Voyages: Les 25 ans de Kéroul
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L'an prochain, Kéroul aura vingt-cinq ans. Le 25 novembre, sous la présidence d'honneur de Christiane Germain, nouvelle propriétaire de l'Auberge Hatley et coprésidente du Groupe Germain, aura lieu au Cabaret du Casino de Montréal une soirée organisée au bénéfice de cet organisme voué à la promotion du tourisme pour les personnes à capacité physique restreinte, leurs familles et leurs proches. Depuis 1979, comme le dit André Leclerc, son directeur général et fondateur, bien du chemin a été parcouru mais il en reste encore beaucoup à faire.
« Je répète souvent ces derniers temps, observe-t-il, que voyager, c'est promener son rêve, car je le vis depuis presque 25 ans. Ce n'est pas voyager tous les jours que je vis quotidiennement mais promener mon rêve d'une meilleure accessibilité pour les personnes qui n'ont pas les mêmes capacités physiques que la moyenne des individus. Il y a encore tant de travail à accomplir pour changer les mentalités et le regard que les autres portent sur nous. »
En dressant un bilan de la situation au Québec, il ne peut s'empêcher de manifester une certaine irritation. Certes, dans le domaine de l'hébergement, « ça avance tranquillement » : 89 établissements ont été cotés « adaptés » et 305 autres « partiellement adaptés » parce que, le plus souvent, ils n'offrent qu'une seule chambre aménagée en conséquence. « On peut espérer, même si on n'a pas les moyens de vérifier que les architectes et entrepreneurs respectent les dispositions du nouveau Code de la construction en vigueur depuis novembre 2000. »
Dans le cas des restaurants, toutefois, notamment à Montréal, la situation est « toujours aussi triste » : on ne compte plus, par exemple, les marches qu'il faut monter, les portes trop étroites des toilettes ou qui ouvrent dans le mauvais sens. « Il y a plus de 10 000 restaurants au Québec, note-t-il. C'est très difficile de tenir une liste à jour de ceux qui sont accessibles. Pourtant, la population vieillit, voilà une clientèle qui va augmenter ! »
Un « gros progrès » est manifeste dans le transport par autocar ; les terminus, par contre, constituent un problème de taille. Situés pour la plupart dans des dépanneurs ou des garages, ils ne sont pas « accessibles », comme l'a démontré une récente évaluation de 39 terminus dans toute la province, menée par Kéroul en collaboration avec Transports Québec. « Nous allons bientôt présenter un rapport au ministère, qui proposera des solutions, comme celle de créer un réseau pour les héberger, via une chaîne d'hôtels, par exemple. »
André Leclerc pourrait ainsi épiloguer longtemps sur le transport aérien, ferroviaire ou maritime, sur les parcs et les espaces verts, les « attractions touristiques », sur le métro de Montréal, « l'un des quatre sur la planète à ne pas être adapté ». Mais ce n'est pas son genre de broyer du noir. Il aime mieux regarder en avant. Et agir.
En 2001, en collaboration avec les deux niveaux supérieurs de gouvernement, l'organisme a repris une recherche déjà menée six ans plus tôt. Il en est résulté Un marché en croissance, un rapport transformé en document à grand tirage qui constate que les personnes à capacité physique restreinte « voyagent presque autant que la population globale, qu'elles se déplacent plus fréquemment et de façon prolongée ». Autrement dit, il s'agit d'une « clientèle relativement importante pour l'industrie touristique ».
En fait, elle représente environ 15 % de la population du Canada, soit 4,2 millions de personnes. La moitié d'entre elles se déplacent régulièrement et 82 % « le font accompagnées », ce qui se traduit par des retombées économiques de l'ordre de 300 millions de dollars. Cependant, si 42 % des Québécois ainsi affectés de handicaps voyagent au moins une fois par année, 44 % ne le font pas : à l'obstacle financier s'ajoute l'obstacle physique.
Dans leur introduction à Un marché en croissance, André Leclerc et Michel De Césaré, président du conseil d'administration de Kéroul, soulignent : « Le principal critère dans le choix d'une destination touristique est son accessibilité, le "sésame", la condition nécessaire pour qu'un voyage ait lieu. L'importance des obstacles augmente avec le niveau de mobilité des personnes. » Sait-on que ces obstacles à l'accessibilité touchent, de près ou de loin, le tiers des gens ?
En juin dernier, Kéroul a publié une brochure, Accès sans obstacle - La qualité, c'est rentable, distribuée au personnel gouvernemental, aux architectes, aux ingénieurs, aux constructeurs, aux exploitants d'établissements. « C'est mon bébé », souligne André Leclerc avec un grand sourire. Dans son mot de présentation, il n'y va pas par quatre chemins : « L'accessibilité est un devoir de société, et cette brochure est conçue pour informer les intervenants, dans les domaines touristique et culturel au Québec, des nombreuses ressources à leur disposition afin de rendre leurs lieux accessibles et accueillants aux personnes à capacité physique restreinte. Ce n'est pas aussi compliqué qu'on pourrait le croire ! »
Lors de son assemblée générale du 17 septembre dernier, Kéroul s'est donné entre autres priorités de développer des services aux entreprises, de resserrer les liens avec les ministères et les associations de personnes handicapées, de continuer les travaux en vue d'une « route accessible québécoise », de réaliser un plan de commercialisation axé sur les nouveaux marchés de la formation, d'élaborer un nouveau plan triennal, le quatrième, qui ira de 2004 à 2007.
André Leclerc conclut : « Le voyage accessible n'est pas un privilège mais un droit. Je souhaite fêter avec tout le monde les 25 ans de Kéroul et trinquer à l'attitude proactive et visionnaire de l'industrie touristique. Pour ce faire, j'espère sincèrement qu'elle saura comprendre l'importance d'adhérer de façon volontaire au Programme qualité. Qu'elle saura promouvoir une approche cohérente et inclusive des services à offrir aux différentes clientèles touristiques, y compris la nôtre. »
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