Vallée du Rhône : pour tous les appétits - 1
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Comme un gros galet roulé roulant sa bosse du nord au sud, je roulais la mienne la semaine dernière le long du Rhône, entre Vienne et Avignon, à l'invitation de l'interprofession des vins AOC des Côtes du Rhône et de la Vallée du Rhône (Inter Rhône). Avec, à chaque méandre du fleuve, l'impression de mieux polir ma pierre, de saisir, à même la formidable géologie découpée par le célèbre cours d'eau, l'histoire du minéral racontée aux vignobles adjacents. Belle leçon de pédologie, il est vrai, mais aussi une belle part de mystère qui permet par exemple à la fine et florale syrah des terroirs granitiques de la Côte-Rôtie de livrer un profil bien différent sur les argilo-calcaires de Gigondas, plus au sud. Dans les deux cas, il y en a pour tous les appétits.
Enfin, les 13 crus des Côtes du Rhône, grands seigneurs mais surtout véritables ambassadeurs de terroirs marqués par la synergie climat-cépages qui les identifie au premier coup de nez. Au nord, Côte-Rôtie, Condrieu, Château Grillet, Saint-Joseph, Crozes-Hermitage, Hermitage, Cornas et Saint-Péray, où la syrah seule domine, complétée en blanc par la marsanne, la roussanne et le viognier, et, au sud, Gigondas, Vacqueyras, Lirac, Tavel et Châteauneuf-du-Pape, où brillent les assemblages avec forte proportion de grenache noir en rouge, clairette et compagnie en blanc. Sensiblement les mêmes quantités produites que pour les Villages et des vins qui -- surtout chez les Châteauneuf-du-Pape -- régularisent intelligemment les prix depuis bon nombre d'années.
Les coopératives
On dit souvent que la qualité des coopératives d'une région donnée est souvent garante de la qualité d'ensemble de la région en question. C'est le cas de la vallée du Rhône. J'en ai visité trois, d'ampleur différente. Au nord, la Cave de Thain l'Hermitage, créée en 1933, forte de 391 adhérents et livrant quelque 54 000 hectolitres de vin (dont 45 000 en AOC), le tout produit sur plus de 1000 hectares. Une cave moderne, parfaitement adaptée au marché, assurant une traçabilité du produit allant de la vigne au verre en passant par le bouchon. Des vins qui, s'ils ne sont pas tous inspirés, sont irréprochables sur le plan technique, sans boisés excessifs. À surveiller : l'arrivée prochaine du délicieux Saint-Péray 2001, un blanc à la fois rond, généreux et substantiel, à peine caressé par le bois neuf (**1/2, 1).
De grosseur intermédiaire, la Cave des vignerons de Rasteau, plus au sud, forte celle-là de 180 adhérents dont la production est comprise pour 97 % en AOC, semble avoir trouvé son rythme de croisière depuis l'arrivée de Philippe Bru, oenologue et flying winemaker qui a en quelque sorte rajeuni et redynamisé la production. Ici, 700 hectares (sur 1200) riches de trois types de sols spécifiques (argilo-calcaire, galets roulés et argiles plus profondes) sont suivis de près sur le terrain par l'équipe technique en symbiose avec les vignerons à l'intérieur d'un strict cahier des charges. Sympathique Côtes du Rhône Villages Rasteau 2001 (14,95 $ - 113407) et plus substantiel Cuvée Prestige 1999 (20,55 $ - 952705), au velouté raffermi par des tanins fruités de qualité (***, 1).
Enfin, la Cave des (dix) vignerons d'Estézargues, dont la production tourne autour de 20 000 hectolitres, une petite cave qui se veut « le révélateur du travail des vignerons, que ce soit à travers leurs cuvées spécifiques [Les Domaines] ou les cuvées regroupant tous les vignerons [Les Grandes Vignes et La Granacha] ». Ici, pas de levurage, de collages, de SO2, de filtration, afin de profiter au mieux du fruit et de l'effet terroir. Petit bijou de cave, donc, qui vinifie des vins d'auteur, des vins personnalisés vendus le plus souvent pour une bouchée de pain. Les Grandes Vignes et La Granacha, issues de sélections parcellaires de l'ensemble du groupe et vinifiées en bloc, sont denses, riches, gourmandes et très digestes alors que les cuvées de domaine (Pierredon, Grés St-Vincent, Périllière, d'Andezon, Bacchantes, de la Montagnette et Les Génestas) possèdent une véritable signature et méritent le détour. Hélas, trop peu de vins sont disponibles au Québec ! Suite la semaine prochaine.
* Code SAQ utile pour mieux repérer le produit. % (514) 873-2020, 1 866 873-2020 ou www.saq.com. Potentiel de vieillissement du vin 1 : moins de cinq ans ; 2 : entre six et dix ans ; 3 : dix ans et plus.
jean-aubry@vintempo.com
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Les vins de la semaine
La bonne affaire
Château des Tourelles Cuvée Classique 2002, Costières de Nîmes (11,85 $ - 387035)
Il faut avouer ici qu'il y a beaucoup de vin dans le verre et qu'il se croque à belles dents. Couleur jeune et dense, arômes de fruit primeur qui ouvrent la fenêtre sur des nuances plus sérieuses de poivre noir et de garrigue. Bouche corsée, fraîche, bien en chair. Résistera aux plats à la tomate. (1). Note: 2/5
La douceur
Muscat de Beaumes de Venise, Vignerons de Beaumes de Venise (21,60 $ - 093237)
Ici, la rondeur des grains de muscat vous roule sous la dent, vous parfume la glotte et vous caresse l'amygdale. Un blanc moelleux légèrement muté qui trouve son équilibre dans la fraîcheur de sa liqueur, plus axée sur le fruit que sur le registre oxydatif. Toujours constant. (1). Note: 2,5/5
La primeur en blanc
Saint-Joseph 2001, Pierre Coursodon (28,45 $ - 918094)
Une marsanne de premier plan, discrète mais très pure au chapitre des arômes, offrant en bouche une assise moelleuse et fine à un fruité plein et de bonne densité. Finale évoquant l'amande, le miel et le citron légèrement confit. Pas mal du tout sur les aubergines gratinées. (1). Note: 3/5
La primeur en rouge
Domaine du Vieux Lazaret 2001, Châteauneuf-du-Pape (31,25 $ - 969733)
Chez Jérôme Quiot, le châteauneuf s'installe confortablement, comme un fumeur de havane calé dans son fauteuil de cuir, parfumant la pièce, séduisant les dames au passage. Un rouge plein, charnu, puissant et fondu, au registre chaud de grenache en fête un soir de canicule. Belle bouteille de nuit à petit prix. (2).Note: 3,5/5
Le vin plaisir
Cairanne Cuvée Antique 1999, Côtes du Rhône Villages (23,20 $ - 726984)
Majorité de grenache et de syrah complétée pour la structure du mourvèdre qui apporte ici ses nuances plus viriles et affirmées. Un rouge parfumé, bien pourvu tant sur le plan du fruité que sur la trame tannique fine, arrondie par le moelleux riche de l'alcool. Parfait sur le gibier d'automne. (2). Note: 3/5
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