Pas de complexe culturel pour Montréal
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Deux autres projets prévus dans la capitale sont menacés de disparition
Le Complexe culturel et administratif de Montréal, qui devait comprendre une nouvelle salle de concert pour l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM), ne sera pas réalisé.Les plans de la firme De Architekten Cie, gagnante du concours international, proposaient de construire à l'ouest de la Place des Arts un immense cube échancré où les bureaux des fonctionnaires provinciaux auraient jouxté la salle de l'OSM et la permanence de deux conservatoires d'État, ceux de théâtre et de musique.
«La chose ne se réalisera pas telle quelle, a dit un haut fonctionnaire du ministère de la Culture. Il n'y a pas de pénurie d'espace à bureaux à Montréal, alors rien ne justifie la construction d'un immeuble pour regrouper les fonctionnaires. Reste toujours la possibilité de réaliser la salle de l'OSM dans le cadre d'un partenariat avec des firmes privées, mais les chances semblent minces. Le sort des conservatoires n'est pas plus certain.»
La Société immobilière du Québec (SIQ), qui gère l'affaire, n'a d'ailleurs pas touché au dossier depuis six mois. «Nous attendons toujours les orientations du gouvernement pour la suite des choses», a dit Catherine Lessard, porte-parole de la SIQ, le bras immobilier du gouvernement.
La SIQ a longtemps pensé qu'on lui demanderait officiellement de réorienter le projet dans la perspective d'un partenariat privé-public ou de réduire la taille de l'immense complexe. La commande n'est jamais venue. Une salle de calibre international pour l'OSM, sans le reste du complexe, coûterait au bas mot une centaine de millions de dollars.
Deux autres importants projets immobiliers du gouvernement précédent n'ont pas davantage fait l'objet d'une réévaluation de la part des architectes et des économistes de la SIQ, soit la revalorisation du complexe Place Québec et le développement d'un nouveau pôle urbain dans le secteur de Maizerets-Montmorency. Ces deux chantiers de la capitale, qui requéraient des investissement totaux de 144 millions, semblent donc eux aussi menacés de disparition.
«Selon les règlements du concours du Complexe culturel et administratif, le gouvernement a un an pour prendre une décision après la communication du nom du lauréat», a poursuivi Mme Lessard. Des dédommagements sont prévus pour la firme d'architectes en cas d'annulation du chantier. La directrice des communications de la SIQ a toutefois refusé de commenter l'information portant sur l'annulation pure et simple du projet.
La ministre de la Culture, elle, nie que son gouvernement ait donné l'ordre au nouveau président de la SIQ, Marc A. Fortier, nommé par les libéraux, de liquider le cube culturel et administratif. «Est-ce que la ministre de la Culture peut confirmer le fait suivant: la présidente du Conseil du trésor aurait donné un mandat au nouveau directeur de la SIQ d'enterrer le projet de nouveau conservatoire de Montréal ainsi que le projet de salle de spectacle de l'OSM?», a demandé avant-hier en Chambre le député péquiste André Boisclair, porte-parole de l'opposition officielle en matière de culture. «Est-ce que, oui ou non, la présidente du Conseil du trésor a donné au nouveau directeur de la SIQ le mandat d'enterrer ces deux importants projets pour Montréal et pour la culture en général?»
«La réponse est non», a tout simplement répliqué Line Beauchamp. Il a été impossible hier d'obtenir un autre commentaire officiel au bureau de la ministre de la Culture. Par contre, des sources près du cabinet ont confirmé au Devoir au cours des derniers jours que le projet initial était bel et bien abandonné.
La décision risque de faire très mal au sein des trois institutions culturelles directement concernées, sans compter les firmes d'architectes. L'OSM attend une nouvelle salle de concert depuis plus de 20 ans. Un premier projet avait été liquidé par les péquistes dans les années 80. Le nouveau, qui vacille et perd pied, fournissait des munitions de taille au comité chargé de trouver un remplaçant à Charles Dutoit. Le maestro a quitté son poste il y a un an et demi et aucune grosse baguette n'a encore pris la relève.
La situation des deux conservatoires n'est pas moins compliquée. Les deux institutions, où s'activent environ 500 personnes, ont été évincées de l'édifice Ernest-Cormier, dans le Vieux-Montréal, pour faire place au siège de la Cour d'appel du Québec. Elles ont été réinstallées dans les sous-sols d'une ancienne polyvalente du Plateau Mont-Royal. La décision d'expulser les établissements d'enseignement du 100 de la rue Notre-Dame Est avait entraîné la démission du comédien Normand Chouinard de la direction du Conservatoire d'art dramatique. M. Chouinard réclamait des garanties fermes du gouvernement avant de faire bouger ses troupes.
De même, le président du conseil d'administration de la Place des Arts, Clément Richard, a remis sa démission l'an dernier en disant qu'il craignait que la gestion de la future salle de l'Orchestre symphonique de Montréal n'échappe à la Place des Arts. L'évolution du projet de 281 millions lui faisait croire qu'on se dirigeait tout droit vers un «gaspillage éhonté» et la «transformation de la Place des Arts en un gros éléphant blanc».
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