38 ministres, dont 11 femmes. S'ajoutent 26 secrétaires parlementaires, dont seulement quatre femmes, qui seront appelés à jouer un plus grand rôle qu'auparavant.

L'Ontario maintient son poids au cabinet. Bill Graham reste aux Affaires étrangères tandis que Jim Peterson fait un retour à la tête du ministère du Commerce international. Andy Mitchell prend la direction du ministère des Affaires indiennes, et Judy Sgro, celui de la Citoyenneté et de l'Immigration.

John McCallum revient à des responsabilités plus modestes aux Anciens Combattants. C'est David Pratt qui le remplacera à la Défense nationale, un ardent défenseur de dépenses militaires accrues et de liens approfondis avec les États-Unis.

Les relations avec les États-Unis figurent d'ailleurs au sommet des priorités annoncées hier par Paul Martin. Le premier ministre présidera un nouveau comité du cabinet qui s'intéressera uniquement à cette question. Un secrétariat dédié aux relations avec nos voisins du Sud sera mis sur pied pour seconder ce comité du cabinet. De même, un des trois secrétaires parlementaires du premier ministre ne traitera que des liens Canada-États-Unis. C'est Scott Brison, le transfuge conservateur passé chez les libéraux en début de semaine, qui a obtenu cette promotion. M. Martin parlera avec George W. Bush lundi, a-t-il annoncé.

Autres promesses que M. Martin entend respecter: accroître le rôle des députés et appliquer des règles d'éthique plus contraignantes. «Nous devons restaurer la confiance qu'ont les Canadiens que leur gouvernement les écoute. Et la meilleure façon de le faire, c'est de replacer le Parlement au centre du débat national», a déclaré M. Martin. Selon lui, la baisse de participation électorale est une preuve que les citoyens s'intéressent moins à la politique.

Chambardement de structures

Paul Martin n'a pas seulement dévoilé son nouveau cabinet hier, il a aussi annoncé les changements qui seront apportés à divers ministères et à d'autres structures du gouvernement. Ainsi, trois nouvelles agences verront le jour, soit une pour la santé publique (afin de coordonner l'action des gouvernements lors de crises comme celle du SRAS), une pour les services frontaliers et, enfin, une autre pour la gestion des ressources humaines dans la fonction publique fédérale.

C'est justement dans le but d'alléger le Conseil du trésor que cette dernière agence verra le jour. Le Conseil du trésor pourra se concentrer uniquement sur sa fonction de contrôleur des dépenses des autres ministères sans être lui-même source de dépense. La négociation des conventions collectives des fonctionnaires sera confiée aux Travaux publics.

Le ministère du Développement des ressources humaines est divisé en deux, d'une part ses fonctions d'aide aux personnes (Développement social), d'autre part celles de formation des travailleurs (Ressources humaines et Développement des compétences).

L'autre changement de premier plan a trait à la dimension sécuritaire. Un nouveau ministère de la Sécurité publique et de la Protection civile verra le jour et sera placé sous la direction de la vice-première ministre Anne McLellan. Ce ministère regroupera toutes les fonctions qui relevaient auparavant du Solliciteur général, soit la Gendarmerie royale, le Service du renseignement de la sécurité (SCRS) et les Services correctionnels, auxquelles s'ajouteront le Bureau de la protection des infrastructures essentielles (qui relevait de la Défense) et le Conseil national de prévention du crime.


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