Chrétien tirera sa révérence le 12 décembre
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Photo: Agence Reuters
M. Chrétien avait annoncé, en août 2002, qu'il prendrait sa retraite en février 2004, mais il a commencé cet été à ouvrir la porte à un départ plus rapide. La pression pour mettre fin le plus rapidement possible à la cohabitation entre les deux hommes a fait le reste.
Sa sortie aura finalement duré 16 mois. «Je n'ai pas changé d'idée», a-t-il dit hier. Il a expliqué qu'il voulait mettre en branle son programme et qu'il estimait y être parvenu, à part quelques projets de loi morts au feuilleton à la suite de sa propre décision de proroger les travaux parlementaires. «La réalité est que l'appartement est prêt. Le lit est fait», a-t-il ajouté en boutade.
M. Chrétien a offert à M. Martin de choisir le moment approprié pour la passation des pouvoirs, mais ce dernier a indiqué qu'il revenait au premier ministre de trancher. Celui-ci l'a fait avec deux objectifs en tête: participer au sommet du Commonwealth qui se tiendra à Abuja, au Nigeria, du 4 au 8 décembre, et assister le 9 décembre, à Paris, à un dîner donné en son honneur par le président français Jacques Chirac afin de «marquer l'excellence des relations» entre les deux pays, d'expliquer un de ses porte-parole, Stephen Hogue.
«J'ai cru que, pendant que le futur premier ministre formait son cabinet, je pouvais faire cette partie du travail. Alors il pourra être le premier ministre le 12», a indiqué M. Chrétien à la presse. Il a par ailleurs indiqué que M. Martin avait l'intention, quand le Parlement reprendrait ses travaux, de présenter de nouveau les projets de loi sur la nouvelle carte électorale, le commissaire à l'éthique et la vente de médicaments génériques aux pays pauvres aux prises avec des épidémies.
Pour M. Martin, qui a été élu chef du Parti libéral du Canada vendredi, les priorités pour les trois prochaines semaines seront la formation de son cabinet, lequel devra être assermenté le 12 décembre, et la sélection du personnel du bureau du premier ministre. La préparation du discours du Trône prendra plus de temps et a d'ailleurs été confiée une autre équipe.
Le travail de l'équipe de transition a rapidement commencé. Dès hier matin, M. Martin et le greffier du Conseil privé, Alex Himelfarb, se sont rencontrés pendant plus d'une heure pour établir leur plan d'action. Le débrouissaillage des dossiers commencera dès aujourd'hui, l'équipe Martin ayant enfin le droit de consulter les dossiers préparés par les fonctionnaires. Selon un de ses porte-parole, Brian Guest, Paul Martin assistera au plus grand nombre de réunions possible avec les fonctionnaires.
La formation du cabinet sera un défi car nombre de députés espèrent enfin accéder au cabinet alors que plusieurs ministres sortants promettent de se représenter aux prochaines élections, même si tout annonce qu'ils seront éjectés du cabinet le 12 décembre.
Paul Martin veut incarner le changement et prendre ses distances des symboles de l'ère Chrétien. Par conséquent, on accorde peu de chance aux ministres les plus identifiés à son règne. On pense entre autres à Herb Dhaliwal, Sheila Copps, John Manley, Don Boudria, Jane Stewart, David Collenette, Stéphane Dion ou Martin Cauchon.
Plusieurs prévoient malgré tout se représenter. MM. Dion et Boudria l'ont fait savoir récemment. Mme Copps l'a confirmé vendredi, après avoir concédé la victoire à Paul Martin dans la course au leadership. M. Dhaliwal a manifesté son intention d'être candidat hier, juste avant d'assister à une des dernières réunions du cabinet Chrétien.
La rencontre entre MM. Chrétien et Martin, attendue depuis longtemps, a démarré sur une drôle de note. Déterminé à montrer qu'il resterait le patron jusqu'au dernier jour, M. Chrétien a reçu les caméras mais, contrairement à son habitude, il ne les a pas attendues debout, flanqué de son invité. Il est resté assis à son bureau, face à un Paul Martin plus ou moins à l'aise.
Durant le point de presse qui a suivi, même attitude. Son directeur des communications avait eu beau lui faire signe de céder la parole à M. Martin, le premier ministre a pris tout le plancher, ne laissant à son successeur que quelques secondes pour répondre à deux questions.
Un journaliste voulait savoir entre autres si M. Chrétien pourrait profiter des trois prochaines semaines pour faire des nominations. Paul Martin a répliqué que le premier ministre restait premier ministre jusqu'au 12 décembre.
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