Hors-jeu: Le prix du gros

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Jean Dion
Édition du jeudi 30 octobre 2003

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Bon, OK, ça ne sent plus la coupe. Ç'a senti la coupe la semaine passée, mais là, c'est fini. Pourtant, il ne restait que 75 matchs à jouer, suffisait d'écouler le temps, et paf, on aurait touché à la grâce.

Mais savez-vous quel est le problème de nos Canadiens, nos Glorieux, notre Saint Suaire étampé sur le tatoo? Sont pas assez gros. C'est ce que disent les zexperts depuis que ça ne sent plus: sont pas assez gros, surtout Ribeiro si j'ai bien compris. Or on ne devient pas gros comme ça. Ça coûte cher. D'où l'expression «le prix du gros». Enfin j'imagine.

Remarquez, il aurait peut-être fallu s'y attendre, à ce que la senteur s'évapore. Dès le premier jour du calendrier, j'avais entendu Claude Julien qui parlait de la nécessité pour l'équipe de «se réenforcir». Je ne me souviens plus où il fallait se réenforcir, mais de toute évidence, le réenforcissement n'a pas eu lieu, ou du moins pas en quantité suffisante. Chnoute.

Et avec tout ça, les numéros de Larry Robinson, d'Yvan Cournoyer, de Patrick Roy et de Phil Roberto ne sont toujours pas retirés. Bel exemple pour notre jeunesse, qui constate que des années d'efforts ne trouvent pas reconnaissance et va se mettre à penser qu'il est préférable de devenir célèbre instantanément peu importe la manière, si vous voulez mon avis si humble qu'il baisse les yeux et parle dans un inaudible murmure.

Par ailleurs, je ne veux pas m'immiscer dans votre vie privée, mais si vous faites partie d'une poule de hockey et que vous y avez repêché Marian Gaborik, je vous conseille de regarder du côté des antidépresseurs, voire de la Gestalt-thérapie. C'est que Gaborik a rompu les négociations avec la direction des Wild de Minnesota et est reparti en Slovaquie. Je le sais, je l'ai, bondance. Ça m'apprendra à choisir des gars qui s'appellent Marianne, m'a dit mon psy, qui s'y connaît assez peu en hockey et à qui je n'ai pas osé confier que j'avais passé bien près de prendre Valérie Bure, Josée Théodore et Roberte Holik.

En Slovaquie. Non mais.

Et dire qu'il y a un joueur qui vient de gagner la Série mondiale et qui se prénomme Huguette.

***

Ailleurs dans l'actualité, Tonga a perdu son dernier match à la Coupe du monde de rugby, 24-7 contre le Canada. J'ai tenté de joindre le roi Taufa'ahau Tupou IV pour obtenir ses propos de vestiaire, mais la première fois, ça sonnait occupé, la deuxième fois, je suis tombé sur un fax, et la troisième fois, on m'a dit qu'il était en réunion et on ne m'a pas demandé s'il y avait un message.

Je peux en tout cas vous assurer que les fax de Tonga émettent le même petit drôle de bruit que les nôtres, mais à l'envers parce qu'ils sont situés dans l'hémisphère Sud.

Tonga termine donc le tournoi avec quatre défaites en autant de rencontres et 46 buts marqués contre 178 accordés. En entrevue, un joueur bien nommé, Tonga Lea'aetoa, s'est consolé en disant que c'était quand même moins pire -- avis: je sais que «moins pire» n'est pas conforme au canon de la langue française tel qu'élaboré à l'Académie du même nom, mais je l'utilise quand même, et tant pire pour l'Académie -- que la Namibie, qui n'a que 21 buts pour et 273 contre, et encore, avec un match à jouer. Ce à quoi un joueur namibien comme son nom l'indique, Schalk van der Merwe, a répliqué en disant que c'était quand même moins pire que le Vert et Or de l'Université de Sherbrooke, qui a bouclé sa saison de football (huit matchs) en ayant marqué 10 points et en en ayant accordé 491.

Tous ces malheureux devraient toutefois trouver matière à consolation dès l'an prochain alors que la Grèce, en sa qualité de pays hôte des Jeux olympiques d'été, sera admise d'office au tournoi de... baseball.

***

Ce qui suit est sérieux. Il n'y a rien d'inventé (il n'y a jamais rien d'inventé dans cette chronique, mais il semble qu'il faille le répéter). Quel est, d'après votre humble présomption, le déguisement d'Halloween le plus populaire à ce moment ici chez nos voisins méridionaux des États?

Bon, bien sûr, il y a Arnold Swchrzgngzwchr, et particulièrement Arnold habillé en pompier. Il y a aussi le combiné Madonna-Britney Spears en train de, mais il paraît que cela rend la soirée de party assez longue et ne favorise pas la socialisation avec les autres convives. Mais le plus in consiste à se déguiser en Bartman.

Pas en Batman, ni en barman. En Bartman.

Comme dans Steve Bartman, le spectateur dans les gradins de gauche du Wrigley Field de Chicago qui a empêché Moises Alou de capter une fausse balle en huitième manche du sixième match de la série de championnat de la Ligue nationale et peut-être, de ce fait, entraîné l'élimination des Cubs. (Notons que Bartman, pour lequel on obtient 26 000 liens sur Google, s'est fait offrir l'asile politique par le gouverneur de la Floride, Jeb Bush, et que le lendemain de l'incident, Hollywood avait déjà sur les planches un téléfilm mettant en vedette un spectateur qui fait de l'obstruction pendant un match clé. On raconte par ailleurs que Bartman se terrerait actuellement dans le même bunker qu'Oussama ben Laden et Saddam Hussein.)

Le kit Bartman est somme toute assez simple à constituer: une casquette des Cubs, des écouteurs style années 80 quand les grosses affaires étaient à la mode, des lunettes, un col roulé vert, un chandail portant l'inscription «Renegades» et une balle, pour jongler avec. Lorsque ceux qui sont ainsi déguisés sonnent aux portes pour obtenir des bonbons, on leur crie des noms et on leur lance de la bière.

Par ailleurs, selon mes sources postées sous les pattes de la table de négociations et qui l'empêchent d'être bancale, l'Association des joueurs du baseball majeur aurait décidé de déclencher une grève, comme ça, pour le plaisir de la chose, même si l'actuelle convention collective ne prend fin qu'en 2006. C'est que les dernières séries éliminatoires ont été passionnantes et ont généré des revenus importants, ravivant la flamme de la balle à travers l'Amérique. Or «il est écoeurant que cela se fasse sur le dos des joueurs, qui sont sous-payés», a déclaré l'Association dans un document secret envoyé par erreur à un fax à Tonga.

jdion@ledevoir.com


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