Médias: La convergence au pouvoir
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Lorsque près de 400 journalistes se réunissent en congrès, leur comportement n'est pas si différent de l'ensemble de la population: le sujet qui les enflamme le plus, c'est celui de la télé-réalité, comme c'est le cas dans de nombreux lieux de travail au Québec autour de la machine à café!
Mais c'est vraiment un atelier sur «la télé-réalité et l'information» qui a fait l'événement, en attisant les passions dans une salle à la porte de laquelle on se bousculait.
Tout le monde a son opinion sur la télé-réalité, évidemment. J'ai donné la mienne récemment dans une chronique qui a suscité de nombreux courriels de lecteurs. Mais l'atelier de la FPJQ n'avait pas nécessairement comme objectif de débattre des mérites de ce nouveau genre télévisuel. Il s'agissait plutôt d'explorer les liens entre les émissions et les médias qui en sont partenaires, pour voir si la couverture journalistique était influencée par le partenariat commercial entre les émissions et les médias.
Tout le monde avait remarqué le délire promotionnel qui s'était emparé des différents médias de Quebecor l'hiver dernier autour de Star Académie. Mais on pouvait conserver un doute ultime: Quebecor se défendait en affirmant que lorsqu'une émission attire autant de téléspectateurs, c'est son devoir d'en parler massivement. Selon ce raisonnement, Star Académie aurait bénéficié du même traitement si elle avait été diffusée ailleurs qu'à TVA.
Depuis cet automne, cet argument ne tient plus. Car Loft Story à TQS attire presque autant de spectateurs qu'Occupation double à TVA et ne bénéficie pas, dans Le Journal de Montréal, d'une couverture journalistique aussi intensive. Le patron de TQS soupçonne même le journal d'être de mauvaise foi quand il publie des articles critiques sur Loft Story.
Le Journal de Montréal publie deux pages quotidiennes sur une émission hebdomadaire, Occupation double, sans accorder le même traitement à Loft Story qui est une émission quotidienne. Le bulletin de nouvelles de TVA suit les auditions de Star Académie. Celui de TQS est accusé de faire la promotion de son loft maison. Même La Presse est maintenant soupçonnée de trop parler de Loft Story, parce que TQS a signé une entente commerciale avec ce quotidien (en principe l'accusation tient mal la route, puisque TQS voudrait bien annoncer son émission partout où elle le pourrait, et La Presse et TQS appartiennent à deux propriétaires totalement différents). Bref, l'atmosphère est devenue malsaine, et on se met à compter le nombre d'articles publiés de part et d'autre.
L'atelier a même été l'occasion d'en apprendre un peu plus sur les coups bas que se livrent en coulisses les médias concurrents. Tout le monde soupçonnait Le Journal de Montréal de ne pas avoir parlé du succès d'écoute de Loft Story dans les premiers jours de diffusion parce que l'émission appartenait à un réseau concurrent.
Erreur, a expliqué candidement samedi un journaliste du Journal de Montréal: si le journal a volontairement passé sous silence la première diffusion du Loft, explique Mathieu Turbide, c'est parce que, la semaine précédente, l'animateur de TQS Jean Lapierre avait interviewé un dirigeant raélien qui s'en prenait à la journaliste du Journal de Montréal qui avait infiltré le mouvement de Raël! Devant une telle démonstration de vengeance, les participants à l'atelier en sont demeurés pantois, et la présidente de la FPJQ, Anne-Marie Dussault, se disait «consternée».
On peut compter à l'infini le nombre d'articles publiés par l'un et par l'autre, mais il ne faut pas perdre de vue l'essentiel: en permettant à Quebecor de posséder autant de médias écrits et électroniques la société québécoise a engendré un véritable monstre qui contamine maintenant l'ensemble de la couverture journalistique.
La question ici n'est pas de diaboliser Quebecor. Cet atelier a plutôt permis de comprendre à quel point les journalistes eux-mêmes ne savaient pas encore comment faire face à cette nouvelle réalité de la convergence dans un empire médiatique. Après avoir permis à Quebecor de multiplier ses propriétés, le CRTC lui a récemment refusé d'acheter CKAC. C'est un premier pas: nous n'avons pas les moyens, collectivement, d'aggraver encore plus la situation actuelle. À l'intérieur des entreprises, les syndicats peuvent se battre pour établir des balises strictes en matière de couverture journalistique. C'est un autre pas. Et puisque les dirigeants des médias de Quebecor semblent refuser de débattre du sujet, les journalistes eux-mêmes ne doivent pas avoir peur d'en discuter publiquement comme ils l'ont fait ce week-end, pour maintenir auprès du public une crédibilité déjà trop entamée.
pcauchon@ledevoir.com
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Après vendre une idée... vendre un contexte - par Nicolas Cantu (nicolas.cantu@gmail.com)
Le mardi 16 mai 2006 12:00

