Le gouvernement Charest risque d'hypothéquer l'avenir des enfants pauvres
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Des spécialistes dénoncent les nouvelles orientations en matière de services de garde
La réforme des services de garde entreprise par le gouvernement Charest est «inacceptable» pour les enfants de milieu défavorisé, qui auraient tout avantage à fréquenter les centres de la petite enfance (CPE) pour assurer leur développement et limiter les retards d'apprentissage lors de l'entrée à l'école, ce qui est déjà une fatalité pour la moitié des enfants de milieu défavorisé à Montréal.«Nous sommes ici aujourd'hui parce que nous sommes inquiets pour de nombreux enfants qui voient la qualité de leur développement compromise par des décisions politiques» qui sont des «attaques» et des «menaces directes» au développement cognitif, social et langagier de certains enfants issus de milieu défavorisé, a expliqué hier Jacques Moreau, l'un des trois chercheurs du GRAVE-ARDEC présents en conférence de presse.
La volonté du gouvernement de hausser les tarifs des CPE de deux dollars par jour à compter de janvier et son intention d'augmenter le nombre de places en garderie privée vont carrément «compromettre le développement» de nombreux enfants en visant les principes d'accessibilité et d'universalité des services, prétendent les chercheurs.
«Le débat public a porté sur autre chose que ce qui devrait être le centre des débats, soit le développement optimal de l'enfant», a rappelé Gérard Malcuit, directeur par intérim du GRAVE-ARDEC. «Les services de garde ne visent plus la seule convenance des parents» mais arrivent souvent à compenser des carences importantes chez certains groupes d'enfants, notamment issus d'un milieu défavorisé.
Des résultats préliminaires liés à une étude du groupe de recherche sur le développement des enfants (1069 bambins de 20 à 40 mois issus de quartiers défavorisés de Montréal sont suivis) démontrent d'ailleurs que plus de la moitié d'entre eux «ne parviendront pas à s'ajuster aux demandes d'apprentissage de l'école» si leur environnement familial présente au moins deux facteurs de risque tels la monoparentalité, la sous-scolarisation et la précarité économique.
«Trop de nos enfants sont sur une trajectoire d'échec à l'âge de deux ou trois ans», affirme M. Malcuit. Les chercheurs savent aussi que plus les familles présentent de tels facteurs de risque, moins leurs enfants ont tendance à fréquenter les CPE, «alors que c'est eux qui en auraient le plus besoin».
Si mince soit-elle, la contribution de cinq dollars par jour actuellement demandée aux parents est immense pour certains parents car elle équivaut annuellement «à un mois d'aide sociale» ou à «deux semaines de paie au salaire minimum», explique M. Malcuit, qui précise que l'urgence quotidienne et la pauvreté des ressources personnelles dans ces milieux n'incitent pas à avoir recours à des services de garde.
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