Russie - Poutine veut que les manuels d'histoire inculquent «un sentiment de fierté»

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

AFP
Édition du vendredi 28 novembre 2003

Mots clés : histoire

Moscou - Le président russe Vladimir Poutine a émis le souhait hier que les manuels d'histoire soient désormais rédigés de manière à ce qu'ils inculquent «un sentiment de fierté» pour le pays, appelant à laisser de côté «les déchets et l'écume» accumulés selon lui dans l'appréhension du passé depuis la chute de l'URSS.

«Dans ces manuels, on doit présenter les faits historiques, ils doivent inculquer aux élèves un sentiment de fierté pour notre histoire et pour notre pays», a dit M. Poutine lors d'une rencontre avec des historiens à la Bibliothèque d'État (ex-bibliothèque Lénine).

«Il n'est certes pas mauvais qu'il y ait eu un foisonnement de la littérature de ce genre, que nous nous soyons éloignés de la présentation à la manière d'un parti unique, idéologisée, de l'histoire de notre pays, c'est un important succès», a dit le président.

«Il n'est pas étonnant que dans les manuels [des années 90], on ait mis l'accent sur les aspects négatifs: il s'agissait de détruire l'ancien système sclérosé qui empêchait le progrès», a-t-il ajouté.

«Cependant, il ne faut pas tomber dans l'autre extrême. Les manuels pour les écoles et les universités ne doivent pas devenir un lieu de lutte idéologique et politique», a-t-il dit.

«Nous vivons maintenant une autre époque, celle de la construction, et les objectifs sont différents. Il faut écarter les déchets et l'écume qui se sont accumulés», a encore dit M. Poutine.

Il a évoqué notamment les critiques des anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale sur la manière dont est désormais présentée aux enfants «la Grande Guerre patriotique».

Dans un entretien à la radio Écho de Moscou, l'auteur d'un manuel d'histoire contemporaine de la Russie, destiné aux dernières classes du lycée, Igor Doloutski, a révélé avoir dernièrement essuyé une critique sévère du ministre de l'Éducation, Vladimir Filippov, estimant que son ouvrage avait de fortes chances de perdre l'agrément du ministère.

«Beaucoup de problèmes, soulevés dans le manuel, ont suscité la colère du ministre, mais surtout l'un des exercices», dans lequel il est proposé à l'élève de commenter, en les infirmant ou en les approuvant de manière argumentée, deux citations relatives au régime politique en place, a-t-il dit à la radio.

L'une des citations affirme «qu'un coup d'État a été commis après l'élection de Poutine, dont la conséquence est un régime de pouvoir personnel du président, une dictature autoritaire». L'autre, attribuée au leader du parti d'opposition réformatrice Iabloko, Grigori Iavlinski, «estime qu'un État policier a été formé en Russie

dès 2001».

Rompant avec la tradition de «réécriture» de l'histoire à l'époque soviétique mais aussi avec plusieurs manuels concurrents qui ne font pas ou peu mention des purges staliniennes ou du prix humain payé par l'URSS dans sa victoire sur les nazis, le manuel d'Igor Doloutski décrit notamment la «grande terreur» des années 30 et propose à son jeune lecteur de lire L'Archipel du Goulag d'Alexandre Soljenitsyne.

Exposant la teneur du pacte Molotov-Ribbentrop de 1939 entre l'Allemagne hitlérienne et l'URSS, le livre observe en outre que la victoire ultérieure sur les nazis a coûté la vie à une trentaine de millions de Soviétiques, un coût humain que «pas une seule démocratie n'aurait supporté».

Le manuel relate également la «lutte contre le cosmopolitisme» qui s'exprima au début des années 50 par «une vague antisémite à caractère pratiquement officiel».


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com