Hors-jeu: Drogue ! Drogue ! Drogue !

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Jean Dion
Édition du jeudi 11 décembre 2003

Mots clés :

Ainsi donc, paraîtrait-il qu'il y aurait de la maudite drogue sale (MDS) qui circulerait dans le merveilleux monde du sportª. (C'est peut-être pour ça qu'il est merveilleux: tout le monde est gelé comme une binne.) Jusques et y compris dans le hockey junior. Arrêtez-moi donc ça vous toi là. S'ils prennent des Sudafed formule extra plus, c'est parce qu'ils ont le rhume. Je voudrais bien vous y voir, moi, attendre l'autobus sur un coin de rue à Val-d'Or pour aller jouer à Acadie-Bathurst: vous aussi attraperiez un rhume carabiné. Ils ont le rhume, tout comme trois quarts des cyclistes de haut niveau font de l'asthme.

Personnellement, si je faisais de l'asthme, ce serait d'ailleurs la première chose à laquelle je penserais: tiens, j'éprouve des difficultés récurrentes à respirer, je vais faire du cyclisme de haut niveau.

En plus, les joueurs de hockey junior sont tellement mal payés -- environ 10 $ par année, dont les neuf dixièmes vont à leur agent et l'autre moitié à l'impôt -- qu'ils n'ont même pas les moyens de se payer le motel lorsqu'ils se rendent jouer, par exemple, à Be-Comeau, comme disait Brian Mulroney. Ils doivent donc coucher dehors, sous une tente hypoxique de seconde main, avec tous les effets délétères sur les poumons que la chose suppose. À leur place, moi, je prendrais des Sudafed et des Chlor-Tripollon. Des Benadryl, aussi, et du sirop Lambert, et des Halls mentho-lyptus. Aux cerises. Et je me badigeonnerais abondamment de Vicks VapoRub. Il n'y a rien sur cette bonne vieille Terre qui soit aussi sui generis que l'odeur du Vicks VapoRub fraîchement et généreusement appliqué sur le thorax.

Cela étant, s'il y a vraiment un problème de dope, comme il s'agirait d'une question de santé publique, je suggère d'en refiler le dossier à M. Philippe Couillard. Il n'a pas l'air très occupé, M. Couillard, par les temps qui courent, surtout depuis que, comme promis par le Parti libéral, il n'y a plus de files d'attente dans les urgences. (Certains ont évoqué la possibilité de confier la tâche à M. Mulroney, mais il est lui-même occupé, à 1000 $ par jour, à constater qu'il n'y a plus de files d'attente dans les hôpitaux.)

Ou encore, la Ligue de hockey junior majeur du Québec pourrait copier les grands circuits professionnels. Dans la Ligue nationale de hockey, par exemple, il n'y a pas de tests antidopage, tout simplement parce qu'il n'y a pas de dopage. Si les joueurs étaient sous l'emprise de cocktails extatiques, ils virevolteraient folichonnement sur la patinoire, ils feraient des montées à l'emporte-pièce, peut-être même qu'ils essaieraient de compter des buts; la meilleure preuve de leur sobriété, ce sont ces 1-0 à répétition, prudents, calculés, abstinents. Et on ne pourra quand même pas reprocher à la NHL de ne pas gaspiller d'argent sur un problème inexistant alors que les sommes peuvent être beaucoup mieux allouées: augmentation du salaire du commissionnaire Gary Bettman pour le remercier d'être un visionnaire, lobbying pour faire construire de nouveaux amphithéâtres avec des fonds publics, campagnes de publicité pour convaincre les poissons de payer 100 $ pour avoir le droit de mâchonner un hot-dog à 4 $ en regardant l'ennui comme les vaches le train qui passe, fixatif pour Kerry Fraser.

Dans la Ligue nationale de football, il existe une procédure de contrôle, mais quand on pince des coupables, on ne fait pas grand-chose. Tout à coup que cela endommagerait la parité.

C'est sans doute au baseball majeur que le système est le plus à l'avant-garde du temps, comme les téléviseurs Panasonic autrefois. (Vous souvient-il de ce slogan: «Panasonic. À l'avant-garde du temps.»? Trente ans plus tard, je n'ai toujours pas la moindre idée de ce que cela pouvait bien signifier.) Tenez, l'autre jour, les autorités du baseball majeur, dont le commissionnaire Bud Selig qui devrait s'en rouler un de temps en temps, cela lui ferait grand bien, ont annoncé que lors de tests effectués aux camps d'entraînement du printemps dernier, à peine 5 % des joueurs ont eu des résultats positifs.

Le petit problème à cet égard étant que le moment et la nature des tests étaient connus d'avance et que, malgré tout, plus de 75 bêtas se sont fait pincer quand même. Des cerveaux, messieurs dames, disons-le sans condescendance. (Remarquez que les bêtas en question savaient aussi que s'ils se faisaient prendre, il ne se passerait strictement rien, un peu comme dans les films d'Ingmar Bergman, dont je pensais erronément jadis que, le chanceux, il entretenait un lien de parenté avec le robuste défenseur Gary Bergman, le numéro 2 des Red Wings de Detroit. C'était dans le temps où il y avait du hockey le dimanche après-midi à CBS et que le commentateur prononçait le nom de Rogatien Vachon «Rôgachine Veuchonne». Ce serait d'ailleurs un joli prénom féminin, ça, Rôgachine.)

Toujours est-il que, encore tout récemment, les ligues majeures ont annoncé l'établissement d'une nouvelle politique anti-MDS, laquelle politique a du reste été qualifiée par Richard Pound, grand manitou de l'Agence mondiale antidopage, de «farce monumentale». M. Pound en sait quelque chose, lui qui fut longtemps l'un des bonzes du Comité international olympique, car il n'y a jamais eu de substances illicites aux Jeux olympiques, ou si peu.

Selon cette directive des ligues majeures, une première infraction est passible d'environ trois minutes de suspension. À la deuxième infraction, cinq minutes. Troisième infraction, le prévenu est invité à participer au concours de coups de circuit présenté en marge du match des Étoiles annuel. Quatrième infraction, on lui remet le trophée Cy Young (c'est pas fin de dire des affaires de même, hein?). Cinquième infraction: on lui fait subir une thérapie administrée par le doc Mailloche, qui lui explique que le baseball est un sport de moumounes où le bâton ne tient lieu que de verge par procuration, où les joueurs n'arrêtent pas de cracher pour dissimuler leur carence de semence, où on se tape beaucoup trop sur les fesses entre hommes pour qu'il n'y ait pas là une tonne de refoulement freudien et où le nouveau stade au centre-ville est nul doute l'oral.

Ainsi obtient-on du sport propre propre propre. C'est un pensez-y bien qui mérite réflexion.

jdion@ledevoir.com


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