Une importante vente de Riopelle... à Toronto

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Stéphane Baillargeon
Édition du vendredi 14 novembre 2003

Mots clés : riopelle

Quarante-quatre de perdus, sept de retrouvés. Alors que l'encan de la collection Riopelle est annulé à Montréal sur ordre de la cour, Toronto s'apprête à tenir une importante vente aux enchères comptant sept oeuvres du peintre. La plus importante, une huile de 1951, pourrait rapporter un demi-million de dollars.

La Cour supérieure du Québec accordait cette semaine aux enfants du peintre une injonction temporaire interdisant la vente de 67 oeuvres de la collection de leur père, dont 44 de sa main. L'encan, organisé par les liquidateurs de la Succession Jean-Paul Riopelle, dont sa dernière compagne, était prévu mercredi soir. Celui de Toronto, mis sur pied par Sotheby's, aura lieu mardi dans la capitale ontarienne.

«Il s'agit du plus grand encan jamais présenté au Canada», dit fièrement David Silcox, directeur de Sotheby's Canada. «La valeur estimée des 189 lots en vente varie entre 3,7 et 4,9 millions. La valeur moyenne des oeuvres est deux fois supérieure au précédent record.»

Composition no 2, une grande toile de 1951 de Riopelle, constitue le clou de la vente avec, à elle seule, un bon dixième de la valeur totale des lots. Les autres oeuvres aux enchères datent de la fin des années 50 et de la décennie suivante. Elles proviennent de diverses collections privées. «Nous organisons deux ventes par année et nous avons toujours entre trois et cinq Riopelle, dit encore M. Silcox. C'est la première fois que nous en proposons sept d'un coup.»

Justement, le directeur Silcox s'est prononcé contre la vente annulée avant-hier. Cité comme expert par les avocats qui demandaient l'injonction, il a dit trouver déraisonnable de mettre tant d'oeuvres aux enchères d'un seul coup et aussi rapidement. Son affidavit affirme qu'au cours des neuf dernières années, 383 oeuvres de cet artiste ont été offertes en salle, pour une moyenne de 42 par année.

N'est-il pas un peu ironique de voir maintenant le même expert se pointer avec sa propre caisse d'oeuvres à écouler? «Il n'y a pas de contradiction, répond très franchement le directeur. Sept oeuvres différentes par leur format, leur support et leur période, ça me semble acceptable. Il faut une stratégie pour en vendre plus. Riopelle, ce n'est pas Picasso. Son marché demeure restreint et est surtout concentré au Canada. Sa valeur, qui a déjà été grande, est peut-être même encore en train de diminuer. Dans ces circonstances, il faut agir avec prudence.»

En tout cas, le marché de l'art américain, le plus important au monde, donne des signes de reprise après au moins trois années de vaches maigres. La semaine automnale des grands soldes se terminait hier soir à New York. Avant même ce dernier grand jeu, les salles de Sotheby's et de Christie's avaient déjà engrangé 28 records et près de 560 millions.

Un très rare paysage de Gustav Klimt (Landhaus am Attersee) et un Nu couché de Modigliani ont rapporté près de 38 millions chacun. Le marché impressionniste demeure le plus actif, avec les deux tiers du total des ventes.

Le créneau de l'art plus moderne et contemporain stimule quand même des folies dépensières, avec un total enregistré de 195 millions de dollars avant même les dernières séances chez Sotheby's hier soir. Par contre, les pièces secondaires ne trouvent pas preneur. En gros, si le marché reprend, il profite aux mégastars de l'art (les Liechtenstein, Rothko et autres Calder), qui n'entraînent pas dans leur ascension les seconds violons internationaux, comme Riopelle. La vente d'hier de Sotheby's ne comprenait d'ailleurs qu'une seule de ses oeuvres sur 421 lots, une toile de taille moyenne datant de 1956 et évaluée à 200 000 $ maximum.

Cela étant, pas besoin d'aller jusqu'à New York pour voir certaines de ses créations. Dimanche, la Maison des arts de Laval inaugure une exposition intitulée Les enfants et Riopelle - Célébrons la nature. Le travail pédagogique rassemble notamment des sérigraphies rarement exposées.

Une semaine plus tard, ce sera au tour de la Maison des cultures amérindiennes, à Mont-Saint-Hilaire, d'inaugurer L'indianité de Riopelle - l'art d'un trappeur supérieur. L'expo rassemblera des tableaux et gravures ainsi que divers objets d'origine amérindienne qui ont appartenu au «trappeur supérieur» (selon la formule d'André Breton), tel un canot d'écorce construit par le célèbre artisan César, de la nation attikamek, les raquettes qui lui servaient de pochoir, un récipient pour l'eau d'érable et un tambour de la nation haïda. Un catalogue couleur rédigé par l'écrivain et historien de l'art d'origine huronne Guy Siouï-Durand accompagnera ce qui est présenté comme un «hommage à l'artiste».


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