Hôpital Saint-Charles-Borromée - Un grand ménage s'impose

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Fabien Deglise
Édition du mercredi 26 novembre 2003

Mots clés : chsld

La famille de la victime réclame la mise en tutelle de l'institution et le congédiement du directeur général

Amères mais déterminées, les sœurs de la patiente victime d'abus et de harcèlement au centre d'hébergement Saint-Charles-Borromée - dont l'identité ne peut être dévoilée - ont exigé hier en conférence de presse que toute la lumière soit faite sur cette sombre affaire. Avec deux demandes spéciales: la mise en tutelle de l'établissement et le congédiement du directeur de ce CHSLD.

Photo: Jacques Nadeau

À situation extrême, mesures radicales. Après avoir rendu publics des enregistrements sonores mettant en lumière les mauvais traitements infligés à une patiente du centre d'hébergement Saint-Charles-Borromée à Montréal, la famille de la victime a exigé hier la mise en tutelle immédiate de l'institution ainsi que le congédiement du directeur général, Léon Lafleur, pour «briser la loi du silence qui règne» dans ce CHSLD et y ramener un climat de confiance, a-t-elle dit en conférence de presse. Un remède démesuré pour un cas isolé, un directeur sans cesse préoccupé par le bien-être de sa clientèle et un centre d'hébergement innovateur loin de ressembler à l'enfer que l'on dépeint par les temps qui courent, a répliqué le syndicat des employés.

«Il n'est pas question d'excuser les gestes commis par deux préposés à l'endroit d'une patiente, a expliqué en entrevue Sylvio Robinson, porte-parole du Syndicat des travailleuses et travailleurs de la Résidence Saint-Charles-Borromée. Ce qu'ils ont fait est inexcusable. Mais c'est un accident de parcours et surtout un comportement loin d'être généralisé dans le centre.»

À preuve, selon lui, les conditions de vie qui prévalent depuis des années dans cet établissement situé au coeur de la métropole. «Tout ce qui nous arrive en ce moment est injuste, poursuit-il. Notre directeur est le premier qui parle autant et sans cesse du bien-être des résidents. Et qui agit. Nous avons par exemple, dans les dernières années, adapté nos horaires de travail pour répondre à leurs besoins. Saint-Charles-Borromée, c'est plus qu'un centre d'hébergement, c'est un milieu de vie harmonieux qui respecte le rythme et les aspirations de tous et qui s'est même retrouvé, par le passé, au coeur de plusieurs reportages télévisés élogieux.»

Peut-être. Mais pour la famille de la femme de 51 ans atteinte d'un traumatisme crânien depuis l'âge de 18 ans, et dont l'identité comme celle de ses soeurs est tenue secrète, c'est avant tout le théâtre d'un harcèlement psychologique et de mauvais traitements. Quatre-vingt-dix heures d'enregistrement sonore, réalisées à l'insu du personnel pendant deux semaines le printemps dernier, en témoignent. Entre deux hurlements de la patiente hémiplégique (paralysée du côté gauche), on y entend deux préposés, et parfois une troisième, tenir des commentaires disgracieux à saveur sexuelle, faire des remarques pour le moins irrespectueuses et surtout ne pas répondre, comme il se doit, aux besoins normaux -- comme obtenir un verre d'eau -- de la résidente.

Le ton est tantôt agressif, tantôt menaçant. Les blagues entre préposés sont parfois de mauvais goût. Mais elles demeurent surtout inacceptables dans un endroit censé prendre soin et respecter les droits élémentaires de personnes handicapées, estiment les soeurs de la patiente. «Il faut dénoncer ces pratiques, a dit l'une d'elles hier. D'autres handicapés sont sans doute confrontés aux mêmes traitements et il faut faire la lumière là-dessus pour éviter que cela perdure.»

Au coeur de leur colère, une demande: un grand ménage à Saint-Charles-Borromée, où le directeur de l'endroit a imposé trois jours de suspension à deux employés et porté une note au dossier d'une troisième en plus de «banaliser», selon elles, les gestes perpétrés auprès de la patiente. «Ce sont des sanctions ridicules, a souligné Jean-Pierre Ménard, avocat de la famille, qui donnent aux employés un permis d'abuser. Comment peut-on également faire confiance à un homme qui banalise ce type de comportement?»

Se disant «profondément choqué» par l'attitude de la direction du centre, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a confié hier à Jean-Jacques Camera l'enquête visant à faire la lumière sur l'incident. L'homme a réalisé un travail similaire au début de l'automne à l'hôpital Robert-Giffard de Québec où, autre lieu, autres moeurs, un patient avait été laissé six jours dans ses excréments. Il devra, entre autres choses, se prononcer sur le «caractère isolé ou généralisé» des cas d'abus révélés par la famille de la patiente, a précisé le ministre. Le rapport est attendu pour le 8 décembre prochain.

En attendant, les soeurs de la victime, par la voix de leur avocat, exigent, outre la mise sous tutelle du centre et le congédiement de son directeur, une réévaluation du personnel affecté aux unités de patients lourdement handicapés, la formation du personnel sur les doits et les besoins de cette clientèle ainsi que la nomination d'un protecteur des usagers externe à l'établissement. Pour le bien-être et le respect des droits de l'ensemble des personnes vivant encore à Saint-Charles-Borromée, ce qui n'est plus le cas de leur soeur transférée, après la mésaventure, dans un autre centre d'hébergement en août dernier.


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