Opinion

Les jeunes professeurs ont besoin d'aide - La difficile tâche d'enseignant

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Jean Bourbeau, Directeur d'école retraité, vice-président de l'Association des directeurs et directrices d'école retraités du Centre-du-Québec

Édition du vendredi 07 novembre 2003

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On savait depuis longtemps que le taux de journées de maladie causées par de la fatigue chronique ou de l'épuisement professionnel était élevé chez les professeurs ayant acquis plusieurs années d'expérience. On nous annonce maintenant que près de 20 % des jeunes professeurs désertent le milieu de l'éducation cinq ans après leur embauche par une commission scolaire (Le Devoir, 15 octobre 2003). C'est non seulement désolant mais surtout inquiétant pour ces professionnels, pour le monde de l'éducation et pour la société.

Si nous examinons le vécu de ces jeunes recrues, il n'y a pas de surprise. Les débuts sont ardus et sont à la limite des possibilités.

Il faut d'abord entrer par la porte de la suppléance, une tâche que plusieurs professeurs expérimentés ne pourraient pas exécuter. Être suppléant, cela signifie se promener à travers trois à huit écoles. Soulignons que le projet éducatif et le code de vie diffèrent d'une école à l'autre. Ce jeune rempli d'enthousiasme enseignera à tous les niveaux, de la première à la cinquième secondaire, de la première année à la sixième année, et ce, dans une même semaine. Il sera parfois appelé une heure avant le début des cours. Il devra être débrouillard et trouver le local d'anglais en courant dans le corridor. Il se fera confier tantôt des classes régulières, tantôt des classes avec des élèves en difficulté de comportement, tantôt une tâche de surveillance dans les corridors sans avoir eu le temps de connaître les règlements de l'école et même parfois de rencontrer la direction de l'école. Enfin, il pourrait être invité à remplacer durant les mois de mai et juin un professeur comptant plusieurs années d'ancienneté et épuisé à cause d'un groupe d'élèves ayant d'importants problèmes de comportement.

Après plusieurs années, il signera enfin un contrat pour un poste régulier. Mais voilà, les difficultés ne seront pas atténuées. Au moment de la répartition des tâches parmi les professeurs, son syndicat proposera à ses membres que cette répartition des tâches se fasse par ancienneté. Aux plus anciens, les classes dites régulières; les autres classes, plus difficiles, on les laisse à ces jeunes non expérimentés. Heureusement, j'ai connu des professeurs qui refusaient ces critères jugés objectifs et qui acceptaient d'enseigner à des groupes en difficultés d'apprentissage; très souvent, certains de leurs élèves étaient classés, après une année, dans une classe régulière.

On ne peut pas rester muet ou indifférent face à cette problématique humaine. Cette relève est non seulement importante mais indispensable à l'amélioration de la réussite scolaire de nos jeunes. On peut souhaiter une augmentation du budget pour les projets d'insertion professionnelle, mais l'attente risque d'être longue et décevante. On pourrait également lancer la balle dans le champ du ministère de l'Éducation, de l'université ou du Conseil du trésor: cette solution m'apparaît simpliste et, surtout, elle déresponsabilise le milieu école.

Il faut que le milieu école, lieu d'apprentissage, de formation et d'éducation, saisisse la gravité de cette problématique, l'intériorise, se responsabilise et établisse un plan d'action qui implique tous les intervenants de l'école. Des pistes de solution pourraient s'articuler autour de certaines avenues.
- Les tâches jugées plus difficiles ne devraient pas être données à un professeur comptant moins de trois ans d'ancienneté.
- Le directeur d'école devrait consacrer 5 % de sa gestion de temps à l'encadrement et à la motivation de ces jeunes professeurs.
- Le conseil des enseignants, organisme créé par le syndicat, devrait apporter, par des gestes concrets acceptés par son syndicat, de l'aide et du soutien au chapitre pédagogique et disciplinaire à ces jeunes professeurs.
- Les professionnels non enseignants devraient recevoir en priorité toute demande d'aide de ces jeunes non expérimentés mais passionnés de l'éducation.
- Le conseil d'établissement devrait établir un système de mentorat où des professeurs retraités ou des directeurs d'école retraités pourraient accompagner d'une façon continue ce professeur plein de rêves dans sa gestion de classe, mais surtout à des moments pertinents: en septembre, une semaine avant le congé de Noël, avant la semaine de relâche et en mai ou en juin.
- Le délégué syndical de l'école devrait, tout en continuant de l'informer du contenu exhaustif de la convention collective, le sensibiliser à la grandeur et à la noblesse de cette profession d'éducateur, qui doit se vivre en collaboration et en concertation avec tous les intervenants du milieu école.

Je sais, je propose un changement d'attitudes, un projet école qui pourrait être emballant mais qui peut impliquer une résistance aux changements, qui nécessite le goût de vivre une mission et qui peut ébranler certains besoins personnels. Je crois cependant qu'il y a encore des professeurs qui, debout, crieront «présent!», mais peut-être aussi que je ne suis qu'un jeune vieux retraité de l'éducation plein de rêves.


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