Les Alouettes retournent de justesse à la coupe Grey - 60 000 clients satisfaits

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Jean Dion
Édition du lundi 10 novembre 2003

Mots clés : football, alouettes

Jeremaine Copeland et Pat Woodcock se sont rués sur leur quart-arrière Anthony Calvillo (au centre) qui venait de réussir une course de 35 verges permettant aux Alouettes de marquer le touché gagnant dans une victoire de 30 à 26 contre les Argonauts de Toronto, hier, au Stade olympique de Montréal.

Photo: Jacques Nadeau

On dira ce qu'on voudra, il n'est peut-être pas beau comme un coeur du fait qu'il a coûté les yeux de la tête, le déjà vieux Stade olympique, mais il lui arrive de ne pas manquer de charme. Comme hier après-midi, quand soudain il n'est plus situé trop dans l'est, quand on le bonde même s'il fait beau dehors, quand il devient cette immense caisse de résonance où on n'arrive plus à distinguer le bruit de son écho. Cela rappelle des souvenirs, à commencer par le terrain mal foutu, trop dur, aux coutures du tapis protubérantes comme des cicatrices.

Officiellement, ils étaient 60 007, agitant frénétiquement des ThunderStix, ces bâtonnets de plastique gonflés full tendance, à assister en personne à la finale de l'Est du football canadien, le sport professionnel des pauvres où l'on peut concevoir le salaire des joueurs. Et ils sont passés par une bonne gamme d'émotions, comme s'y prête ce jeu tout ouvert où le vent vire de bord sans avertissement, de préférence dans les deux dernières minutes.

Les Alouettes de Montréal étaient largement favoris, et s'ils n'ont pas «couvert» la marge victorieuse annoncée par les experts, ils ont quand même assuré l'essentiel, un droit à la défense de leur titre de champions de la LCF, en l'emportant sur les Argonauts de Toronto, qui n'ont à rougir de rien, 30 à 26. Oui, ils l'ont eu à la peine, les Oiseaux, contre une équipe en faillite, ayant maintenu un rendement de ,500 en saison et plutôt timorée à l'étranger (2-7), qui au surplus a perdu son quart-arrière partant dès les premières minutes du match et a dû affronter une foule, ce 13e joueur pour l'avantage duquel on se bat toute l'année, vraiment, mais vraiment tonitruante.

Chanceux, les Alouettes: ils mettront maintenant le cap sur Regina, la perle de la Saskatchewan, où aura lieu le match de la coupe Grey dimanche prochain et où, si l’on prend en compte le facteur éolien — cet indice conçu pour se raconter des peurs et passer pour des durs —, il faisait –28 degrés vendredi et –22 hier. Ils y retrouveront leurs vieux ennemis, les Eskimos d’Edmonton, vainqueurs des Roughriders de la Saskatchewan par 30 à 23 hier soir.

Ce fut donc un match haletant jusqu'à la toute fin.
Au commencement, Audrey DeMontigny, la presque Canadian Idol, a chanté l'hymne national et, sauf erreur, elle a dû regarder un peu les paroles au grand tableau indicateur. Puis, dès la première série de jeux, les Alouettes ont forcé les Argonauts à dégager depuis le centre du terrain, à la suite de quoi, ils ont inauguré le score avec un placement de 38 verges de Matt Kellett.

Mais les Argos ont pris au vol le retour du balancier, comme qu'on dit, et un touché de sûreté concédé, un botté de placement de Noel Prefontaine et 10 minutes plus tard, à la fin du premier quart, c'était 5-3 pour le Toronto. 5-3, comme dans le temps où le Canadien et les Maple Leafs ne jouaient pas encore la trappe. Au passage, il faut le dire, les Argonauts avaient perdu leur quart numéro un, Damon Allen, sorti claudiquant du terrain. Il ne devait plus revenir au jeu.

