La tare saoudienne

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Serge Truffaut
Édition du mardi 11 novembre 2003

Mots clés : attentat

Tout au long de la décennie précédente et des trois dernières années, les attentats commis en sol saoudien avaient pour cibles des intérêts et des citoyens américains. Auteur déclaré de tous ces actes, Oussama ben Laden les justifiait en évoquant la présence de forces militaires américaines. Tant et aussi longtemps que ces infidèles, affirmait-il, n'auraient pas plié bagage, des attaques les visant spécifiquement seraient conçues. Ces forces militaires ayant élu domicile ailleurs dans le golfe Persique, la nébuleuse al-Qaïda, si c'est bel et bien elle qui a causé la mort de dix-sept personnes ces jours-ci, a effectué un changement majeur dans sa stratégie. Désormais, c'est la monarchie saoudienne qui est visée.

Si l'on en croit les propos formulés par les familiers des arcanes d'un régime connu pour son opacité, al-Qaïda, forte du succès qu'elle estime avoir remporté avec le départ des troupes américaines, entend multiplier les attentats. Elle entend notamment tirer parti du mécontentement plus prononcé que jamais qui habite une frange importante de la population saoudienne. Cette désaffection de la société civile découle de l'incapacité des élites à réformer le profil politique du pays et à le sortir d'une crise économique aux singularités ... hallucinantes!

En effet, le premier producteur de pétrole du monde est englué dans les déficits. Au cours des deux dernières années, la dette intérieure a été égale au... PIB! CQFD: une masse importante des centaines de milliards de dollars que rapporte la rente pétrolière vont à l'extérieur du pays. On passe sur d'autres distinctions économiques pour mieux retenir celle qui aiguise passablement la rancoeur des jeunes. Au sein des 20-25 ans, le chômage atteint les 30 %. Cela s'explique en très grande partie par un fait qui tient de l'absurde: 90 % des emplois du secteur privé sont occupés par des... étrangers!

Du dernier attentat, on retiendra que la grande majorité des victimes étaient des Arabes citoyens de Turquie, du Pakistan, du Liban et autres. Ces personnes et des milliers d'autres avaient des emplois que les Saoudiens ne sont pas en mesure d'occuper parce qu'ils n'ont pas la formation technique ou autre nécessaire, parce qu'ils préfèrent suivre des études religieuses. Toujours est-il que le programme lancé au milieu des années 80 afin de «saoudaniser» le monde de l'emploi s'est révélé un échec dont ces jeunes sont en grande partie responsables. Pour un wahabbite, soit le plus pur (sic) des musulmans, faire le travail que fait un Indonésien ou un chiite est le symbole de la décadence sociale.

De fait, il est possible qu'en faisant exploser des maisons habitées par des immigrants, al-Qaïda ait voulu signaler à bien des jeunes Saoudiens que l'heure de la révolte tous azimuts avait sonné.


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