La paix de Genève

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Serge Truffaut
Édition du lundi 10 novembre 2003

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L'entente de Genève, que des Israéliens et des Palestiniens ont négociée avec minutie, embarrasse bien des personnalités, au premier rang desquelles on reconnaît certains des principaux acteurs des accords signés depuis Oslo jusqu'à la «feuille de route». Pourtant, cette entente mérite une attention méticuleuse et un soutien déterminé.

S'il fallait dépeindre d'un trait, et d'un seul, l'initiative de paix annoncée à Genève on pourrait alors évoquer le contre-pied. Plutôt que d'établir un plan de paix d'abord et d'entamer ensuite des pourparlers sur les sujets les plus épineux, ces sujets qui, soit dit en passant, ont fait imploser les accords d'Oslo comme ceux de Camp David sans oublier la «feuille de route», les personnalités impliquées ont estimé qu'il fallait crever tous les abcès pour mieux ciseler après coup des solutions à tous les sujets, on le répète, jugés délicats. À cet égard, on retiendra que l'accord de Genève est l'aboutissement de discussions ininterrompues depuis l'amorce du processus en janvier 2001.

Le choix méthodologique mis à part, les auteurs de l'accord ont confectionné un deuxième contre-pied, et non des moindres. Les architectes de l'accord, Yossi Beilin, ex-ministre israélien, et Yasser Abdel Rabbo, ministre palestinien, ont décidé de prendre les opinions publiques à témoin. Dans les jours qui viennent, des millions d'exemplaires d'un plan au demeurant étoffé seront distribués en Israël et dans les territoires palestiniens. Ils espèrent rallier ainsi une majorité suffisamment imposante pour obliger les politiciens à entendre raison.

Avant de s'attarder au contenu et aux réactions suscitées jusqu'à présent, il faut s'arrêter sur les personnalités choisies par les camps qui, des deux côtés, veulent instaurer la paix sans aucune arrière-pensée. Il se trouve en effet que Beilin et Rabbo sont des vétérans des négociations qui ont fait la une des journaux depuis une douzaine d'années. Ils ont été adoubés par Ami Ayalon, ancien chef de la sécurité intérieure d'Israël, et par Sari Nusseibeh, président de l'Université palestinienne Al Qods, et cautionnés par des personnalités des deux camps. C'est dire combien cet exercice a été conçu de façon à ce que son impact soit massif ou percutant.

Si le pacte de Genève est accepté comme tel, un État palestinien sera créé qui aura pour frontières la ligne verte de 1967 avec des retouches. Des échanges de territoires, sur la base de 1 km2 contre 1 km2, sont prévus afin de refléter les modifications constatées au cours des années. Pour ce qui est de Jérusalem, les trois quarts de la vieille ville dans laquelle sont enclavés les quartiers musulman, chrétien et arménien seront placés sous juridiction palestinienne; Jérusalem-Est sera la capitale du nouvel État. Le quartier juif qui englobe évidemment le mur des Lamentations sera sous souveraineté israélienne. Les colonies? Tel-Aviv devra réinstaller en Israël les citoyens actuellement présents en Cisjordanie et à Gaza tout en s'engageant à conserver intactes les infrastructures et les habitations érigées dans la foulée de la colonisation.

En ce qui a trait au retour des réfugiés, écueil de bien des accords passés, la délégation palestinienne a convenu d'abandonner la dimension d'absolu jusqu'ici défendue. Il n'est plus question d'un retour massif. En lieu et place, un certain nombre d'options ont été fixées qui limiteraient le droit au retour des descendants des réfugiés de 1948. Enfin, le retrait des personnels civil et militaire d'Israël se ferait en trois phases y compris le déminage.

Afin de ne pas brusquer toutes les parties qui ont élaboré la «feuille de route», le quartet formé des États-Unis, de la Russie, de l'ONU, et de la Russie serait responsable de l'application et du contrôle de l'accord. À ce propos, on retiendra que les patrons des diplomaties allemande et russe, le secrétaire général de l'ONU, le sous-secrétaire américain, ainsi que l'ex-président Jimmy Carter ont été mis dans le secret des pourparlers. Yasser Arafat et Ariel Sharon étaient également au parfum. On voulait ainsi réduire au minimum les velléités de torpillage du processus.

Pour l'instant, le président de l'Autorité palestinienne a accueilli avec réserve le pacte en question, et le premier ministre israélien a été plus virulent. Il l'a tant été qu'il a fait à son corps défendant énormément de publicité au projet. Tellement que des dizaines et des dizaines de milliers de «piétons de la paix» se sont empressés de manifester leur ferme soutien au projet de Yossi Beilin et Abed Rabbo.


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