Les Russes vont aux urnes - Les pro-Poutine triomphent aux législatives

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

AP
Édition du lundi 08 décembre 2003

Mots clés : poutine

En recul à moins de 15 %, les communistes dénoncent un scrutin «truqué»

Des marins russes émergent des isoloirs où ils ont exercé leur droit de vote, hier, dans le port de Sébastopol, au bord de la mer Noire.

Photo: Agence Reuters

Moscou -- Russie unie, la formation proche du président Vladimir Poutine, s'orientait hier soir vers une large victoire lors des élections législatives. Le seul réel suspense résidait dans l'ampleur de ce succès, qui pourrait avoir une influence sur l'avenir politique du président russe.

Selon un sondage «sortie des urnes» rendu public par la télévision d'État, Russie unie arrivait largement en tête devant le Parti communiste. D'après ce sondage réalisé par la Fondation de l'opinion publique pour la première chaîne russe, Russie unie obtenait 37 % des suffrages contre 15 % pour les communistes. Selon les résultats préliminaires annoncés par le président de la Commission centrale électorale, Alexandre Vechniakov, sur 34,94 % des bulletins dépouillés à 3h du matin, heure de Moscou, Russie unie obtenait 36,4 %, suivie, et c'est là la grande surprise, par le Parti libéral démocratique de Russie du leader ultra-nationaliste Vladimir Jirinovski avec 13,2 %, devançant donc le principal rival de Russie unie, le Parti communiste, qui s'effondre en troisième position avec 12,9 %.

Autre percée surprise, celle de La Patrie (Rodina), à 8,1 %. Ce nouveau parti nationaliste de gauche est largement considéré comme un outil du Kremlin pour voler des électeurs au Parti communiste.

Le chef du Parti communiste Gennadi Ziouganov a qualifié ces élections de «show écoeurant», ajoutant: «la farce honteuse qu'ils sont en train de nous montrer n'a rien à voir avec la démocratie», selon l'agence Interfax.

Le patron des communistes à Moscou, Alexander Kouvaïev, a précisé quant à lui que le parti manifesterait contre ce qu'il considère comme un scrutin truqué, avec notamment à Moscou des bourrages d'urnes et des «morts» venus voter.

Enfin, les deux partis libéraux pro-occidentaux, Iabloko et l'Union des forces de droite (SPS), étaient donnés à 4,2 % et 3,7 %, toujours selon la Commission électorale. Si cette tendance se poursuit, ils ne passeront pas la barre des 5 % nécessaires à l'obtention de sièges à la Douma d'État.

«Russie unie a gagné, le président a gagné. Cela veut dire que les réformes démocratiques en Russie vont continuer. C'est une victoire sérieuse dont nous pouvons être fiers», déclarait Lioubov Sliska, figure importante de Russie unie, donnant le ton de cette soirée électorale.

Enfin, selon un sondage sortie des urnes réalisé pour un journal de langue anglaise, le milliardaire philanthrope américain George Soros et une banque d'investissement, l'Union des forces de droite obtiendrait entre 4 % et 9 %, en fonction des régions, et Iabloko entre 5 % et 7 %.

Ce sondage, portant sur quelque 20 000 personnes dans 400 bureaux de vote dans 150 villes, est considéré comme la première tentative indépendante et internationale de vérifier un décompte des voix officiel en Russie, où l'exactitude des résultats a souvent été mise en doute.

Si les partis proches de M. Poutine obtiennent les deux tiers des 450 sièges de la Douma d'État, ils pourraient, avec l'accord de la chambre haute du Parlement -- le Conseil de la Fédération -- et du chef de l'État, modifier la Constitution russe, qui limite le nombre de mandats présidentiels à deux. Ainsi, le deuxième mandat de quatre ans que devrait obtenir M. Poutine au Kremlin en mars prochain pourrait ne pas être le dernier.

À 18h (heure de Moscou), la participation moyenne était de 47,62 %, a annoncé le président de la Commission électorale. Selon lui, la participation finale devrait avoisiner les 60 %.

Pour ce scrutin s'étendant sur 11 fuseaux horaires et 22 heures, quelque 109 millions d'électeurs étaient appelés à renouveler les 450 sièges de la chambre basse du Parlement russe.

Mais, de l'île de Ratmanov dans le détroit de Béring (Extrême-Orient russe) à l'enclave de Kaliningrad sur la mer Baltique, les Russes ne montraient guère d'enthousiasme pour ces élections jouées d'avance.

Vote sans passion, mais sous haute surveillance, deux jours après l'attentat à la bombe qui a fait 42 morts et 200 blessés vendredi dans un train de banlieue circulant dans le sud du pays, près de la Tchétchénie. Le président Poutine y a vu «une tentative de déstabilisation avant les élections législatives».

En tout cas, les médias russes, notamment la télévision d'État, principale source d'information de nombreux électeurs, ont tout fait pour aider Vladimir Poutine à obtenir la plus large majorité possible à la Douma.

Une large victoire de Russie unie aiderait aussi Vladimir Poutine à faire passer des réformes contestées qu'il a promises en faveur de l'économie de marché, et à réduire la bureaucratie qui étouffe la croissance. Les détracteurs du Kremlin redoutent toutefois qu'un excès de pouvoir n'entraîne une dérive autoritaire du régime.


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


[an error occurred while processing this directive]

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com