Médecine - La révolution est pour demain!

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Claude Lafleur
Édition du samedi 29 et du dimanche 30 novembre 2003

Mots clés : biotechnologie

La génomique transforme la recherche et la pratique en laboratoire

«Dans le passé, pour mettre au point un nouveau médicament, on procédait un peu à tâtons. Aujourd'hui, on regarde plutôt la cible à viser et on conçoit ensuite la molécule nécessaire pour l'atteindre.» Raymund Wellinger est l'un de ces chercheurs qui oeuvrent à établir de nouveaux traitements ou concevoir de nouveaux médicaments. Il n'est pas le seul. Introduction à une nouvelle science médicale née des recherches menées sur l'ADN.

Les soins dans les hôpitaux sont sur le point de connaître de véritables révolutions grâce aux biotechnologies, estiment deux chercheurs spécialisés dans le domaine. Ainsi, pour le Dr Raymund Wellinger, professeur au département de microbiologie et d'infectiologie de l'Université de Sherbrooke, «les nouvelles approches que permettent les biotechnologies devraient mener à la création de toutes nouvelles gammes de médicaments». Quant à son collègue Michel Bergeron, directeur du Laboratoire d'infectiologie de l'Université Laval, il croit que «les biotechnologies engendrent une véritable révolution».

Fait à souligner, les travaux réalisés par ces deux chercheurs ont donné naissance à des entreprises de biotechnologie, des spinoff créées pour commercialiser leurs découvertes académiques. Ainsi Télogène inc., fondée en 1999 à partir des recherches des docteurs Benoît Chabot et Raymund Wellinger, développe des médicaments qui s'attaquent de façon prodigieusement efficace aux cellules cancéreuses. De son côté, Infectio Diagnostic inc., créée en 1998 à partir des découvertes du Dr Bergeron, vise rien de moins qu'à «révolutionner la pratique médicale» au moyen de tests ultrarapides pour diagnostiquer les infections.

«Les biotechnologies sont des technologies qui servent à identifier des phénomènes biologiques, indique le Dr Bergeron. Il s'agit donc de techniques modernes, surtout à base d'ADN, qui vont complètement changer la pratique médicale.»

Commercialiser les découvertes scientifiques

«La biotechnologie médicale s'est développée dans les années 1980, relate Raymund Wellinger, lorsqu'on a réalisé l'énorme potentiel commercial des découvertes faites dans les laboratoires universitaires. Une vaste gamme de "spinoffs" ont été mises sur pied, des entreprises de biotechnologies qui prennent les résultats prometteurs obtenus en laboratoire pour les appliquer directement.»

Souvent, ces entreprises agissent comme des courroies de transmission entre la recherche académique et les géants pharmaceutiques qui commercialisent les médicaments. Par exemple, chez Télogène, des fonds de 2,5 millions de dollars ont été investis par trois sociétés de financement (CDP Capital-Technologies, Innovatech Sud-du-Québec et T2C2/Bio) pour concevoir de nouvelles thérapies. «Télogène s'occupe de développer des petites molécules qui seront en mesure d'agir contre les cellules cancéreuses en s'attaquant à leurs gènes, précise le Dr Wellinger. Il s'agit d'agents prometteurs pouvant être utilisés comme de nouveaux traitements anticancéreux.»

Selon lui, les biotechnologies médicales constituent des approches «beaucoup plus imaginatives» que celles utilisées ces dernières décennies pour mettre au point de nouvelles thérapies. Par conséquent, elles devraient mener à la création de classes véritablement nouvelles de médicaments.

«Dans le passé, pour mettre au point un nouveau médicament, on procédait un peu à tâtons, explique le chercheur. On testait une grande quantité de composés -- peut-être jusqu'à 100 000 -- en essayant d'en trouver un qui soit utile. Aujourd'hui, on regarde plutôt la cible à viser et on conçoit ensuite la molécule nécessaire pour l'atteindre.»

Une révolution

dans les hôpitaux

Pour sa part, Michel Bergeron s'intéresse au diagnostic rapide des infections en identifiant l'agent infectieux par son ADN -- en quelque sorte l'«empreinte digitale» de tout être vivant. Dirigeant le plus grand centre de recherche en maladies infectieuses au Canada, ce spécialiste vise donc à révolutionner la façon dont on identifie les infections chez les malades.

