Une promesse irréaliste
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Le gouvernement Charest renonce à son objectif de réduire de 25 000 le nombre de ménages bénéficiaires de l'aide sociale
Québec - Québec doit payer le gros prix en raison de son échec à sortir 25 500 ménages de l'aide sociale. Pour satisfaire les démunis qui attendent toujours un plan d'action, il indexera aussi les prestations d'aide sociale, mais à un niveau moindre que la hausse globale du coût de la vie.Confronté à cet échec et au tollé qu'ont soulevé ses premières actions en matière de lutte contre la pauvreté, Québec sort son chéquier: il injecte 295 millions de dollars supplémentaires à l'assistance-emploi afin de payer la note de son insuccès, qui coûte 152 millions à lui seul, et éviter l'application de sérieuses compressions.
«Je suis content d'avoir ces montants parce que, sinon, on aurait dû y aller de compressions, de mesures plus négatives, et je pense que ç'aurait été de très mauvaises nouvelles pour les prestataires. Aller chercher 295 millions au Conseil du trésor présentement pour les plus démunis, je pense que c'est un signe de compassion de la part du gouvernement», a affirmé le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, lors d'un point de presse hier.
La hausse inattendue de 152 millions des coûts de l'aide sociale, prévue dès le mois de septembre par le ministre des Finances, Yves Séguin, sera donc couverte. Le gouvernement Charest fait face à un échec considérable de son engagement à réduire de 25 500 le nombre de ménages bénéficiant de l'aide sociale, une prévision faite en juin dernier. Dans les faits, seulement 4500 ménages sont sortis de l'assistance-emploi jusqu'à maintenant. Le gouvernement réduit de plus du quart son objectif et vise maintenant à baisser de 6000 ou plus le nombre de ménages vivant de l'aide sociale. Il s'agit du nombre de ménages qui ont quitté l'assistance-emploi en 2002.
Claude Béchard reconnaît que son gouvernement a été trop optimiste. Il croit que le manque de formation des prestataires pour occuper les emplois disponibles explique son infortune.
Le ministre Béchard refuse de croire à l'échec de la stratégie Place à l'emploi, qui prévoit des pénalités de 50 à 300 $ par mois aux assistés sociaux aptes au travail qui ne déploient pas suffisamment d'efforts pour décrocher un emploi. Il entend maintenir le cap à ce sujet. Claude Béchard a toutefois indiqué que depuis le 6 octobre, Emploi-Québec rencontre dans les 24 heures les nouveaux assistés sociaux qui s'inscrivent à l'assistance-emploi afin de leur permettre de réintégrer rapidement le marché du travail.
Québec indexera de 2 % les prestations d'assistance-emploi, que les assistés sociaux soient inaptes au travail ou non, à compter du 1er janvier 2004. Or l'indexation à l'aide sociale a toujours été fixée en fonction de celle appliquée par la Régie des rentes du Québec. Le taux d'indexation de la Régie à compter de janvier 2004 est de 3,2 %. Qui plus est, le taux d'indexation à l'aide sociale est plus bas que le taux d'inflation prévu pour 2003, c'est-à-dire 2,8 %. Le ministre rétorque qu'il a exclu de l'indexation les coûts de l'alcool et du tabac. Même en mettant ces éléments de côté, le hausse du coût de la vie est de 2,3 %.
«On remplit la promesse d'avoir une indexation. Il ne faut pas oublier une chose: quand on parlait d'indexation, déjà, le mettre à 2 %, c'est mieux que le 0 % pendant cinq ans du Parti québécois. Les prestataires vont plus apprécier avoir 2 % que rien du tout», a indiqué M. Béchard. Cette indexation coûte 56 millions de dollars à l'État.
Les 295 millions de dollars éviteront aussi au ministre de couper 118 des 188 millions de dollars que le Conseil du trésor avait amputés de son budget lors des crédits budgétaires, en juin dernier. Le ministre n'a pas voulu garantir que l'abolition des allocations de 111 $ par mois destinées aux assistés sociaux ayant un enfant de cinq ans ou moins et aux prestataires âgés de 55 à 64 ans, dont tient compte le plan d'action dont Le Devoir faisait état le mois dernier, seront annulées.
Les groupes sociaux voient l'initiative du gouvernement comme un «prix de consolation». Selon Vivian Labrie, du Collectif pour un Québec sans pauvreté, et Jean-Yves Desgagnés, du Front commun des personnes assistés sociales, les sommes versées au ministre sont «une bonne chose». Ils en attendent toutefois plus de la part du gouvernement, qui repousse à l'année prochaine le dépôt d'un plan d'action visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. «On est en train de le peaufiner. Il faut qu'il soit cohérent et global», a noté le ministre.
Les pressions exercées par les groupes sociaux et certains députés libéraux, qui reprochent au gouvernement son irrespect des valeurs libérales de justice sociale, ont permis de dégager cette somme. Ce sont les ministères autres que celui de l'Emploi, de la Santé et de l'Éducation qui devront appliquer des compressions pour fournir cet effort budgétaire. «Tous les membres du cabinet ont trouvé important de démontrer à la population qui est dans le besoin que nous sommes en mesure de les aider. C'est une décision collective», a précisé Claude Béchard.