À la deuxième reprise, après quelques moments de taponnage (ou, plus poliment, de domination des unités défensives), Toronto, mené par le substitut Marcus Brady qui a brillamment pris la relève et après avoir vu son meilleur joueur, le retourneur de bottés Bashir Levingston, se blesser à son tour (lui est revenu plus tard), a finalement orchestré une poussée de 88 verges qui mena à un touché d'Alfred Jackson: 12-3. On en était alors à se demander si le quart montréalais Anthony Calvillo, typiquement décevant lors des gros matchs, allait passer à la vitesse supérieure. Ce qu'il fit, avec panache: cinq passes complétées d'affilée, la dernière au favori de la foule Ben Cahoon dans la zone payante. 12-10 les visiteurs.

Mais dès la possession suivante, le receveur éloigné Tony Miles filait au nez, à la barbe et au protecteur facial de la tertiaire des Alouettes pour une passe et course de 66 verges jusqu'au bout. L'encre de la première phrase du scénario de la spectaculaire remontée n'avait pas encore fini de sécher qu'il fallait tout recommencer: 19-10 Toronto.

À 19-13, c'était la mi-temps, et il y a eu La Chicane qui est venue chanter un morceau, suivi de Caroline Néron en camisole bedaine interprétant Walk This Way. C'était pas mal bon. La foule, fine connaisseuse, a d'ailleurs manifesté son approbation à la camisole.

Au troisième quart, Kellett l'a encore mis entre les poteaux (depuis 37 verges) pour faire 16-19. Deux minutes plus tard, un retour de dégagement spectaculaire de Keith Stokes, genre trois quatre gars sur le dos et je continue pareil, suivi d'une passe de touché captée sur plongeon de Kwame Cavil, a soulevé la foule. Vraiment, on pouvait le voir et le sentir: elle s'est soulevée comme un seul homme qui vient d'apprendre une excellente nouvelle. Pour la première fois depuis un bon bout de temps, les locaux menaient.

Après trois quarts, c'était 23-19 Montréal, et les équipes ont changé de côté, à cause du vent. Sur la scène à l'extrémité du terrain, il y avait un concours où des tarlas devaient mimer une danse du sac du quart, et ils ont été copieusement hués. Mais c'est le commanditaire de ce genre d'imbécillités qu'il faudrait poursuivre.

Au quatrième quart, le dernier comme son nom l'indique, les Alouettes semblaient vouloir donner le coup de grâce au clou dans le cercueil des Argos lorsqu'une interception en zone offensive les a forcés à surseoir à leur funeste plan. Et comme de bonne, la poussée subséquente du Toronto devait prendre fin en zone des buts, longue passe à Tony Miles, encore lui. 26-23.

Quand on vous disait que les rebondissements étaient fertiles, ce n'était pas du chiqué.

Avec 4:36 de jeu à faire, Calvillo lui-même devait y aller d'une de ses très rares courses et galoper 35 verges en plein centre pour redonner définitivement l'avance aux Alouettes, 30-26. La reprise a toutefois montré que Calvillo n'avait pas possession du ballon au moment de franchir la ligne des buts, rejoint par derrière par un demi défensif des Argos. Mais, que voulez-vous, c'est comme ça le sport, joué par des humains, arbitré par des humains. Il n'y a que les journalistes qui soient surhumains.

Enfin, lors de leur avant-dernière série de jeux à l'attaque, les Argonauts n'ont pas su tirer profit de trois punitions imposées aux Alouettes, dont l'une pour avoir rudoyé le quart Brady. Parvenu à la ligne de 45 du Montréal, le Toronto a vu ses derniers espoirs s'envoler avec un sac de ce même Brady. Ils ont repris le ballon avec 10 secondes à jouer, mais comme chantait le poète, même en volant, je n'aurai pas le temps.

Le massacre attendu -- des joueurs des Alouettes avaient prédit un match «même pas serré» -- n'a pas eu lieu, mais on sait ça depuis Pythagore, il suffit d'un point pour gagner. Le reste, c'est de l'extra. Et la semaine prochaine, ce sera encore plus difficile.


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