Il est propre à la nature humaine de désigner un bourreau et sa victime. À la lecture de scandales comme celui de l'hôpital Saint-Charles-Borromée, le lecteur prend position et dénonce publiquement (ou silencieusement) celui à porter sur le banc des accusés. Vingt-quatre heures plus tard, une nouvelle carte lancée sur table vient modifier la donne. L'accusé devient soudainement victime. Dès lors, comme le mental ne peut rester avec un sentiment de vide, on montre du doigt de nouveaux coupables, que ce soit le ministre ou les médias.
Ainsi, notre conscience s'en va tranquille, le schéma bourreau-victime maintenu indemne. Or, la vraie conscience ne prend-elle pas racine dans le sens de responsabilité qu'on s'attribue en ce qui a trait à nos gestes et à nos choix? Ce discours longtemps demeuré tabou dans notre société de prise en charge perce doucement le voile pour une partie d'individus. Le suicide reste encore aujourd'hui une réalité difficile à inclure dans nos schémas fragilisés par les cas de conscience. En dehors de conditions pathologiques, le suicide reste un choix propre à chacun et nous disposons tous de ce choix. La question n'est pas de déterminer si l'ampleur de l'épreuve justifie davantage de mettre soi-même un terme à sa vie, mais de prendre conscience que nous sommes personnellement responsables de notre réponse devant l'épreuve. J'offre mes condoléances à la famille sans doute accablée par les circonstances.