La fraude du Kremlin

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Serge Truffaut
Édition du mardi 09 décembre 2003

Mots clés : poutine

De tous les constats que proposent les élections législatives tenues en Russie dimanche, le plus éclatant est sans nul doute le penchant prononcé des citoyens pour le nationalisme. La victoire du parti présidentiel, Russie unie, et de ses satellites confirme la persistance des sentiments xénophobes ou chauvins qui agitent la société russe depuis le milieu de la décennie antérieure. Les formations qui ont aiguisé la nostalgie pour la grandeur passée du pays ainsi que le rejet de l'étranger ont profité de l'effondrement combiné du Parti communiste et des démocrates pour s'installer à demeure à la Douma (la chambre basse) où Vladimir Poutine dispose désormais de la majorité absolue.

Cette inflation nationaliste laisse entrevoir la poursuite de la politique tout en muscles que Poutine a choisie pour mettre à sa botte la Tchétchénie ainsi qu'une détérioration accélérée des relations que son pays entretient avec l'Ukraine et avec d'ex-républiques soviétiques qui, aux yeux du Kremlin, déroulent le tapis rouge aux États-Unis avec trop d'empressement.

La variable nationaliste mise à part, on retiendra que la forte majorité accordée à Poutine lui permet d'ores et déjà d'envisager un amendement à la Constitution. Plus d'un expert a relevé que la dérive autoritaire qui habitait le patron du Kremlin allait se solder par une mise au pas, si l'on ose dire, de la Constitution du pays. Plus exactement, ici et là on fait le pari que Poutine va tailler la loi fondamentale à la mesure de son ambition afin que le président ne soit plus obligé de plier bagage après deux mandats.

Cela étant, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et le Conseil de l'Europe ont vivement critiqué le déroulement de la campagne électorale. Selon les observateurs dépêchés par ces deux organismes, trop d'irrégularités ont entaché ce scrutin pour le qualifier de démocratique. Lors d'un débat à la télévision russe, un de ces observateurs a comparé le scrutin «à une course à pied où l'un des concurrents aurait été dopé, un autre affublé de lourdes chaînes, tandis que le troisième aurait ingurgité des somnifères». C'est tout dire.

En plus de refuser tout débat contradictoire, le président Poutine a usé et abusé de la position qui est la sienne pour mettre tout l'appareil d'État à son service. Qui plus est, on a souligné une fois encore la mainmise du patron du Kremlin sur les médias électroniques qui ont relayé son message comme on le faisait à l'époque du glacis soviétique. En fait, le déroulement de ces élections a été si bancal, que l'OSCE évoque une régression de la démocratie.

Aux lendemains de ce scrutin, la formation d'un régime autoritaire épris du nationalisme le plus rétrograde qui soit est plus que jamais évidente. À bien des égards, ce régime s'avère l'héritier de celui des tsars: autoritarisme et personnalisation prononcée du pouvoir. L'opposition communiste ayant été balayée et les partis démocrates réduits à néant, on peut s'attendre à ce que Poutine poursuive sur sa lancée en accélérant le rythme. Inquiétant!


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