Hors-jeu: Moi, mes souliers

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Jean Dion
Édition du jeudi 06 novembre 2003

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Ce n'est peut-être qu'une légende colportée au fil des ans dans la mesure où la date de l'énoncé est incertaine, mais on rapporte qu'aux alentours de 1899, Charles Duell, le directeur du Bureau des brevets des États-Unis, avait recommandé la dissolution de son organisme sous prétexte que «tout ce qui pouvait être inventé avait déjà été inventé». Évidemment, M. Duell se trouvait ce faisant à s'insérer l'index dans l'oeil jusqu'à l'articulation ulnaire, lui qui n'avait pas anticipé tout ce que le XXe siècle réservait de merveilles d'ingéniosité: la brosse à dents électrique, la jupe en terre cuite, le heavy métal et la trappe en zone neutre. Entre autres.

Et l'histoire n'est pas terminée, contrairement à ce que prétendait cet enfoiré de Fukuyama. Cette semaine, Nike, une entreprise de philanthropie dont mes sources me jurent sur leurs grands chevaux qu'elle ne reçoit rien de Centraide, a rendu publics les détails de la nouvelle godasse qu'elle mettra en marché dans le coin de Noël. Il s'agit de la première chaussure signée LeBron James, la jeune (18 ans) vedette des Cavaliers de Cleveland de la NBA, que Nike a mis sous contrat d'exclusivité à raison de 90 millions $US pour dix ans avant même qu'il ait disputé un seul match chez les professionnels.

Il faut d'abord rappeler qu'en décembre dernier, en guise de cadeau de 18e anniversaire, la maman de James lui avait offert un véhicule utilitaire sport, un Hummer H2 au magnifique châssis, sans doute pour qu'il apprenne à aller faire ses commissions tout seul. Valeur estimée du bibelot, muni d'écrans de télévision: 100 000 $US.

Or donc, les artistes de chez Nike ont décidé de donner à la chouclaque -- première-née de la «Air Zoom Generation», et si vous avez deux minutes, profitez-en pour méditer sur la portée heuristique du concept d'Air Zoom, c'est proprement enivrant -- les caractéristiques du Hummer H2. En d'autres termes, c'est comme si vous aviez un 4X4 aux pieds, idées d'invincibilité et de tasse-toi mononcle comprises.

Donc, selon espn.com, «les oeillets de la chaussure sont modelés sur le design des poignées de porte du Hummer H2. La rayure argentée à la pointe du soulier rappelle le pourtour des enjoliveurs de pneu du véhicule et le mot "Nike" est reproduit dans la même police de caractères que le logo du H2». Déjà, n'est-ce pas, on salive de l'orteil, hmmm? Mais ce n'est pas tout, car LeBron est aussi un amateur d'affaires militaires. (Dommage que la guerre en Irak soit terminée, le jeune se porterait sans doute volontaire. Imaginez les coups de pied au cul des baassistes que l'on doit pouvoir donner avec des galoches pareilles.)

Donc encore, «la rayure rouge sur le talon s'inspire du profil d'un fusil, les mailles noires sur les côtés imitent celles que l'on retrouve sur des vêtements de camouflage et la semelle est moulée en forme de chevrons, qui évoquent la hiérarchie militaire».

La chaussure LeBron James Air Zoom Generation sera disponible en magasin le 20 décembre, et une paire se détaillera 150 $US.

Mais il paraît qu'il sera beaucoup moins fatigant de marcher.

***

Un ami lecteur, M. Berthiaume, m'implore avec des trémolos en travers du clavier de lui indiquer, à lui qui a été blanchi à Mise-O-Jeu depuis le début de la saison, comment pronostiquer les résultats des matchs dans la Ligue nationale de football.

Alimentaire, mon cher Watson, comme disait Hercule Poireau, le détective de Mme Christie qui faisait de bons biscuits dans Dix petits écoliers paru dans la collection «J'ai des lu». Surtout que j'ai moi-même un dossier de 0 en 7 depuis l'amorce des hostilités, mais c'est parce que je le fais exprès afin de contribuer au fonds consolidé.

D'abord, M. Berthiaume, il faut savoir que toute l'énergie de Loto-Québec est consacrée à trouver des moyens de vous rincer. Ainsi, pour chaque match, une marge victorieuse est donnée qui fait en sorte que peu importe l'équipe que vous choisissez, vous avez à peu près une chance sur deux de gagner. Faites le test, la NFL présente 14 matchs chaque semaine, et malgré toutes les connaissances footballistiques que vous pourrez avoir, vous arriverez presque toujours à six, sept ou huit bons choix.

Mettons sept, l'exacte moitié. Comme Mise-O-Jeu oblige à choisir un minimum de trois matchs, il faut que chacune de vos prédictions tombe dans ce groupe de sept bons choix. En ayant recours aux ressources des mathématiques modernes, on conclut rapidement que vous avez une chance sur deux portée au cube (dans le cas de trois prédictions) de rafler le lot, soit une chance sur huit. Nous arrivons à la dixième semaine, aussi persévérez donc, vous l'aurez bientôt, le hic étant que vous ne récolterez que cinq fois votre mise. À moins d'un coup de pot, vous arriverez donc systématiquement en dessous, question retour sur investissement.

Il y a toutefois peut-être un moyen de circonvenir l'État-arnaque. Le week-end dernier, j'ai ainsi décidé d'appliquer aux équipes la méthode de calcul du rendement des quarts-arrières mise au point par la NFL. Comme tout le monde le sait, cette méthode est d'une simplicité désarmante.

Première étape: on prend le pourcentage de passes complétées, on soustrait 30 puis on multiplie par ,05 (résultat a). Deuxième étape: on prend le nombre moyen de verges par passe tentée, on enlève 3 et on divise par 4 (b). Troisième étape: on calcule le ratio de passes de touché par passe tentée, qu'on divise par 5 (c). Quatrième étape: on calcule le pourcentage d'interceptions en fonction du nombre de passes tentées, on le multiplie par ,25, puis on soustrait le résultat obtenu de 2,375 (d).

Ensuite, on fait a + b + c + d, on divise la somme par 6 puis on la multiplie par 100, et paf, on obtient le chiffre tant attendu.

C'est donc fébrile que je me dirigeai vers le terminal de loterie le plus à proximité afin de montrer que je pouvais être plus fin que le système, mais après tous ces calculs, il était rendu minuit et les matchs étaient tous terminés.

Remarquez, c'est sans doute un mal pour un bien. Mes résultats, pourtant irréfragables, m'avaient convaincu de parier sur les Alouettes en 6.


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