Pour ce faire, il utilise des procédés biotechnologiques afin, premièrement, d'extraire rapidement l'ADN d'un micro-organisme puis, dans un deuxième temps, d'identifier de quel être il s'agit. «Il faut s'assurer que notre test diagnostique reconnaisse le microbe et le distingue de tous les autres qui existent, dit-il. Nos tests sont très spécifiques tout en assurant la reconnaissance de tous les microbes de la même espèce.»

C'est donc une combinaison de technologies, que le Dr Bergeron a développée dans ses laboratoires de l'Université Laval, qu'utilise à présent Infectio Diagnostic pour concevoir divers tests diagnostiques. «Grâce à la génomique, explique le chercheur, nous sommes capables de repérer les gènes qui nous permettent d'identifier les bons microbes.»

M. Bergeron souligne avec fierté qu'il a développé une technique qui permet d'extraire l'ADN d'un organisme en l'espace d'un quart d'heure seulement, alors que les technologies qui existent aujourd'hui nécessitent des heures, parfois même jusqu'à 24 heures. «Notre objectif à long terme, dit-il, c'est de remplacer les cultures microbiologiques qui sont réalisées depuis l'ère de Pasteur par des technologies à base d'ADN.»

Contrer le streptocoque du groupe B

Déjà, l'entreprise commercialise un test diagnostique capable de détecter le streptocoque du groupe B chez les femmes enceintes. Ce microbe se trouve dans le vagin de 20 à 30 % des femmes, explique le Dr Bergeron. Or, s'il est présent au moment de l'accouchement, il peut contaminer l'enfant lorsqu'il passe par le canal vaginal et engendrer chez lui de sévères infections pouvant mener à de graves incapacités physiques permanentes, sinon même à son décès. «La force de notre test est d'identifier la présence du streptocoque en une demi-heure seulement, alors qu'il faut normalement faire une culture microbienne durant deux jours pour obtenir le même résultat», indique le spécialiste. Les mères diagnostiquées porteuses du streptocoque sont alors traitées aux antibiotiques. «Notre test est le premier et le seul qui existe dans le monde pour détecter rapidement le streptocoque», lance-t-il fièrement.

Toujours en se basant sur les mêmes découvertes, la société Infectio Diagnostic conçoit actuellement une série de tests visant à détecter divers autres agents virulents. L'un de ces tests servira à identifier la présence du staphylocoque résistant à la pénicilline. «Le problème, relate le Dr Bergeron, c'est que ce microbe est très contagieux. Dans les hôpitaux, jusqu'à 30 % des patients peuvent en être porteurs -- c'est d'ailleurs l'une des premières causes d'infection sévère. Nous, nous avons développé un test où l'on reconnaît rapidement le microbe.» Ce test a été soumis à l'approbation de Santé Canada et de la Food & Drug Administration américaine et, si tout va bien, il pourrait être sur le marché dès janvier.

Repérer l'entérocoque

Un troisième test diagnostique porte sur l'entérocoque résistant à la vancomicine, un microbe qui se retrouve lui aussi souvent présent dans les hôpitaux. «Ce test va sauver des centaines de millions de dollars, affirme le Dr Bergeron, parce que toute personne infectée est immédiatement isolée... ainsi que tous ceux et celles avec qui elle a été en contact. Or, le temps de procéder à un test de culture, on isole souvent des centaines de patients... pour rien! Grâce à notre test, nous saurons en moins d'une heure qui est infecté au juste... c'est donc une révolution dans les soins.» Ce test pourrait être mis en marché d'ici huit mois, espère-t-il.

L'entreprise travaille également sur un test pour identifier rapidement le SRAS. «L'un des problèmes que nous avons actuellement est de distinguer cette grave infection respiratoire des autres moins sévères telles la grippe ou la pneumonie. On peut donc imaginer que notre test permettra d'identifier rapidement quels sont les patients affectés par le SRAS et ceux qui ne le sont pas. On isolera donc les bons patients, ce qui, encore une fois, changera toute la pratique médicale.»

«Je dirais que, depuis 125 ans -- c'est-à-dire depuis les découvertes de Pasteur --, nous utilisons sensiblement les mêmes techniques de culture microbienne pour détecter les infections. Or nous sommes en train de créer une révolution en les remplaçant par une microbiologie moderne... Personne d'autre que nous n'a encore réussi à développer un test rapide comme le nôtre. C'est une première mondiale, et c'est ici à Québec que ça se fait!»


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