La «fin d'une ère»
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Plusieurs ministres retournent sur les banquettes arrière

Photo: Agence Reuters
Ralph Goodale, prochain ministre des Finances, selon plusieurs sources, et bras droit de Paul Martin depuis longtemps.
Ses collègues n'avaient plus que quelques heures à attendre et les téléphones ont commencé à sonner en fin d'après-midi hier en vue de l'assermentation du cabinet Martin, ce matin. Le nouveau premier ministre a promis un vent de changement, et c'est ce qui s'annonçait hier soir avec l'éviction de nombreux ministres. Quelques-uns ont préféré ne pas attendre et ont déjà annoncé leur retrait de la vie politique. Après John Manley (Finances) et Herb Dhaliwal (Ressources naturelles), c'était au tour hier de Lyle Vanclief (Agriculture) d'annoncer qu'il ne serait pas candidat aux prochaines élections.
Au moment de mettre sous presse, plusieurs étaient enfin fixés. Parmi les chanceux, deux importants ministres québécois semblaient devoir hériter de portefeuilles de taille. Selon certaines sources, Pierre Pettigrew quitterait le Commerce international pour prendre la barre de la Santé et des Affaires intergouvernementales, en plus de devenir ministre politique du Québec et responsable des langues officielles.
Lucienne Robillard, de son côté, laisserait la présidence du Conseil du trésor pour prendre la direction du ministère de l'Industrie. Elle serait la première femme à occuper ce poste. Le Manitobain Reg Alcock, un fidèle supporteur de Paul Martin, reconnu pour sa compétence, prendrait la relève de Mme Robillard au Conseil du trésor.
Plusieurs ministres québécois auraient été évincés dans l'opération, soit le ministre des Affaires intergouvernementales, Stéphane Dion, le ministre de la Justice, Martin Cauchon, et le ministre de l'Immigration, Denis Coderre. M. Cauchon s'y attendait et ne s'en cachait pas, lui qui avait des rapports difficiles avec M. Martin et son équipe.
Le prochain rapport de la vérificatrice générale sur les commandites et la publicité aurait scellé le sort de M. Coderre, selon une source. Il y serait mentionné dans le cas d'un contrat accordé à la firme Everest pour le Sommet sur le sport amateur. Le secrétaire d'État Claude Drouin, responsable du développement régional au Québec, serait pour sa part remplacé par le député de Brossard-La Prairie, Jacques Saada.
Au moment de mettre sous presse, on ignorait encore qui étaient les autres nouveaux venus du Québec, mais le nom de Liza Frulla circulait toujours. Certaines rumeurs faisaient état d'un poste de secrétaire d'État, voire du poste de ministre du Patrimoine en lieu et place de Sheila Copps.
À l'extérieur du Québec, peu de ministres auraient sauvé leur peau. L'Albertaine Anne McLellan, une fidèle de Paul Martin, devrait être la femme forte du prochain cabinet en devenant vice-premier ministre et ministre du nouveau ministère de la Sécurité publique. L'Ontarien Bill Graham, un ami de longue date de M. Martin, conserverait son poste de ministre des Affaires étrangères. John McCallum resterait au cabinet mais serait rétrogradé, passant de la Défense aux Anciens Combattants. Un supporteur de longue date de M. Martin, David Pratt, remplacerait M. McCallum.
Plusieurs partisans du nouveau chef libéral seraient aussi récompensés, dont Tony Valeri, qui remplacerait David Collenette aux Transports, Stan Keyes, qui succéderait à Elinor Caplan au Revenu, et Bob Speller, qui irait à l'Agriculture.
Il manquait encore plusieurs pièces du puzzle au moment de mettre sous presse, dont les noms des titulaires possibles des ministères de la Justice, du Commerce international et des Affaires indiennes. Le sort d'Allan Rock, de Jane Stewart, de Claudette Bradshaw et de Don Boudria n'était pas davantage fixé.
Le remaniement d'aujourd'hui devrait aussi refléter une réorganisation de certains ministères. En plus de la création du ministère de la Sécurité publique, on envisagerait de scinder en deux le titanesque ministère du Développement des ressources humaines. Une partie en serait confiée au député torontois Joe Volpe, un autre partisan de très longue date de M. Martin, mais on ignorait qui porterait l'autre partie du fardeau.
Selon ces sources, le nombre de femmes au cabinet semblait destiner à chuter. Il passerait de neuf sous Jean Chrétien à trois ou quatre. On saura ce matin si un plus grand nombre a eu droit à une promotion, surtout que plusieurs noms avaient été cités, dont ceux de la Québécois Hélène Scherrer et des Ontariennes Judy Sgro, Carolyn Bennett et Albina Guarnieri. L'équilibre linguistique semblait lui aussi destiné à souffrir, MM. Volpe et Godfrey étant les seuls nouveaux ministres de l'extérieur du Québec qui soient bilingues.
D'autres changements sont prévus aujourd'hui. Pour la première fois de l'histoire canadienne, les secrétaires parlementaires seront assermentés comme les ministres au sein du Conseil privé. Le but est d'accroître leur statut et de permettre aux ministres de partager des documents confidentiels avec eux. M. Martin veut ainsi donner suite à sa promesse de réforme parlementaire axée sur la valorisation du rôle des députés. Cela pourrait aussi lui permettre de récompenser quelques partisans déçus de ne pas entrer au cabinet.
Les nouveaux ministres auront une réunion du cabinet dès samedi. Les comités du cabinet devraient aussi être réorganisés au profit d'un comité des priorités composé d'un puissant noyau de ministres, une formule que favorisaient Pierre Trudeau, Joe Clark et Brian Mulroney.
L'équipe de M. Martin a aussi dévoilé hier la composition du bureau du premier ministre. Quatre Québécois, en plus du secrétaire principal Francis Fox, en font partie, soit Mario Laguë (chef de cabinet adjoint pour les communications), Paul Corriveau (chef de cabinet adjoint aux politiques), Véronique de Passillé (adjointe législative) et Melanie Gruer (attachée de presse).
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