Frisson musical

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Josée Boileau
Édition du vendredi 21 novembre 2003

Mots clés : osm

Le titre est limpide («L'OSM n'aura pas sa salle de concert»), le contexte l'est tout autant. «Les grandes institutions culturelles qui attendent [...] avec impatience que le ministère des Affaires culturelles matérialise enfin ou enterre somptueusement les dernières promesses péquistes en matière d'investissements culturels n'auront plus à languir bien longtemps», explique Le Devoir.

Qui ajoute toutefois que la salle tant rêvée par l'Orchestre symphonique de Montréal ne sera finalement pas réalisée par la nouvelle ministre, les libéraux étant «moins prompts sur le béton que leurs prédécesseurs».

Or, ce texte, d'une cuisante actualité, a été publié en novembre... 1986! C'est là toute la beauté du dossier de la salle de l'OSM: la situation n'ayant pas changé d'un poil, on peut allégrement y pratiquer le «copier-coller» avec un choix d'articles qui s'étalent sur presque 20 ans.

Que nous vaut donc cette fois-ci les tergiversations politiciennes? Des méfiances face à un projet dont on peut discuter à la fois le gigantisme -- écoles et bureaux s'ajoutant à la salle de concert elle-même -- et la trame architecturale? «La seule chose rassurante par rapport à ce projet, c'est qu'il ne se réalisera pas», commentait ainsi à l'été l'architecte Jean-Claude Marsan, horrifié qu'un énorme cube de verre sur pilotis tienne lieu de complexe culturel.

La ministre de la Culture, Line Beauchamp, a-t-elle été gagnée du même frisson? Auquel cas, il serait possible de retrancher des éléments au projet de 280 millions, notamment en enlevant les bureaux de fonctionnaires pour lesquels aucun déménagement ne presse.

À moins que ce ne soit le concept même de salle de concert qui déplaise? Le Parti libéral n'en a pas parlé en campagne électorale et le document de travail qu'il avait alors consacré à la culture récuse le béton au profit d'investissements en création. De plus, depuis les élections, le gouvernement s'est dans les faits désintéressé du dossier, tout simplement parce que celui-ci est trop coûteux.

Montréal n'est pourtant pas en situation de surplus d'équipements culturels de prestige. La fameuse salle de concert a été réclamée par Charles Dutoit presque dès son arrivée à la tête de l'OSM, en 1977. L'homme est parti et n'a toujours pas été remplacé. Il est clair qu'une salle, toute nouvelle ou entièrement refaite à la Place des Arts même, serait un atout majeur pour attirer un chef de calibre, qui maintiendrait à l'orchestre son statut, celui qui lui fait vendre tournées et disques à travers le monde. Ce qui, certes, vaut autant qu'un Grand Prix pour faire reluire Montréal. Pendant ce temps, Toronto, elle, s'équipe allégrement.

À cet investissement nécessaire dans une salle s'ajoute par ailleurs une urgence: les conservatoires de musique et de théâtre. Mal logés pendant des années dans un ancien palais de justice, on les a déménagés «temporairement» dans les sous-sols d'une ancienne polyvalente. Directeurs, professeurs, étudiants ont tempêté tant les lieux sont inadaptés. Mais on leur a fait miroiter des jours meilleurs. Ce serait aujourd'hui indigne d'un gouvernement qui se veut protecteur des artistes de les abandonner dans leurs oubliettes.


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