Cinéma - Les producteurs québécois dénoncent le chantage d'Hollywood

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Geneviève Otis-Dionne
Édition du vendredi 14 novembre 2003

Mots clés : hollywood

Les grands studios menacent de boycotter le Québec s'ils doivent adhérer à l'APFTQ

Source: Bureau du cinéma de Montréal

L'Association des producteurs de films et de télévision du Québec (APFTQ) a vigoureusement condamné hier en conférence de presse la menace des studios américains de ne plus venir tourner de films au Québec advenant une reconnaissance officielle de l'APFTQ.

La présidente-directrice générale de l'APFTQ, Claire Samson, tenait à faire le point hier après-midi sur un article publié par The Gazette la même journée. L'article en question indiquait que les grands studios d'Hollywood menaçaient de ne plus venir produire de films au Québec s'ils étaient obligés de devenir membres de l'APFTQ. Selon eux, cette affiliation obligatoire à cette association les empêcherait de négocier eux-mêmes leurs contrats de travail avec les divers syndicats représentant les employés québécois, dont les techniciens et les artistes.

En 1997, l'APFTQ avait en effet déposé une demande de reconnaissance juridique à la Commission de reconnaissance des associations d'artistes et des associations de producteurs (CRAAP). Cette commission a été instituée en 1987 par la Loi sur le statut professionnel et les conditions d'engagement des artistes de la scène, du disque et du cinéma (loi 90).

Dernièrement, un avocat représentant l'Alliance for Motion Picture and Television Producers, une association américaine qui regroupe entre autres Paramount, Sony, Disney et MGM, s'est présenté devant la commission pour exiger le rejet de la demande de l'APFTQ.

Mme Samson «comprend mal l'inconfort» des studios d'Hollywood devant une telle reconnaissance juridique. Selon elle, ce nouveau statut de l'APFTQ «ne vient qu'officialiser une situation qui dure depuis des années».

Elle soutient que ce statut «n'oblige aucunement les studios américains à devenir membres de l'APFTQ pour venir tourner au Québec». Ceux-ci vont pouvoir négocier eux-mêmes les contrats de travail avec les techniciens et les artistes québécois. Ils ne pourront toutefois pas offrir des conditions de travail inférieures à celles négociées par l'APFTQ. «Nos conditions de travail seraient comme les normes du travail, explique Mme Samson. Si les producteurs américains veulent payer plus cher les techniciens, nous n'avons pas de problème avec ça. Mais ils ne pourront pas les payer moins cher. C'est une question d'équité et de respect envers toute une industrie», clame-t-elle.

L'APFTQ rappelle que jusqu'à maintenant, la plupart des producteurs américains ont utilisé les ententes collectives qu'elle a négociées. En fait, sur les 13 dernières productions américaines qui sont venues au Québec, 11 ont utilisé les conventions collectives négociées par l'association. Les producteurs étrangers peuvent en effet devenir des membres temporaires de l'APFTQ et utiliser les divers services qu'elle offre.

Par exemple, l'APFTQ aide les producteurs américains à comprendre les règles québécoises sur la santé et la sécurité du travail. Elle s'occupe des relations de travail et guide les producteurs pour trouver du financement public.

Pour devenir membre de l'APFTQ, les producteurs québécois doivent payer une première cotisation de 2250 $. Il doivent ensuite débourser un maximum de 10 000 $ par production, selon leur financement. Les producteurs américains doivent quant à eux débourser 14 000 $ pour devenir membres temporaires.

La menace d'Hollywood a fait frémir plusieurs personnes hier. Dans The Gazette, le président du Syndicat des techniciens du cinéma et de la vidéo du Québec (STCVQ), Brian Baker, déclarait que des milliers d'emplois risquaient de disparaître si Hollywood cessait de produire au Québec. Les producteurs américains ont dépensé 368 millions au Québec l'année dernière et les retombées économiques sont estimées à plus de un milliard pour 2002.


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