Des GI patrouillent à pied dans le fief de Saddam
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Tikrit et Bagdad -- Un soldat américain s'approche des trois Irakiens et leur demande s'il leur est déjà arrivé de tirer au lance-roquettes RPG; ses interlocuteurs ignorant tout de l'anglais, le GI passe son chemin.
Mais la barrière de la langue n'est qu'une des nombreuses difficultés rencontrées par ces patrouilles, qui doivent surtout gagner la confiance d'une population hostile. Beaucoup de proches et d'amis du président déchu vivent toujours dans cette agglomération de 30 000 habitants, qui a été le théâtre de nombreuses attaques de la guérilla.
Pour les Irakiens, habitués aux contrôles d'identité et aux fouilles de véhicules menés par les Américains, cette nouvelle forme de contact avec l'occupant est inhabituelle.
Même les adolescents, traditionnellement curieux, sont méfiants face à ces GI en tenue de camouflage qui, fusils automatiques M16 en bandoulière, cherchent à se montrer détendus dans les rues de la ville dont ils fouillent les maisons.
Quand les patrouilles américaines ont la chance de dépasser la barrière de la langue, souvent grâce à un traducteur, elles doivent passer des heures avec chaque groupe d'Irakiens pour gagner leur confiance.
Pourtant, cette stratégie est maintenue. Parce que ces patrouilles recueillent des informations, souvent par le plus grand des hasards. Récemment, un Irakien s'est approché d'un de ces GI en patrouille et lui a glissé à l'oreille l'adresse d'un neveu de Saddam. Sur place, les Américains ont découvert des armes et des cartes.
Mais les Américains savent qu'ils sont beaucoup plus exposés à pied. «Généralement, on comprend qu'il y a un problème quand les enfants du quartier disparaissent subitement, explique Eric Maldonado. À ce moment-là, l'attaque n'est pas loin».
Une agence de renseignements du cru
La coalition en Irak a décidé, huit mois après la chute de Saddam Hussein, de mettre en place un service de renseignement pour lutter contre la guérilla, responsable de la mort de près de 200 soldats américains depuis le 1er mai.
Pour faire face à cette guérilla aux facettes multiples -- pro-Saddam, islamistes et nationalistes se divisant entre baassistes anti-Saddam, militaires, etc. --, l'Irak a besoin d'un service de renseignement, même si un tel service (les Moukhabarat de Saddam Hussein) avait laissé dans le passé de mauvais souvenirs au peuple irakien, a affirmé dimanche un porte-parole de la coalition américano-britannique.
Cette décision risque de relancer la polémique sur la composition des nouvelles forces de sécurité irakiennes. D'un côté, les mouvements chiites, durement réprimés sous l'ancien régime, ont protesté contre l'idée d'embaucher d'anciens agents irakiens pour reprendre du service.
De l'autre, les sunnites s'opposent fermement à la formation de milices composées d'éléments armés des partis et organisations chiites ou kurdes, avertissant d'une danger de guerre civile.

