Léon Lafleur, d.g.

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Jean-Robert Sansfaçon
Édition du samedi 29 et du dimanche 30 novembre 2003

Mots clés :

Ce sont les derniers mots d'un homme seul, fauché en pleine action que nous avons reçus par courrier, hier matin. Léon Lafleur a été emporté par la tourmente médiatique et politique qui a secoué l'établissement dont il assumait le leadership.

Nous ne tenterons pas ici d'interpréter son geste, chaque individu est maître de son destin, chacun répond à sa façon aux attaques dont il est l'objet au cours de son existence. Écoutons seulement le message qu'il a voulu livrer à ses collègues, directeurs comme lui, et à son patron, le ministre, quelques instants avant de s'enlever la vie: «Combien de fois m'avez-vous entendu dire combien j'aimais mon travail? Combien de fois vous ai-je parlé de notre solitude? De l'importance de nous soutenir les uns les autres ? [...] Monsieur le ministre, j'aurais apprécié un coup de fil. Qui sommes-nous pour vous, nous les dg?»

On a beaucoup parlé de l'épuisement professionnel des employés du secteur de la santé et des services sociaux, mais on a rarement discuté des difficultés considérables auxquelles sont confrontés les gestionnaires de ce grand réseau. Réforme après réforme, vague de compressions sur vague de compressions, ceux à qui on confie la direction de nos établissements sont pris pour gérer à la petite semaine, sans jamais savoir ce qui les attend au détour d'un changement de gouvernement ou simplement de ministre. Prisonniers de normes et de contraintes financières impossibles, confrontés aux insatisfactions d'une clientèle en droit d'être exigeante, les directions de nos établissements n'ont souvent d'autres pouvoirs que celui d'exécuter les décisions prises au-dessus de leur tête.

M. Lafleur n'était pas un directeur général sans faille, il l'avoue lui-même. Mais comme plusieurs ont pu en témoigner au cours des derniers jours, c'était un grand humaniste, tout à fait dévoué à son travail, à ses employés et aux résidents de Saint-Charles-Borromée. Il faut le redire.


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