Après avoir fait naufrage dans la Manche - Georges Leblanc se remet de ses émotions

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Alec Castonguay
Édition du mardi 04 novembre 2003

Mots clés : voilier

Georges Leblanc était à quai, à Québec, en juillet dernier. - Photo: Clément Allard

Les pieds maintenant au sec, Georges Leblanc veut se laisser du temps avant d'évaluer l'ampleur de la tâche qui l'attend s'il veut retourner sur le pont d'un bateau de compétition. Le skippeur québécois et son coéquipier, Marc Nadeau, ont fait naufrage au milieu de la Manche, dans la nuit de samedi à dimanche, quelques heures après le départ de la transat en double Jacques-Vabre, une course océanique de voilier de près de 4200 milles nautiques entre Le Havre, en France, et Salvador de Bahia, au Brésil.

Joint à Paris hier, une journée après la nuit difficile qu'il a passée sur son voilier à la dérive, Georges Leblanc voulait se laisser du temps pour remettre ses idées en ordre. «Il faut prendre ça étape par étape, a-t-il dit. C'est comme irréel encore, je vais me laisser du temps. Mais je ne mets pas une croix sur ma carrière de skipper international. C'est déjà arrivé à d'autres, il ne faut pas se laisser abattre.»

Il avoue toutefois que ce n'est pas évident de repartir à zéro au Québec quand on pratique un sport aussi coûteux et peu connu que la course de voilier océanique. Son embarcation, le Ciment Saint-Laurent, perdu en mer, valait près de trois millions de dollars. «Il n'y a pas beaucoup de voilier comme ça, avoue-t-il. Ça va être plus difficile de se réorganiser au Québec, puisque la course de voilier, c'est plus dur à vendre à des partenaires financiers. On verra bien.»

Samedi soir, quand le soleil s'est couché, la mer s'agitait drôlement dans la Manche. Des vents de 35 à 40 noeuds balayaient l'eau et soulevaient des vagues imposantes. Rien d'inhabituel pour Georges Leblanc et Marc Nadeau, qui avaient prévu des heures plus tumultueuses en raison de cette dépression qui croisait un endroit reconnu pour un intense trafic maritime de cargos.

Vers 2h15, dimanche, «tout allait bien, explique Georges Leblanc. Avec la noirceur, on naviguait aux instruments. Le bateau se comportait bien. Puis on a entendu un bruit terrible et le voilier a fait un drôle de mouvement. On a vite constaté que la quille qui maintient le bateau droit avait été arrachée.»

C'était un conteneur, probablement échappé par un cargo. Souvent, ces énormes caissons de métal flottent, ne laissant dépasser que quelques centimètres à la surface de l'eau. «Le radar ne l'a pas vu, soutient Georges Leblanc. Il y a beaucoup de débris sur l'océan, mais un conteneur, c'est vraiment la pire chose à frapper.»

Le voilier, devenu soudain très léger sans le poids de la quille, se fait malmener par la mer agitée. En quelques secondes, l'embarcation chavire sur le côté, le mat complètement dans l'eau. «Je suis rentré dans la cabine, mais je n'ai pas réussi à fermer l'entrée complètement, raconte le capitaine. L'eau s'est engouffrée à l'intérieur.»

Voyant l'eau monter rapidement, les deux navigateurs lâchent leurs balises de détresse, qui émettent des signaux satellites. Mais compte tenu de leur situation, ils sont incapables de les fixer au bateau. Le signal à la dérive, ça prendra plusieurs heures avant qu'un hélicoptère ne les repêche.

«On est sorti juste avant que les secours arrivent, dit Georges Leblanc. Il le fallait, car il ne nous restait que quelques pouces pour respirer. On a plongé sous l'eau jusqu'à l'extérieur. J'avais hâte que l'hélicoptère nous retrouve, nous commencions à être frigorifiés.»

Malgré l'obscurité, le froid qui mord la peau ou le danger imminent de frapper un cargo qui passe, le skipper affirme ne pas avoir eu peur. Il faut dire que ce n'était pas son premier naufrage, lui qui avait perdu son Thriller en 1998, durant la qualification de la Route du Rhum, dans une tempête sans pitié.

Après avoir pris du repos à Paris hier, Georges Leblanc et Marc Nadeau seront de retour au Québec aujourd'hui, vers midi.


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