Organismes génétiquement modifiés - Les consommateurs sont devenus des cobayes

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Fabien Deglise
Édition du vendredi 05 décembre 2003

Mots clés : cobaye

Une commission fait diverses recommandations pour redonner au citoyen son libre arbitre

Une proportion importante de la population le souhaite. Toutefois, les gouvernements n'y prêtent guère attention. Et pour la Commission québécoise de l'éthique de la science et de la technologie (CEST), la chose est désormais incontournable: Québec, avec ou sans Ottawa, doit rapidement imposer «l'étiquetage obligatoire pour tout produit issu de la transgénèse afin que le consommateur puisse exercer son libre choix en toute connaissance de cause», estime-t-elle dans un avis rendu public hier.

À l'heure où les organismes génétiquement modifiés (OGM) envahissent les campagnes comme 70 % des produits transformés (selon Santé Canada), la commission, formée il y a deux ans, estime aujourd'hui qu'il est temps d'appliquer les freins afin de repenser globalement notre rapport aux fruits de la biotechnologie. Histoire de réparer les erreurs du passé, de trouver les moyens de pallier les incertitudes scientifiques ou d'évaluer sérieusement leur impact sur la société, la santé et l'environnement. Et l'étiquetage obligatoire, réclamé sans succès depuis des années par les associations de consommateurs et les groupes de pression, n'est qu'une recommandation parmi tant d'autres.

«Aujourd'hui, il n'y a pas de risques connus», souligne Édith Deleury, présidente du comité de travail sur les OGM. «Mais il y a par contre beaucoup d'inconnues sur lesquelles il est important de s'interroger» et qu'il faut surtout expliquer à la population... en toute transparence.

Experts indépendants

La commission en est plus que persuadée, elle qui souhaite que Québec fasse des pressions sur le gouvernement fédéral afin que l'évaluation des risques, contrairement à ce qui se passe aujourd'hui, soit faite par un «comité formé d'experts indépendants issus des sciences de la nature et des sciences humaines, de même que de représentants du public», peut-on lire dans l'avis. Le groupe rêve également de voir «toutes les données relatives à chacun des tests exigés [pour l'approbation des OGM] rendues publiques et facilement accessibles, y compris [les tests] qui n'auraient pas permis d'obtenir une approbation».

Tout en s'inquiétant des «risques de dépendance qui guettent les exploitants agricoles dans les cultures transgéniques» ainsi que de l'empiétement de ces organismes sur leur droit «à choisir le mode d'agriculture qui leur convient», la commission exhorte Québec à «instaurer des mécanismes de traçabilité des OGM» afin de remonter rapidement à la source en cas de problème (contamination, intoxication, atteinte à l'environnement, etc.) mais aussi d'«évaluer périodiquement les effets des OGM sur la santé humaine, animale et la nature». «Ces règles sont déjà imposées en Europe et, dans un contexte de commerce international, le Canada devrait également s'y soumettre», souligne la présidente du comité de travail.

Enfin, la commission invite Ottawa à cesser d'évaluer les OGM sur la base de l'équivalence substantielle, qui fait de ces organismes des produits naturels. «Ce qui n'est pas le cas, dit Mme Deleury, puisqu'ils sont le fruit d'une manipulation qui traverse la barrière des espèces.» Résultats qui, faute de débat public éclairé, font de la société «un vaste laboratoire», estime la commission, qui, au passage, pense que la mise en place d'un «observatoire de la biodiversité» ne serait pas, dans l'état actuel des choses, un luxe pour suivre «l'impact de la transgénèse sur la biodiversité».

L'avis a été remis au ministre du Développement économique et régional, Michel Audet. «Reste à voir ce qu'il va en faire», a commenté hier Richard Beaudet, de l'Association des biologistes du Québec. «Au cours des dernières années, beaucoup d'avis ou de rapports ont tapé sur le même clou. Mais la plupart se sont retrouvés sur des tablettes. Pourtant, leur contenu est pertinent puisqu'ils proposent qu'on arrête de prendre les consommateurs pour des imbéciles pour, au contraire, faire confiance à leur jugement après les avoir correctement informés.»


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