Salon du livre - Maux de langue au Salon
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L'usage de la langue française perd du terrain dans le milieu du travail et dans les rues de Montréal. C'est du moins ce qu'avançaient hier, au Salon du livre de Montréal, les participants à une table ronde sur l'apport de l'ancien ministre Camille Laurin à l'avancement des francophones dans le monde du travail.
C'est ce qu'a confirmé, autour de la même table ronde, Marie-Agnès Tellier, responsable de la section Affaires du Journal de Montréal, qui affirme qu'il est de nouveau fréquent, lors de réunions d'affaires dans différents secteurs, que toute une assemblée parle anglais alors qu'on ne compte dans ses rangs qu'un seul anglophone.
Reste que tous reconnaissaient que Camille Laurin, père de la loi 101, avait beaucoup contribué, contre vents et marées, à l'épanouissement du fait français au Québec. C'est Jean-Claude Picard, auteur de la biographie de Camille Laurin qui paraissait chez Boréal plus tôt cette année, qui a lancé le débat en avançant qu'en élaborant cette loi, Camille Laurin était préoccupé d'abord et avant tout de la présence des francophones dans le monde du travail.
Ce à quoi Bernard Landry et Marie-Agnès Tellier ont répondu que cette avancée des francophones dans le monde des affaires avait pris naissance bien avant la loi 101, avec l'impulsion de Québec et d'économistes dont Jacques Parizeau.
La parole aux enfants
Un peu plus tôt dans la journée, c'était au tour de 56 adolescents de différentes écoles du Québec d'exprimer leur révolte au Salon du livre de Montréal, et d'exprimer un brin de subversion au milieu de ce temple de la consommation.
Il s'agissait des participants à la création d'un recueil de poèmes intitulé Poèmes d'amour et de révolte, dirigé par la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) qui vient de paraître à L'Hexagone. 14 000 élèves, de tout le Québec, ont participé au concours qui menaient à la création de cet ouvrage.
Certains textes retenus ont une connotation pour le moins inquiétante, comme les mots d'un malaise que l'on se refuserait à entendre, alors que la vérité vient souvent de la bouche des enfants. C'est l'effet que fait ce texte intitulé Maman, de Marie-Josée Gagnon, de 5e secondaire, à l'école Le Boisé de Victoriaville, qui avait été mis en musique pour l'occasion.
«Maman, [...] j'aimerais être un livre/ pour que tu t'intéresses à moi et que tu me comprennes.» Ou encore cet autre, qui s'appelle Les Parents, d'Alexandre Lévesque Lequin, en 4e secondaire de la Polyvalente de la Forêt, à Amos, dont voici un extrait: «Pourquoi les parents, lorsqu'il sont séparés, jour après jour, se font la guerre? [...] Chacun retourne chez soi, ne pensant pas avoir brisé la paix. Celle qui régnait avant qu'ils ne soient plus ensemble. Ces deux-là ne changeront jamais.»
Au tournant de l'enfance, alors que certains se pâment pour la première fois dans les abîmes de l'amour, d'autres ont déjà une révolte plus collective, sociale, comme Jean-Michel Tremblay, de 4e secondaire, au Pavillon Wilbrod-Dufour, d'Alma, qui signe Les fous.
«...Alcooliques, malades, révoltez-vous, / Et de l'asile, évadez-vous/[...] L'autorité est révolue, Tous, cinglés, envahissez les rues,/ Le pouvoir du peuple est maintenant venu,/À cette supériorité bottons le cul, /Allons vite avant qu'il ne nous tue/ Rebelles, anarchistes, allez venez,/ Ce monde de capitalistes va bientôt s'écrouler,/ Allez, battez-vous tous pour votre liberté».
Plus jeune encore, Raphaël Côté, de 2e secondaire, à l'école Saint-Martin, de Laval, écrit ses espoirs dans Bush... rie: «Pendant que les guerriers sont sur mer et terre,/ Sur un terrain de golf, les dirigeants sont sur le vert./Même s'il y a des bombes sous les ailes des jets,/ Le peuple préfère le jet... set.». Une révolte qui mérite qu'on la cite avant qu'elle ne disparaisse.
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