Opinion

Libre opinion: La télé de la SRC quitte l'Amérique latine

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JEAN-MICHEL LEPRINCE, Reporter, Zone Libre
PAULE ROBITAILLE, Reporter Le Point
BERNARD DRAINVILLE, Animateur de La Part des choses, ex-correspondants en Amérique latine

Édition du mardi 18 novembre 2003

Mots clés :

C'est avec beaucoup de tristesse que la direction de la télévision nous a confirmé la fermeture de notre bureau d'Amérique latine. Jean-Michel Leprince avait demandé vendredi aux patrons de reconsidérer la décision et ils disent aujourd'hui qu'ils ne peuvent faire autrement à cause des importantes compressions auxquelles ils doivent faire face.

Nous n'en sommes pas convaincus et c'est pour cela que nous vous communiquons quelques-uns de nos arguments.

On nous avait dit que Bernard Drainville, le dernier correspondant de Mexico n'était pas remplacé à cause des restrictions budgétaires, mais que le bureau restait ouvert. On aurait pu l'utiliser comme pour la Bolivie en septembre dernier, au Point ces derniers jours avec Paule Robitaille, ou encore par Zone Libre. À présent on se débarrasse avec très peu de préavis de trois employés locaux sans indemnité significative après 10, 8 et 6 ans d'ancienneté.

Ces gens sont les yeux et les oreilles de la SRC en Amérique latine. On ne peut pas «couvrir» l'Amérique latine correctement de Montréal ou de Washington. Certains de nous ont tenté de le faire.

La fermeture de ce bureau dont les coûts sont minuscules (il n'y a aucun impôt au Mexique pour les correspondants étrangers et leur personnel) par rapport aux autres bureaux privera la SRC d'un outil unique pour informer le public sur la plus grande partie du continent, notre continent, largement négligé de tous les médias du monde occidental. De plus, l'intérêt des Québécois pour l'Amérique latine a toujours été grandement sous-estimé par la télévision de la SRC.

Il est d'autant plus absurde de fermer ce bureau considérant les relations politiques et économiques grandissantes entre les deux pays, des «relations stratégiques», disait récemment l'ambassadeur du Canada au Mexique, Gaétan Lavertue. Aujourd'hui, l'ambassade du Canada au Mexique est l'une des plus importantes pour notre gouvernement. Les pays des deux Amériques négocient, en ce moment, l'un des plus ambitieux traité de libre-échange au monde. Et pendant que l'on s'interroge sur les pour et les contre de la globalisation, nous à Radio-Canada, on ferme l'un des bureaux les mieux placés pour nous faire comprendre ses enjeux..

Nous voulons citer Tony Burman, patron de l'information de la CBC, devant le Comité des transports et des communications du Sénat à Ottawa, le 23 octobre 2003 sur le tout premier des résultats préliminaires d'une grande enquête commandée à deux firmes indépendantes: «Les Canadiens semblent manifester un plus grand intérêt pour les nouvelles internationales qu'on ne leur prête habituellement.» Selon le rapport, «l'intérêt et l'importance attachés aux nouvelles internationales sont universels». L'étude révèle, entre autres, que ce créneau «pourrait être celui qui recèle le plus fort potentiel de croissance des auditoires».

À quoi l'ex-directeur de l'information de la SRC Claude Saint-Laurent à ajouté: «Pour faire suite aux propos de Tony, j'ai parcouru la partie qualitative de cette étude, la plus fouillée que j'ai vue depuis plusieurs années, pour comparer ces données aux nôtres. Les constats des téléspectateurs sont les mêmes pour l'information à la télé française de Radio-Canada.»

On va fermer le bureau d'Amérique latine pour faire quoi? Plus de ce que tous les autres font, aussi bien: le local et les faits divers? Et après Mexico, pourquoi pas Dakar?

La fermeture du bureau de Mexico serait contraire à ce que la SRC doit faire et a dit qu'elle voulait faire. Jean-Michel Leprince a demandé au président de la SRC Robert Rabinovitch de le laisser ouvert et de le transformer peut-être en bureau bilingue pour répartir les coûts et il lui a répondu qu'il allait regarder le dossier. Il n'est peut-être pas trop tard.


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