Opinion

Lettres: De la poudre aux yeux

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Francine Pelletier, Documentariste, le 30 novembre 2003

Édition du mardi 02 décembre 2003

Mots clés :

Il y a des suicides qui donnent mauvaise réputation au suicide et celui de Léon Lafleur malheureusement en est un.

Excusez ma franchise qui convient mal, je sais, aux circonstances tragiques du moment. Mais j'ai été assez choquée par la mort du directeur du Centre Saint-Charles-Borromée. Je le suis encore plus par la lettre qu'il a laissée pour publication posthume. Suis-je la seule à trouver son geste adolescent et manipulateur?

Je n'ai rien contre le suicide. Au contraire, je suis aux premières étapes d'un éventuel documentaire sur le sujet. J'interviens aujourd'hui comme quelqu'une à la fois fascinée et émue par une réalité qui atteint le Québec, on le sait, un peu trop. Certes, le sujet est complexe, les êtres humains encore plus. Mais qu'un homme se tue pour mieux se tirer du pétrin? Pour mieux culpabiliser ceux qu'il considère comme ses bourreaux, les médias et le ministre de la Santé? Dans de telles circonstances, il me semble qu'il faut dire que le geste n'a rien de valeureux ni d'honorable. C'est de la poudre aux yeux.

Léon Lafleur le dit lui-même: il a commis une erreur abominable en banalisant la situation à Saint-Charles-Borromée. Mais alors pourquoi ne pas avoir le courage de l'admettre en public? Pourquoi ne pas mettre ses culottes, pour vrai, et mener l'enquête qui s'impose?

L'incident n'est évidemment pas sans rappeler le suicide de David Kelly en Angleterre cet été. Mais il y a une différence de taille. M. Kelly a véritablement été trahi par le gouvernement travailliste, alors que M. Lafleur, lui, a surtout été victime de son propre orgueil. Il y a des suicides devant lesquels on ne peut que s'incliner, mais il y en a d'autres, à mon avis, qu'il ne faudrait tout simplement pas accepter.

À tant vouloir jouer le samouraï, Léon Lafleur a sans doute voulu faire oublier le courage qui visiblement lui manquait. Malheureusement, il aura échoué deux fois plutôt qu'une.


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