Opinion
Libre opinion: Les soins à domicile oubliés
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La nouvelle réforme du système de santé fera-t-elle des miracles? J'en doute. On veut abolir les règles régionales. C'est bien. On veut regrouper sous une même administration les centres hospitaliers pour soins de courte durée avec ceux de longue durée et les CLSC; je pense que c'est une bonne idée. D'ailleurs, c'est déjà fait dans la MRC de Matane. Ces façons de procéder du ministre Couillard diminueront les lourdeurs bureaucratiques. Mais il ne faut pas s'arrêter là.
Ma mère est décédée le 8 avril 2000 à l'âge de 87 ans dans un lit de soins de courte durée à l'hôpital de Matane. Elle était hospitalisée depuis le 24 janvier pour un cancer sans rémission. Au bout de deux semaines, on voulait la transférer dans le secteur des soins prolongés, c'est-à-dire au mouroir. Il fallait «parquer» la vieille qui ne rapportait plus socialement. Nous, ses enfants, nous y sommes opposés avec acharnement.
Moins d'une semaine avant son décès, la direction de l'établissement hospitalier nous a acheminé une mise en demeure par voie de huissier pour que ma mère aille s'éteindre dans un autre mouroir affilié à l'hôpital, le foyer d'accueil.
En déployant toutes nos énergies, nous avons réussi à faire en sorte que notre mère rende l'âme dans le lit dans lequel elle avait été accueillie au début de son hospitalisation. Complètement décontenancés, nous étions frappés en pleine figure par le virage ambulatoire.
Avant de recevoir les soins palliatifs, ma mère aurait désiré être traitée cliniquement à son domicile. Étant donné les handicaps liés à sa maladie et faute de ressources à l'époque et encore plus aujourd'hui, cela n'a pas pu être fait.
À mon point de vue, la médecine à domicile au Québec, ça dérangerait trop de monde, au premier chef l'ordre professionnel des médecins. M, Couillard ne leur touchera pas. Il est des leurs.
L'ex-gouvernement péquiste, qui n'est pas sans reproches en matière de santé, avait quand même débloqué, avant la perte du pouvoir, une mince somme de 120 millions pour les CLSC afin de les affecter aux soins à domicile. Le gouvernement actuel a réduit cette somme à 40 millions.
Allez-y, MM. Charest et Couillard, pour la «réingénierie». Pensez à ma mère qui fut l'objet de mépris de la part de gestionnaires et de certains médecins du centre hospitalier de Matane, et ce, pour des considérations budgétaires. Dans notre société, on ne respecte plus les personnes qui l'ont bâtie.
MM. Charest et Couillard, personne ne peut éviter la maladie ni la mort. Même pas les bourgeois.

