Pas de répit pour Chevarnadze

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Reuters
Édition du samedi 15 et du dimanche 16 novembre 2003

Mots clés :

Une chaîne humaine réclame la démission du président géorgien

Tbilissi -- Des milliers de Géorgiens, étroitement surveillés par des militaires, ont formé hier une chaîne humaine autour du bureau du président Édouard Chevardnadze pour réclamer sa démission.

Faisant fi d'un discours télévisé du président brandissant le spectre de la guerre civile et invitant la population à vaquer à ses occupations, quelque 20 000 manifestants avaient répondu à l'appel du principal dirigeant de l'opposition, Mikhaïl Saakachvili.

Depuis le début de la semaine, des militants des principaux partis d'opposition se relaient devant le parlement, sur la principale artère de Tbilissi, pour protester contre les résultats des élections législatives du 2 novembre, entachées selon eux de nombreuses irrégularités.

La foule rassemblée devant le parlement s'est rendue devant la chancellerie (le bureau du président) tandis que les forces du ministère de l'Intérieur surveillaient les manifestants qui criaient «démission» et «traître».

La manifestation a été pacifique et des centaines de personnes ont dansé près de la place du Parlement au son d'un concert impromptu de musique populaire.

À la tombée de la nuit, des manifestants ont encerclé la chancellerie, un bâtiment ocre de style soviétique, tandis que d'autres retournaient devant le parlement où un meeting avait commencé.

«Bien sûr, je ne me fais pas d'illusions et Chevardnadze ne démissionnera pas aujourd'hui, mais je vous promets qu'il le fera bientôt, a déclaré Saakachvili. Cet homme nous a tout volé.»

Le ministère de l'Intérieur a assuré qu'il ne recourrait pas à la force à moins que les manifestants s'en prennent à des bâtiments publics.

Problèmes multiples

Chevardnadze, au pouvoir depuis 1992, a exclu de démissionner sous la pression de la rue. Il a proposé de discuter avec l'opposition mais des discussions ouvertes dimanche ont pris fin mercredi avec le retrait, sur un constat d'échec, de Mikhaïl Saaskachvili.

Les fonctionnaires se plaignent de n'être pas payés et la population est excédée par les incessantes coupures d'électricité. Chevardnadze, révéré il y a dix ans comme le sauveur de la Géorgie, est vivement critiqué aujourd'hui pour n'avoir pas éradiqué la corruption ni réussi à réunifier le pays.

La région d'Abkhazie, alliée à Moscou, échappe aujourd'hui au contrôle de Tbilissi et l'Ossétie du Sud fait également bande à part. Chevardnadze s'est allié avec Aslan Abachidze, président de la région autonome d'Adjarie, chef du Parti du Renouveau, arrivé en deuxième position derrière le groupe pro-Chevardnadze, selon des résultats toujours préliminaires des élections.

Abachidze a déclaré hier, à l'issue de discussions à Moscou avec le ministre russe des Affaires étrangères, Igor Ivanov, que la situation lui rappelait de plus en plus les événements qui ont plongé le pays dans la guerre civile après l'effondrement de l'Union soviétique.

Chevardnadze s'est longtemps efforcé de réduire l'influence de Moscou, qui l'accusait de son côté de manquer de fermeté envers des séparatistes tchétchènes se servant, selon le Kremlin, de la Géorgie comme base arrière. Il tente maintenant d'obtenir l'appui de la Russie face à la contestation dont il fait l'objet.

Les Occidentaux suivent de près la situation dans cette région située sur le tracé d'un projet d'oléoduc. reliant l'Azerbaïdjan à la Turquie.


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